C'est quoi au juste une belle fille ?

Le moral dans les chaussettes face au diktats esthétiques, Chloé s'est penchée sur cette notion de beauté physique afin de comprendre d'où venaient ces exigences insurmontables pour entrer dans le club des beautiful people. Décryptage.
12/09/2017

 

 

Pourquoi dit-on qu’une fille est belle ? Le sujet semble si vaste qu’on pourrait passer des heures à en discuter. Le site l'Internaute nous propose pourtant une définition précise de la beauté: [ce] qui plaît à l’œil. Mais cette définition nous semble évidemment insuffisante. Bien que la notion de beauté soit totalement subjective, les standards de beauté eux ont toujours existé, et bien souvent évolué.

 

Chaque décennie, les industries (de la mode, de la publicité, des médias etc.) semblent instaurer arbitrairement des idéaux de beauté, peu réalistes et parfois malsains. On cherche pourtant à se conformer aveuglement à ces exigences. Pour être une belle femme, il faut aujourd'hui posséder une interminable liste de qualités : de longues jambes, la peau bronzée des mannequins de Victoria’s Secret, les cheveux lisses, le corps tonique, la poitrine pulpeuse, les lèvres de Kylie Jenner et les sourcils de Cara Delevingne - une liste qui ne s’arrêtera jamais.

 

La conception de la beauté de nos jours s’éloigne à tel point de la réalité qu’on s’affame, on paie des fortunes pour des produits de beauté ou de la chirurgie esthétique – sans jamais pourtant en être heureuse. Plus on se compare aux mannequins en couverture des magazines, plus on complexe. On scroll sur Instagram et on regarde, mi envieuse, mi dégoûtée ces profils de bloggeuses qui mettent en scène leurs vies parfaites et leurs corps impeccables à travers de jolis filtres saturés. On réalise alors qu’on est loin de cette perfection et on souffre en silence. 

 

A vrai dire, je pense que rien ne sert de chercher à atteindre les standards surréalistes de beauté car ils évoluent continuellement au fil du temps . 

 

Commençons d'abords par une petite rétro des standards de beautés des sept dernières décennies.

 

La pin up des années 50

 

Après la Seconde Guerre Mondiale, la minceur liée à une mauvaise santé devient indésirable. La femme idéale des années 50 exhibe un corps voluptueux et se doit d'être soigneusement maquillée. Marilyn Monroe incarne cette beauté : sa silhouette de sablier envoûtante et ses lèvres rouges courbées font tomber tout le monde sous son charme.

 

 

La sex-symbole des années 60

 

On parle souvent du sex appeal : mini-jupes, robes qui montent en dessus des genoux, esprit désinvolte du sex, drugs and rock’n’roll marquent le commencement d’une nouvelle ère. Brigitte Bardot représente le symbole de cette révolution sexuelle : ses longues jambes, sa taille fine et ses yeux bruns smokys définissent la beauté des années 60.

 

La hippie des années 70 

Après le look sexy des années 60, la décennie suivante connait l’arrivée de stars comme Farrah Fawcett, qui lance la mode d’un look plutôt naturel. Tout le monde porte les cheveux longs, des jupes qui atteignent le sol, des pantalons d’éléphants et des tee-shirts aux couleurs psychédéliques. En revanche, la minceur est devenue une obsession, jusqu’au point d’acheter des pilules à base d’amphétamines dangereuses pour la santé pour devenir plus mince. L’anorexie ravage les femmes à l’image du décès de Karen Carpenter.

 

La Superfemme des années 80

 

Dans les années 80, tout le monde rêve en couleurs néons. On aime danser dans des collants  de couleurs vives et on assiste aux classes d’aérobics. Whitney Houston et Jane Fonda capturent l’essence de la beauté : on met l’accent sur une silhouette athlétique aux grandes épaules, la femme puissante et énergique. Le maquillage n’est pas du tout subtil comme celui des années 70 : on aime les paupières fardées et le teint pale symbolisés par Madonna.

 

Le Squelette des années 90

Après les années néons, la figure de l'adolescente règne sur les défilés, et on devient folle amoureuse du mannequin Kate Moss. Devenir le corps osseux d’une pré-teen devient la nouvelle mode. Les affiches publicitaires de Calvin Klein n’hésitent pas à montrer des modèles extrêmement minces. On retiendra la fameuse phrase de Kate Moss : "On ne se sent jamais aussi bien que mince."

 

Le corps sculpté des années 2000

Dès que les anges de Victoria's Secret montent sur scène, un nouveau canon de beauté surgit : la femme idéale doit être dotée d’une forte poitrine et d'abdos sculptés. Des stars comme Britney Spears enchaînent 500 abdominaux par jour. Voici la génération qui se lance au défi du thigh gap (avoir un écart visible entre les deux cuisses) et du papier A4 où le corps ne doit pas dépasser la taille d’un feuille placée devant le ventre. N’importe quoi ? Oui. 

