Sommes-nous condamnés aux reboot de séries des années 90-2000 ?

Face à la multiplication des reboots de séries des années 90 et 2000, Twenty s'est penché un peu plus sur le phénomène... Syndrôme de Peter Pan télévisuel ou coup marketting ? La nostalgie est-elle un bon business ? Twenty s'est posé la question ! !
21/04/2017

 

Avec l’acquisition par TF1 du reboot de l’Arme Fatale et par M6 celui de Prison Break, et le projet de relancer Charmed, j’ai eu un moment d’exaspération. Et après les retours de X-Files (sur M6), Gilmore Girls, 24h chrono, et Heroes, j’attends maintenant l’annonce des reboots de Lost, Smallville et Buffy contre les vampires (quitte à retourner dans les années 90-2000, autant y aller à fond). Faire un remake d’un film des années 80, comme Tron n’est pas un effet nostalgique, mais permet plutôt d’apporter un nouvel angle de lecture sur un classique du genre, de nouveaux effets spéciaux qui n’existaient pas à l’époque et donner un bon coup de jeune à quelque chose qui pique les yeux en 2017. Mais lorsque depuis 2 ans, on nous annonce un lot entier de séries, toutes diffusées à la même époque, toutes à succès et encore largement « regardables », voir parfois re-diffusée (cf Charmed ou Buffy sur W9 (1)), on peut tout de même se poser la question du manque de créativité (un peu comme pour l’ensemble des biopics ou films basés sur un livre qui sortent au ciné depuis 5 ans).

 

 

Mais d’abord, qu’est-ce qu’un reboot au juste ? Car un reboot, n’est pas un remake. Ce dernier est une reprise fidèle de l’intrigue, de l’univers et des personnages pour une remise à niveau esthétique et sociale. Il n’y pas de complémentarité entre l’œuvre originale et le remake qui, à terme, remplacera l’œuvre première dans la logique d’évolution du goût tout en lui permettant de perdurer dans le temps (2). En revanche, un reboot remet les compteurs à zéro et s’inscrit plutôt dans une suite de la fin d’une série. Elle reprend la construction de la série originale, mais ouvre une nouvelle histoire, ainsi qu’un pan jusqu’à présent inconnu de l’univers traité. Un reboot ne peut cependant pas exister en parallèle de la série originale (il faudrait alors plutôt regarder du côté des spin off qui servent d’extension et d’approfondissement des intrigues en cours), il naît uniquement de la fin d’une série. Il n’est pas non plus complémentaire à la série originale, puisqu’elle a été construite à la base pour être autosuffisante. Il s’agit plutôt de relancer un concept qui a précédemment fonctionné pour y développer une intrigue plus adaptée au goût du moment à partir des éléments laissés sans réponse dans la série originale (3).

 

Si on nous refile un lot de reboots, c’est qu’il y a bien une demande de la part des sociétés de production et chaînes qui les achètent. Cette nostalgie est-elle la conséquence d’un manque flagrant de créativité ? Pas vraiment, puisque clairement, les séries Games of Thrones, The Walking Deads ou dans un autre genre House of Cards et Breaking Bad montrent une créativité sans précédent dans le monde de la série avec un budget qui explose pour égaliser la production cinématographique en terme de qualité. Par ailleurs, les audiences témoignent que le goût du public change, et qu’une série de 8 saisons à rallonge de plus de 20 épisodes à intrigues individuelles et fermées comme Charmed n’est pas sûre de fonctionner aujourd’hui. Que l’originalité et la surprise, plus que la conformité et la répétition d’un schéma sur chaque épisode, prime et plaît. France 2 a pu le constater en prenant le risque de diffuser, certes tardivement – mais le replay existe – Mr Robot, qui a cartonné auprès des jeunes et qui les a attiré de nouveau vers la chaîne du service public, tout comme le fait déjà France 4 avec les séries teens The 100 et Heartless. L’imaginaire (fantasy et science-fiction) et l’historique sont aujourd’hui les genres phares, et cela Arte et Canal + l’ont très bien compris en produisant Versailles, et en diffusant Vickings ou l’excellente série suédoise Real Humans. La prise de risque peut clairement payer. Après tout Numéro23 l’a expérimenté en programmant Orange Is The New Black. Et pourtant, les reboots font toujours grand effet, grands titres, et se retrouvent sur des grandes chaînes. En effet, les conditions de production d’un reboot sont rarement issue d’une demande d’une communauté de fans, comme ça a pu être le cas avec Veronica Mars, qui a plutôt opté pour un reboot sous forme de film. Il s’agit d’abord et surtout d’intérêts évidemment économiques qui sont le témoignage direct du succès d’une série. C’est la raison pour laquelle on trouve aujourd’hui des reboots des séries des années 2000. Elles ont acquise une certaine valeur patrimoniale qui leur donne du poids et le reboot consacre à la fois leur succès passé mais aussi leur fin définitive (4). Cela attire t-il pour autant un public qui aurait arrêté de regarder les grosses chaînes qui les achètent ? Pas si sûr. Les audiences (on nous les sort après chaque sortie de nouvelles séries françaises) montrent souvent que les téléspectateurs ont justement un goût pour la nouveauté (5) et font du tord à l’effet « c’était mieux avant ».

