L'interview fanboy : Bertrand Burgalat

A l'occasion de la sortie de son sixième album, Les Choses Qu'on ne peut dire à Personne, Twenty a rencontré Bertrand Burgalat, pour parler musique, pop culture, diabète, politique... et surtout, comprendre quelles sont ces choses qu'il ne faut pas dire !
18/05/2017

 

Bertrand Burgalat a 53 ans et pourtant, même lorsqu'il était trentenaire, son look 70's semblait déjà le situer dans un perpétuel anachronisme. Arrangeur de talent et compositeur aux disques aussi impeccables que ses costumes, celui qui a œuvré avec un même souci du détail chic pour des artistes aussi éclectiques que Michel Houellebecq, Christophe Willem, Marc Lavoine ou Valérie Lemercier (qui fut sa compagne), tranche avec une époque qui se perd dans un artificiel culte de la nouveauté. « Les choses qu'on ne peut dire à personne », son sixième album qui sort ces jours-ci, s'inscrit dans ce même sillon d'une pop française sophistiquée et érudite.

 

Pour en discuter, c'est à la très rétro brasserie Wepler que le boss du label Tricatel nous a donné rendez-vous. Affable, drôle et d'un regard sociologique au rayon laser, ce fils de préfet à la jeunesse agitée s'est ainsi livré à Twenty sur des sujets aussi divers que la musique bien sur, mais aussi la politique, les réseaux sociaux, le diabète (dont il souffre depuis ses onze ans) mais surtout de la génération qui vient et de celle qui s'éteint. Rencontre.

 

 

TWENTY : Vous sortez des disques depuis plus d'une vingtaine d'années et pourtant la majorité des gens ont encore du mal à vous identifier. Comment comprenez vous ce paradoxe ?

 

Bertrand Burgalat : Ça ne dépend pas trop de moi. Quand je fais un disque, j’essaye d’être le plus sincère avec moi-même, de ne pas trop calculer. Soit on est là pour s’engouffrer dans une brèche soit on se demande ce qu’on aimerait entendre. C’est sûrement un peu prétentieux mais on ne commence pas un disque en ne mettant pas la barre un peu haut. Après on peut être dans l'air du temps et faire des choses brillantes. Mais moi je n’ai pas ce talent-là. Aujourd’hui, tout le monde veut être singulier, mais finalement tout le monde se ressemble.

 

TWENTY : Ce pas de côté permanent s'explique t-il aussi par le peu de succès qu'a rencontré votre premier album « Prototypes » qui sonnait comme du Air. Vous l'aviez composé bien avant la sortie Premiers Symptômes, pour ne finalement réussir à le sortir qu'en 2001...

 

BB : Je ne crois pas. Déjà à l'époque, je n’étais pas dans une compétition avec le temps, j’avais l’impression de sortir un disque de twist en 1969. De fait, ce qui rend souvent sexy un album quand il sort, c'est aussi ce qui le rend compliqué à réécouter plusieurs années après. C'est la raison pour laquelle, il ne me viendra pas à l'esprit de mettre du vocodeur dans mes disques. J’évite aussi les breakbeat, et, quand c’était la mode, j'évitais d'abuser des samples.

 

TWENTY : C'est parce que vous n'aviez pas de famille musicale que vous vous en êtes recrée une avec votre label Tricatel ?

 

BB : Ce n’était pas pensé, si ça l’avait été, je n'aurais pas utilisé ce nom d'emprunt (qui trouve son origine dans le film L'aile ou la cuisse NDR) qui nous a donné une dimension kitch directement, même si rendre hommage à un grand cinéaste populaire comme Claude Zidi plutôt qu’à Cassavettes a eu le mérite de nous préserver des poseurs.

 

 

TWENTY : Comment observez-vous le retour du vynile chez les jeunes ?

 

BB : Ça part d’une excellente volonté, ça permet d'écouter de la musique de façon moins hâtive. L’objet est formidable mais, moi, c’est le son qui m’intéresse. Un morceau composé en 1969 et enregistré sur bande magnétique, il y a un vrai sens de l'écouter en vinyle. La différence aujourd'hui, c'est que tout est enregistré en numérique. On peut donc percevoir aussi parfois, derrière ce retour, un certain snobisme psycho-acoustique. Mais je trouve que la démarche est intéressante car elle va à l’encontre d’une consommation névrotique de la musique, elle ralentit et resacralise les choses.