 

La décennie des fessiers 2010

 

Les soeurs Kardashian font désormais le buzz avec leurs fesses XXL sur nos écrans d'Iphone, et lancent une nouvelle mode. Le corps plastique semble gagner de la popularité, comme le démontre la rappeuse Nicki Minaj qui apparait plus siliconée qu’une poupée Barbie. Les fessiers rebondies, les lèvres repulpées, la nouvelle génération « contouring » revendique l’artificiel. Poitrine-fesses XXL et taille fine, le corps idéal semble atteindre un niveau inégalé d’inaccessibilité. Bonne chance !

 

 

Après avoir passé en revue ces différents modèles de beauté, discutons en avec un sociologue spécialiste de ce sujet. Auteur de l'ouvrage « La société du paraître : les beaux, les jeunes...et les autres. », Jean-François Amadieu a parfaitement analysé les effets mortifères de ces diktats esthétiques. 

 

 

"Paradoxalement, les manequins maigres ne correspondent pas à ce qui est préféré physiologiquement." 
 

 

 

Twenty : La beauté est-elle un concept créé par société  ?

 

Jean-François Amadieu : Oui, la dimension esthétique de la beauté est tout à fait sociale, ce que les anglais appelleront ‘physical attractiveness’. Depuis l’antiquité, la beauté a une dimension biologique et plus profonde : le fait par exemple que les femmes aiment les forts hommes de grandes tailles démontre que la notion de ‘physical attractiveness’ est liée à la capacité de reproduction. C’est de la même façon que les hommes aiment les femmes avec des hanches et ces tendances sont elles aussi liées à la reproduction. Mais, évidement,la beauté est une notion culturelle, pas seulement physiologique. Les profils physiques peuvent évoluer dans le temps. Il y a des goûts et des préférences de la société. Et à ce niveau, les médias ont une affluence importante sur la construction de ces standards. De nos jours la diffusion de la norme de minceur est directement liée aux images publicitaires. Paradoxalement, les femmes mannequins très maigres ne correspondent pas à ce qui est préféré physiologiquement. 

 

 

Twenty : Qui impose ces critères de beauté et comment sont-ils créés ?

 

Avec l’apparition des réseaux sociaux, la diffusion des images, donc des représentations, est devenue plus rapide. Pour les jeunes, ces sollicitations visuelles sont très importantes. Et certains jeunes sont plus narcissiques et valorisent trop leur apparence. On a observé ces dernières années une véritable pression au quotidien par rapport à l’apparence qui a augmenté avec l’essor des applis des sites de rencontres. Les magazines renforcent eux aussi cette pression à tel point qu’on ressent maintenant un besoin de séduire dans la vie sociale et au quotidien.

Par exemple, dans le domaine de l’emploi, on discrimine les gens par rapport à leur apparence  : être mince, jeune et maquillé nous fait tomber dans la catégorie de ‘physical attractiveness’ et donc perdre en crédibilité. L’obésité est également très déconsidérée. Les patrons choisissent des candidats qui vont eux mêmes séduire leurs clients. Contrairement aux États-Unis ou en Angleterre, en France on met notre photo sur le CV. L’apparence physique est prise en compte, et les employeurs vont même aller voir sur Google images pour rechercher leurs candidats potentiels.

 

Maintenant, ce qui est impressionnant, c’est qu’il y a de plus en plus de stars anglo-saxonnes qui mobilisent leur corps comme objet de revendication  pour lutter contre le body shaming. Elles prennent la parole et leur discours sont une réaction contre ça.

 

Twenty : Pourquoi ne ne parle t-on jamais de la beauté intérieure ?

 

A l’époque de mère Theresa, la beauté intérieure était bien plus valorisée que la beauté esthétique, où les femmes qui étaient perçues comme des Saintes paraissaient belles aux yeux des jeunes. Mais oui c’est vrai que maintenant l’apparence physique est plus valorisée car elle apporte beaucoup d’avantages sociaux.

 

 

Twenty : La fascination de la beauté est-elle liée au capitalisme ?

 

Non. Depuis l’antiquité on était fasciné par la beauté esthétique. La nouveauté du capitalisme, c'est la marchandisation (produits minceurs, antivieillissement etc.) pour atteindre cette beauté fantasmée qui au final nous échappe sans cesse.  

 

Par Chloé Mason.

 

Jean-François Amadieu. « La société du paraître : les beaux, les jeunes...et les autres. » Editions Odile Jacob.

 

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