Devenir bankable dans l'art : mode d'emploi

Etre artiste, c'est bien. Mais être un artiste avec un logement, c'est encore mieux. Guide pratique pour les apprentis wanabee de l'art contemporain.
31/10/2016

1. Fréquente une école d’art réputée...ou pas.

 

Et dans n’importe quoi, du moment que tu y étudies. Tu n’y apprendras pas grand-chose, mais comme les écoles de commerce, tu te feras un énorme carnet d’adresses, qui te permettra, à ta sortie, de monter des expositions, et d’avoir déjà un petit nom dans le milieu de l’Art. On dit que ça ne sert plus à rien, mais parmi les artistes les plus connus, nombre ont suivi un cursus en art avant leur carrière. Comme Mathangi « Maya » Arulpragasam, ou si tu préfères, l’auteure-compositrice-interprète M.I.A, qui a obtenu un diplôme en beaux-arts, film et vidéo au Central Saint Martins College of Art and Design à Londres. Les cours ne lui ont pas beaucoup plu, mais de toute façon, on y va pour se découvrir en tant qu’artiste, c’est tout.

 

2. Fais-toi reconnaître de tes pairs.

 

Ça va un peu de pair avec l’étape n°1, mais cela consiste à te faire reconnaître par des personnes qui ont un statut égal au tien d’abord (donc tes camarades de classe), puis par un cercle d’artistes plus large qui feront tes louanges dans le milieu. Les artistes sont toujours les premiers à reconnaître un talent émergent. C’est l’acceptation de ton travail par le groupe déjà en place. C’est comme ça que M.I.A a conclu son premier gros projet artistique (pochette d’album et documentaire), en rencontrant la vocaliste Justine Frischmann du groupe Elastica, par l’intermédiaire d’un musicien avec qui elle étudiait. En gros, c’est du piston, mais on appelle ça la reconnaissance des pairs.

 

3. Fais-toi connaître du critique d’art.

 

Car, oui, tu peux toujours être reconnu(e) de tes pairs, mais si le critique d’art n’écrit pas sur toi, tu ne sortiras jamais de la cave de tes parents qui te sert d’atelier. L’écrivain d’art c’est celui qui mettra des mots sur ton art, et qui en parlera bien mieux que toi. Comme l’ont fait Zola ou Baudelaire en leur temps, le critique ou l’écrivain d’art, sera toujours à la recherche de talents et d’un nouvel art auquel il pourra donner un vocabulaire. Alors ne les fuis pas ! Car c’est lui qui te replacera dans le débat actuel de l’art, et te permettra d’avoir une première cote.

 

 

"Du coup, tu devras attendre la retraite pour profiter un peu de ta situation d’artiste."

 

 

4. Si tu arrives jusque là, alors tu seras soutenu(e) par des collectionneurs et des galeristes.

 

C’est par le biais des critiques, que tu parviendras à te lier d’amitié avec un collectionneur ou un galeriste qui deviendront tes premiers acheteurs. De préférence, jeunes. Ils seront à présent tes protecteurs, des spadassins prêts à aller au combat pour te défendre ! Et surtout, ils te seront fidèles, comme à un premier amour. Demande au marchand d’art Daniel-Henry Kahnweiler, qui s’est lié d’amitié avec Matisse, Picasso et Braque à l’âge de 22 ans seulement ! Tu ne le connais pas ? Bon d’accord, alors prends l’artiste Jeff Koons, favori des milliardaires, dont... Bernard Madoff par exemple. Ces collectionneurs suivent aussi la tendance par leur proximité avec certains artistes en vogue, même qu’ils se paient leurs têtes. Ces liens participent à la créativité et au renouvellement des courants artistiques. Ils te pousseront à te dépasser et à devenir le mentor de nouvelles têtes. Et occasionnellement, à sortir de ton trou pour te socialiser.

 

5. Accéder au stade ultime : la reconnaissance du grand public.

 

Tu veux être le nouveau Warhol ou Banksy ? Ce sera chaud, vraiment difficile, et c’est là qu’agissent vraiment le « hasard » et le contexte dans lesquels tu te trouveras à un instant T. Mais dis-toi que ce succès ne surviendra certainement que lorsque tu seras à pleine maturité dans ton art, c’est-à-dire, après au moins quinze ans de carrière. Avant ça, de toute façon, les gens ne comprennent rien à ton travail. Francis Bacon a dû attendre longtemps avant d’être accepté par le grand public, choqué par ses œuvres ultra-violentes. C’est seulement une fois qu’il a affirmé son style, après une longue réflexion, qu’il a appris que la violence devait se trouver dans la manière de peindre plutôt que dans le sujet. Et il faudra bien toute cette digestion pour que tu deviennes toi aussi comestible pour le commun des mortels. Du coup, un peu comme tout le monde, tu devras attendre la retraite pour profiter un peu de ta situation d’artiste. Sauf si tu meurs avant comme Van Gogh. Mais ce serait quand même bien con.

 

6. Lire Les conditions du succès, d’Alan Bowness, Edition Allia, Paris, 2011.

 

C’est un bouquin de 63 pages, plus petit que ton smartphone, et qui t’évitera fortement d’attendre d’être mort pour profiter de ta vie d’artiste !

 

Octobre 2016. Par Marie Angélique-Rakoto, 23 ans.

 

Crédits photos : Andy Warhol, Triple Dollar Sign, 80s. Takashi Murakami by Jason Schmidt, september 2013, Los Angeles

 

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