 

TWENTY : Certains vous là font à vous aussi cette remarque de cultiver un certain snobisme.

 

BB : J’ai conscience que certaines personnes peuvent le croire mais ce n'est pas quelque chose que je cultive. Je ne vais quand même pas m’habiller streetwear pour plaire. Je ne suis pas quelqu’un de mondain et je ne pense pas être snob. La preuve, dès qu'on me sollicite pour une interview, je dis oui à tout contrairement à ces enfants gâtés de la musique dont la promo est gérée de A à Z et qui font la fine bouche. Mais c'est génial d’avoir dix interviews de prévues ! Et quand ça m'arrive, j’essaye de faire en sorte qu’il y ait le moins de filtre entre la personne que je suis et la façon dont je peux apparaître médiatiquement.

 

TWENTY : Ce côté enfant gâté que vous pointez du doigt, c'est ce qui explique les difficultés que vous avez rencontré pour mener à bien le disque de Michel Houellebecq ?

 

BB : Lui, il est moins touché par le syndrome de l'enfant gâté que par celui de l'enfant battu qui devient lui-même violent. Il a un talent dingue mais il condense des qualités et des défauts, qui sont très extrêmes. Après, c’était il y a 22 ans, et je garde une grande tendresse pour lui. Au fond, j'en veux plus à la société qui là transformé en caïd des lettres. Je l’ai vu se faire entourer de larbins et parfois les placer professionnellement. Ceci dit, il en fait lui même les frais, car il est bien au dessus de ça.

 

TWENTY : Vous en avez pensé quoi de son association avec Jean-Louis Aubert avec Les Parages du vide ?

 

BB : Je n’ai pas vraiment écouté mais j'ai observé ça avec bienveillance car je ne suis pas propriétaire des expériences musicales de Houellebecq. Ça reste néanmoins un peu compliqué pour moi d'apprécier ses œuvres à leur juste valeur. Je n’ai pas lu ses livres depuis les Particules Elémentaires, même si je sais qu'il y a des choses très bien. Il fallait que je prenne le large.

 

TWENTY : Pour le coup, son disque Présence Humaine est devenu 20 ans après un album culte...

 

BB : Oui, et ce n’était pas du tout le cas à l’époque. Je trouve ça chouette car, le plus souvent, les réévaluations artistiques sont souvent justifiées. Le temps permet de dépassionner des choses. On a des disques qu’on a parfois envie de détester avant même de l’écouter. Et c'est ce qui s’est passé pour Houellebecq.

 

TWENTY : Vous avez failli réitérer l'expérience avec Philippe Muray, pourquoi cela ne s'est-il pas fait finalement ?

 

BB : Je n’allais pas très bien et le label non plus. Je trouvais qu'il n'y avait pas de symbiose entre la musique et ses textes, qui eux étaient vraiment super. Ce n'était pas, à mon sens, rendre justice à Muray que de le faire.

 

TWENTY : L'une de vos chansons s'intitule « Tombeau pour Bowie », sa mort vous a marqué particulièrement ?

 

BB : Oui, elle m'a beaucoup touché, j'avais un objectif dans ma vie musicale, c'était de le rencontrer. Il avait une sorte de stoïcisme et avec sa manie du contrôle, il part avec un disque plein de morceaux somptueux. Et on a rien vu, on peut même imaginer qu'il n'est pas mort, c'est d'ailleurs étrange qu'il n'y ait pas plus de théories conspirationnistes à son sujet. Moi ce qui me surprend le plus, c'est que la musique sur laquelle est basée la civilisation occidentale a été créée par des pionniers qui sont encore en vie aujourd'hui mais dont on en a rien à foutre. Quand Little Richards sera mort, ce sera trop tard pour lui rendre hommage.

 

TWENTY : Les déluges de rip à chaque mort célèbre sur le réseaux sociaux, ça vous inspire quoi ?