 

 

Ces grosses chaînes, pour justifier leurs achats, évoquent la prise de risque : il y en aurait moins à acheter le reboot de Prison Break que Vickings, au vue de son audimat, mais aussi du fait que Prison Break, bah… ça a marché avant ! D’accord, ça a marché avant, mais avant, c’était une série très originale, ce qui ne sera plus le cas avec le reboot qui aura à présent un référent en terme de qualité. D’ailleurs, quand on regarde la réception en 2015 du reboot de Heroes, une série fantastique sortie en 2005, on s’aperçoit qu’il est passé inaperçu et que ce fut un bide total, une pâle copie de l’original dont la première saison était alors encore tout à fait légitime pour une re-diffusion. Le reboot, au lieu de donner un nouveau souffle à la série, est devenu un mauvais remake avec des effets spéciaux aussi cheap qu’il y a dix ans (6).

 

Un reboot, n’est pas une complémentarité de la série originale, elle est indépendante et doit donc se créer des fans. Elle doit alors avoir une nouvelle histoire tout en se plaçant dans la continuité de l’ancienne série pour justifier son existence, se réactualiser par rapport aux manières de penser et aux rapports socio-économiques d’aujourd’hui, et chercher non pas à attirer les fans de l’ancienne série (erreur commise par X-Files (7)) mais plutôt trouver un nouveau public, comme l’a fait la série de SF Dr Who qui, lors de son re-lancement en 2005, tout en conservant les fans de la première heure, a ramené à elle tout un nouveau public (c’est d’ailleurs un peu le créneau adopté par le genre de la Science-Fiction, avec par exemple Star Wars dont l’objectif est similaire pour chaque cycle ou Star Trek qui a produit des films en lieu et place de la série). Produire et diffuser un reboot est sans doute plus risqué que pour une série originale. Les attentes sont très hautes, et il faut à la fois être original tout en ne reniant pas les dizaines de saisons de la première série. En bref, c’est chaud.

 

 

Alors c’est vrai quand on dit « Charmed va revenir (8) », on commente souvent « Chouette j’aimais trop cette série avant ». Oui, on appréciait l’ancienne série, avec les anciens acteurs, pendant la « Trilogie du Samedi », et on avait 10-15 ans. Ça ne signifie pas qu’aujourd’hui en étant Twenty, tu vas aimer la nouvelle série (qui serait un préquel situé dans les années 70), avec les nouveaux acteurs et les nouveaux scénarios. L’annonce du retour d’une série qui a marché dans le passé attirera les nostalgiques, comme ça l’a fait pour X-Files ou Gilmore Girls, mais cela ne veut pas dire qu’elle va fonctionner pour autant et qu’elle va perdurer dans le temps. Les producteurs de ces séries, à trop jouer sur la corde du sentiment inachevé (9) oublient souvent une chose : pour qu’une série marche, que ce soit une série originale ou un reboot, il faut qu’elle ait une bonne histoire, de bons acteurs, et mince, un bon scénario, pas une fichue coquille vide qui fait juste référence à l’ancienne version ! Qu’une série soit un reboot ou pas, il faut déjà, et je dirais même, il faut juste qu’elle soit bonne, avant d’être nostalgique.

 

Marie-Angélique Rakoto, 24 ans, binge-watcheuse exigeante

 

(1) http://www.toutelatele.com/charmed-fait-toujours-le-bonheur-de-w9-47227

(2) PHILIPPE Gaëlle, « Remake et sérialité : séries sans fin ?  Reboots cinématographiques et télévisuels », Revue Proteus – Cahier des théories de l’art, n°9, p. 23 [En ligne] : http://www.revue-proteus.com/articles/Proteus09-2.pdf

(3) Ibid., p. 23.

(4) Ibid., p. 24.

(5) Production de nouvelles séries en hausse : http://tvmag.lefigaro.fr/programme-tv/series-ce-qui-vous-attend-en-2017_f984c356-c82f-11e6-b347-e234482e0b67/

(6) Pour un avis critique plus détaillé : http://blogs.lexpress.fr/critique-serie/2015/09/29/heroes-reborn-il-ne-fallait-vraiment-pas/ et http://seriestv.blog.lemonde.fr/2015/09/28/heroes-reborn-linstant-deja-vu/

(7) Un retour récurrent à la mythologie de la série, avec de nombreux flashback ont été une des erreurs de la saison 10 : http://www.huffingtonpost.fr/2016/02/25/x-files-saison-10-m6-mulder-scully-2016-series-tv_n_9307988.html

(8) Pour plus d’information sur le possible retour de Charmed : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/963153-la-serie-charmed-de-retour-un-buzz-bien-orchestre-mais-est-ce-bien-raisonnable.html

(9) PHILIPPE Gaëlle, « Remake et sérialité : séries sans fin ?  Reboots cinématographiques et télévisuels », Revue Proteus – Cahier des théories de l’art, n°9, p. 26 [En ligne] : http://www.revue-proteus.com/articles/Proteus09-2.pdf

 

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