 

BB : Je ne connaissais pas vraiment Facebook, mais lorsque j'ai ouvert une page à la sortie de mon livre Diabétiquement votre, j'ai pu observer ces emballements collectifs. La vérité, c'est que je n'arrive pas à en ricaner. Lorsque j'ai écrit le texte de ma chanson « L'enfant sur la banquette arrière », je l'avais en premier lieu intitulé « Je suis ». C'était avant Charlie Hebdo évidement. J'ai changé de titre car je ne voulais surtout pas que ce soit perçu comme une sorte de ricanement envers les gens qui affichaient leurs « Je suis » sur internet.

 

 

TWENTY : Un candidat à la présidentielle pourrait vous inspirer une chanson ?

 

BB : J'ai beaucoup de mal à parler de moi en chansons et c'est pareil avec la politique, ça n'a d'intérêt que si on arrive à évoquer quelque chose de plus large. Il y a beaucoup de choses qui m'énervent, tiens par exemple ici dans cette brasserie les urinoirs connectés deviennent une sorte de brumisateur de pisse quand on s'approche, mais je ne vais pas faire une chanson là dessus. Je ne me considère pas comme un artiste prisonnier de sa tour d’ivoire. Selon moi, le statut d’artiste ne doit pas donner plus de poids à ce que l’on dit. J'ai signé dans ma vie une seule pétition et c'était pour défendre une ligne de chemin de fer qui allait jusqu'à Luchon. D’autre part, avoir un label m'oblige à une forme de neutralité par rapport aux personnes qui y travaillent ou dont nous publions les disques.

 

TWENTY : Est-ce que les 30% de jeunes qui a priori expriment un vote d’adhésion pour Marine Le Pen ne sont pas les derniers utopistes, quelque part ?

 

BB : S’il y a une valeur surestimée, c’est bien celle d’utopie. Les coupeurs de têtes de 1793 étaient des utopistes, les totalitarismes du XXème siècle aussi procédaient de ça, les racistes ou les antiracistes aussi sont des utopistes. Je n’ai pas l’impression que les jeunes électeurs de Marine Le Pen relèvent de ça mais plutôt de la transgression et d'une protestation face à la société qui a toujours du mal à s’exprimer positivement. Le rôle qu’elle joue la rapproche de celui de Georges Marchais dans les années 70. Ceci dit, il me semble que nous vivons une période plus libre qu'avant, surtout si on compare aux années 70, qui étaient plus violentes et d'un manichéisme total. Aujourd'hui, les échanges d'opinions se passent de façon beaucoup plus fluide, les gens sont moins péremptoires qu'ils ont pu l’être, en tout cas quand ils sont face-à-face et non sur internet.

 

TWENTY : Avec le recul, qu’est ce que votre passage dans des groupes un peu extrêmes a forgé chez vous ?

 

BB : Sans idéaliser cette jeunesse et sans la minorer non plus, ça a été des moments d’une grande liberté, et j’ai eu la chance de tomber sur des gens formidables. Nous étions livrés à nous-mêmes et il n’y avait pratiquement pas d’adultes. Il y avait un côté complètement affranchi. Je pense qu’il n’y aurait pas d’équivalent aujourd’hui, à part peut-être, dans un tout autre genre, les Zadistes ou les black blocs, mais c’est peu comparable. De nos jours, il y a une violence politique canalisée, dans la mesure où les gens écrivent des conneries sur Internet. Nous vivons une violence théorique, fictive et un gros manque d’empathie, me semble-t-il.

 

 

TWENTY : Quel regard portez vous sur la génération Z ?

 

BB :  J’ai une fille de sept ans, donc je sais peu ce que c’est que d’être jeune aujourd’hui. Toutefois, avec Tricatel, je travaille avec des « jeunes », comme le groupe Catastrophe, dont les membres n’ont pas plus de vingt-cinq ans. C’est une génération très intéressante. Internet leur a donné une liberté, une curiosité et une façon d’appréhender les choses, que je trouve géniale, mais bon, ils ont aussi leurs défauts. A cause de Google, par exemple, ils ont le sentiment de tout connaître.

 

 

TWENTY : Vous auriez aimé avoir vingt ans en 2017 ?

 

BB : Je suis content d’avoir connu les années 60 et 70. Etre dans mon époque, à l’âge que j’ai, ça me va très bien. Je ne vois pas les gens qui ont votre âge comme une génération sacrifiée. Vous allez être confrontés à des difficultés auxquelles nous n’avons pas été confrontés, et vous aurez des facilités que nous n’avions pas à l’époque. Ça ne sert à rien de calquer les modèles d’avant. C’est une époque intéressante, où tout le monde tâtonne. La société a beau être figée, je sens beaucoup de bonne volonté, pour changer la donne.

 

 

TWENTY : Vous avez travaillé sur la BO d’un grand film générationnel, Les Nuits Fauves, est-ce qu’il y a encore des films générationnels, selon vous ?

 

BB : Pour les nouveaux films générationnels, je ne suis pas la bonne personne pour répondre à cette question. En ce qui concerne Les nuits fauves, j’ai trouvé ça nul, au montage. Avec la musique, j’ai voulu alléger un peu les gros sabots du film. En tous cas, je ne m’attendais pas à ce que ça fasse un succès. Toutefois, il y avait une énergie viscérale chez le réalisateur, qu’il a réussi à transmettre aux spectateurs. Moi, au contraire, sur scène, j’ai tendance à être absent, par timidité. Je pense que cette peur, je l’infuse au public. Quand je suis sur scène, j’ai peur d’emmerder les gens. En quarante minutes, je fais plus de quinze morceaux, et c’est une erreur. Il faut être patient, être présent…

 

 

TWENTY : Aujourd’hui, on a l’impression que les jeunes écoutent tous du rap… qu’est-ce qui s’est passé depuis 2005 et l’avènement des Baby Rockers ?

 

BB : Pour que les gens écoutent massivement de la musique, il faut qu’elle soit diffusée en masse. Demain, on pourrait avoir une génération qui écoute de la bourrée auvergnate si on en passait du matin au soir. La libéralisation des ondes a été une catastrophe, même s’il fallait des radios libres. En France, on a une grande capacité de dévoiement de choses formidables.

A partir du sampling, on s’est habitué à entendre les mêmes deux mesures. La plupart des chansons ont des canevas de deux ou trois accords maximum. Le rap est assez raccord sur ce point.

Par exemple, un groupe comme PNL me dépasse complètement. Mais bon, j’ai du mal avec plein de choses qui se font… il y a des gens qui se font sauter avec des ceintures d’explosifs et ça ne me viendrait pas à l’idée… enfin, je ne compare pas PNL à Daesh…

 

 

TWENTY: Du coup, le rap, ce n’est vraiment pas votre truc ? Vous avez fait une collaboration avec le chanteur de Klub des Loosers pourtant…

 

BB : Peut-être que dans quelques années je vais réécouter un morceau de PNL et que je trouverai des choses intéressantes dedans, mais pour l’instant ça ne me parle pas. Après, je ne déteste pas le rap. J’écoute du rap old school, quand même. Il y a deux ans, je suis tombé sur JP Manova, un vieux de la vieille. Il a fait un morceau, « Is everything great », qui est dément. À côté de PNL, c’est du clavecin.

 

TWENTY : Est-ce que le titre de votre album, « les choses qu’on ne peut dire à personne », raisonne avec l’air du temps ou bien cela traduit-il la volonté de toucher à quelque chose de très sensible et de très intime ?

 

BB : Il n’y a pas de concept derrière. Le titre vient d’un texte magnifique de Laurent Chalumeau que j’avais mis en musique il y a un moment déjà. Quand on fait un disque, on essaie d’exprimer en chanson ce que l’on n’arrive pas à dire directement par des mots. Donc non, je ne pensais pas à Fillon et aux emplois fictifs de Pénélope. En même temps, ce que je trouve terrible aujourd’hui, c’est ce désir un peu malsain de pureté et de transparence. Moi, je suis pour que les gens soient honnêtes, mais je ne suis en aucun cas pour la vertu parfaite. 

 

 

TWENTY : Est-ce qu’à force d’avoir été déçus par les élites on en oublie que ce sont des êtres humains ?

 

BB :  L’exercice du pouvoir donne un sentiment d’impunité. Ces histoires de morale, c’est un peu comme au 19e siècle quand les bigots se faisaient attraper en sortant du bordel. Les pires donneurs de leçons finissent toujours par se faire attraper. Hamon n’est pas passé loin, d’ailleurs, de se faire coincer pour recel de trafic d’influence avec LVMH. Dans les appareils, toute l’énergie est mise dans la conquête du pouvoir, et assez peu, finalement, dans son exercice

 

 

TWENTY : Est-ce qu’on peut faire l’analogie entre l’homme politique jamais vraiment au pouvoir et le musicien qui n’a jamais vraiment le succès commercial qu’il mérite, et crée une charge de fantasme ?

 

BB : Vous avez raison. Chez les musiciens, il y a une tendance à reculer avant le succès. Instinctivement, il arrive que l’on ressente le besoin de détruire son œuvre, pour en faire ce grand album mythique qui ne sortira jamais. On préfère parfois être dans le mythe de celui qui aurait pu. Souvent, quand les gens ne sont pas loin du but, ils remixent tout, ils remettent tout en question, et c’est très dangereux. Pendant longtemps, inconsciemment, j’ai fait en sorte que mes disques n’aient pas trop de succès, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Il faut être fort pour avoir du succès, et je ne l’étais pas assez.

 

 

TWENTY : Quand vous composez, vous imaginez un auditeur idéal ?

 

BB : Souvent, avant de sortir un morceau ou un album, je l’envoie à quelqu’un que j’aime bien. Alors, il m’arrive de l’écouter en me mettant à sa place, mais le disque est déjà fait. Pour composer, je fais un pari positif en me disant que si je fais la musique que j’ai envie d’écouter, d’autres auront également envie de l’écouter. C’est là où je ne peux pas avoir un grand sens commercial. Je suis rarement dans les standards du moment

 

 

TWENTY : Quand vous écrivez pour Willem, il y a cette volonté d’être dans quelque chose du moment ?

 

BB : Quand j’ai fait des choses grand public, comme pour Christophe Willem ou Marc Lavoine, j’ai fait exactement ce que j’aurais fait pour moi, avec la même construction. Ce sont des albums qui ont très bien marché, mais je n’ai jamais fait de single radio qui cartonne.

  

 

TWENTY : Votre livre, Diabétiquement Vôtre, a-t-il trouvé son public ?

 

BB : Pendant les dix premiers jours, il a été réimprimé trois fois. Je ne suis pas un lanceur d’alerte, mais j’aurais aimé que les choses évoluent. C’est une maladie, qui pose des questions de société et dépasse les clivages habituels, dans la mesure où le diabète touche tous les milieux sociaux.  Il faut savoir que l’insuline a vu son prix multiplié par quarante, en trente ans, parce que c’est aux mains de trois énormes firmes. Sanofi a préempté le diabète en France, par exemple. Il y a une brutalité et un manque d’information qui me révoltent et dont j’ai voulu parler dans ce livre.

 

 

TWENTY : Est-ce que votre timidité sur scène a aussi à voir avec votre diabète ?

 

BB : Pendant des années j’allais sur scène avec des taux de sucre hallucinants. Normalement, les gens se font hospitaliser pour ces taux-là. Bien sûr, je suis obligé d’y penser tout le temps. J’ai toujours peur d’avoir des tombées d’insuline. Avant, je me piquais au bout des doigts 10 fois par jour, pour connaitre mon taux de sucre, ce qui fait très mal. Aujourd’hui, j’ai un capteur dans le bras, qui m’indique mes taux glycémiques. D’ailleurs, je me bats pour que ce truc soit remboursé. Après, je pense qu’au début de ma carrière, ça m’a poussé à sortir des albums. J’avais peur de mourir et par conséquent j’étais boulimique de travail, j’acceptais tout. Très souvent, je me disais qu’il fallait tout faire vite, au cas où il m’arrive quelque chose

 

 

TWENTY : Vous avez des concerts de prévu ?

 

BB : Le 2 juin, à la Maroquinerie. J’aime beaucoup faire des concerts, mais on me sollicite assez peu. Il faut savoir que les musiciens et moi sommes payés chacun cent euros par date, ce qui est assez ingrat. Je travaille avec des musiciens formidables, et ça me révolte qu'ils soient si peu payés. Quand on me demande si ça me fait plaisir de ne pas avoir de succès, je ne comprends pas. J’aimerais beaucoup en avoir, pour rendre justice à ceux qui travaillent avec moi, et à tous les musiciens et artistes de Tricatel

 

Par Twenty Magazine

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