Spécial Saint Valentin #1 ASOS Lonely Heart’s Club

On a checké la collection spécial Saint Valentin d’Asos Marketplace, et l’image de l’amour qu’elle nous a renvoyée nous a un peu inquiétés…
12/02/2018

 

 

 

 

Oubliez les petites culottes en dentelle, les bagues en toc, les mugs pastel, les imprimés à cœur et les pendentifs où sont gravés de douces paroles. Bienvenue sur Asos Marketplace, là où l’amour est no-filter, brutal, désinvolte, agressif et solitaire. Reflet d’un romantisme en berne ou projection morbide des nouvelles relations 3.0 d’une jeunesse désenchantée, le tout fantasmés par des quadra frustrés, dur de trancher. Quoi qu’il en soit, Twenty s’est amusé à décrypter ces quelques looks spécial Saint Valentin, pour mieux comprendre cette brandisation « trash glam » d’une loose sentimentale post adolescente.

 

 

N.B : Vous remarquerez que tous ces produits sont destinés à un achat personnel et ne peuvent pas vous être offerts par un quelconque amoureux, pour des raisons évidentes d’amour propre et de représentations idéales. Un élément à mettre en perspective avec le présent article.

 

 

 

1- Un « girl power » narcissique et mercantile ?

 

 

 

 

Voici deux jeunes femmes aux airs de Lolita 90s, dont les T-shirts semblent exalter un « girl power » triomphant.

Si l’on replace les images dans leur contexte, il semble clair que pour la jeune femme d’aujourd’hui, l’amour doit composer avec son militantisme - un engagement préfabriqué, à l’image de ces vêtements, 100% polyester mais bien marketés. Quand les idéaux se changent en arguments de vente, souvent, mieux vaut s’en méfier.

Mais bon, réjouissons-nous, nous vivons à l’heure des déclarations en écriture inclusive et des longues discussions sur la « zone grise » pour le moindre baisé troublé, des hashtags progressistes et des séances d’ « empowerment » féminin, où l’on se reluque mutuellement la fouffe dans des tentes exclusives, pour « apprendre à mieux se connaître » ! #BienDansMaSafeSpace.

 

2- Condescendance sentimentale ?

 

 

 

C’est la Saint Valentin, bordel, respectez-nous ! Pourquoi diable voulez-vous porter un vêtement invitant à la rupture ou à la négation des douleurs amoureuses ?

« Dump him » nous dit la première, regard flottant et petite moue triste à l’appui. Que le message soit adressé à elle ou à une autre ne change rien à sa dimension ironico-dépressive. Il se présente comme une invitation à la solitude, au repli narcissique ou à l’échangisme le plus obscène. Un appel désespéré à la misère des cœurs, qui, on l’espère, ne trouvera que peu d’écho auprès du public – par chance, peu de gens obéissent aux messages qu’ils lisent sur des T-shirts.

Et que dire de l’attitude hautaine de sa comparse, qui nous nargue avec son petit air condescendant, propre aux Queen Bee du collège, les mêmes que l’on retrouve dix ans plus tard serveuses dans un restauroute ? Un dédain pour son propre petit cœur brisé, comme si elle était au-dessus de ça, comme si elle n’avait jamais versé une larme d’amour. Non, le millennial est bien trop « playful » pour les tourments amoureux, trop occupé à swiper pour véritablement s’attacher. Un cynisme qui culmine avec cette bulle de chewing gum, rappel des bulles de savon qui figuraient autrefois sur les vanités – L’amour est vanité, trop vain pour en être affligé. La « fast life » a remplacé la naïve joie d’aimer.

 

3- Dénigrement de l’autre ?

 

 

Oh hoodie ennemi, pourquoi n’ai-je tant vécu que pour cette infamie ? Si nous ne dirons rien des couleurs, attardons-nous un instant sur le sens de cette image.

De dos, la mannequin se dérobe à nous, pour nous dire, sans un regard, qu’elle ne veut plus de nous. Un rejet sans appel, rejet de cet autre dont elle n’a que faire, qui l’embarrasse et la contraint - breloque supplémentaire sur la chaîne de ses amants.

De la même manière, en amour, nous avons souvent tendance à projeter nos fantasmes sur l’autre, à lui imposer le filtre de nos désirs, sans jamais chercher à l’entendre. Une manière de l’annihiler, ou du moins, de nier sa subjectivité. Par manque d’intérêt ou autisme sentimental, peut-être, nous n’avons même plus vraiment envie de lui donner la réplique, nous contentant de monologuer en nous-même, dans un face à face aux airs de chassé croisé.

C’est moche, à l’image de la rose négligemment brodée sur ce sweat-shirt, qui ce matin avait déclose et que mignonne, nous n’irons plus jamais voir.

 

4- La passion plus que l’amour ?

 

 

 

« Burn baby Burn ». Incandescent, intense et fugace l’amour n’est plus qu’une simple passion. Si Shakespeare en son temps écrivait « L'amour n'est point l'amour/ S'il change en trouvant ailleurs le changement/ Ou s'éloigne en trouvant en l'autre l'éloignement », aujourd’hui, face à des contraintes de vie intense auxquelles s’ajoutent une FOMO (Fear Of Missing Out) sexuelle, l’amour a laissé place à la passion.

On vibre, on s’enflamme, on souffre, on tremble, on rougit et on pâlit en un instant. Des relations allumettes, donc, qui en ont la durée et la chaleur.

L’autre n’est finalement là que pour alimenter, un temps, la combustion spontanée du gouffre tragique de nos vies sentimentales.

 

5- Une dynamique morbide ?

 

 

Bisous les goths ! Bon, ici, au moins, l’amour n’est ni nié ni tourné en dérision, ni simplement envisagé à travers un prisme sexuel. Il sert avant tout à orner les oripeaux de vieux ados dépressifs.

« Je t’aime jusqu’à la mort ». Une affirmation qui pourrait paraître romantique, si elle ne s’inscrivait pas dans un processus plus large de dévitalisation de l’amour. On ne demande pas à l’autre s’il veut être aimé, et encore moins jusqu’à ce que mort s’en suive. Ici, c’est un désir que l’on impose dans une logique narcissique, à sens unique. La personne qui porte ce T-shirt doit trouver une certaine bravoure, un certain lustre, au fait de créer un lien suffisamment fort avec quelqu’un pour qu’il perdure dans l’au-delà, et semble demander en échange crédit et reconnaissance éternelle. Un accomplissement illusoire, qui n’engage finalement que son propre égo.

Bon, et puis, qu’on se le dise une bonne fois pour toute, les jeans troués, les gars, ce n’est plus possible ! C’est so 2012 !

 

6- L’adieu aux sentiments ?

 

 

 

Des roses vous sortent du vagin mais sur l’ourlet de votre pantalon, c’est écrit noir sur blanc : il n’y a plus de romance, le romantisme est mort. Si Aurélien trouve Bérénice franchement laide, il va swiper à gauche, c’est irrémédiable. Plus de place au flottement, plus de place au doute, au retour arrière.

Aujourd’hui, et cela se voit aussi bien dans la littérature, le cinéma et la musique que la publicité, les sentiments se sont vu supplantés par les émotions. Les sentiments, c’est l’amour, l’amitié, la trahison, la haine - sublimes et psychiques. Une affection de l’âme qui vous grignote à petit feu. Aujourd’hui, l’âme est sauve – les gens se contentent de somatiser des situations bien précises et ponctuelles. Un enchaînement de manifestations physiologiques éphémères. Une énergie propagée au corps en un simple coup de karsher. A contrario, le sentiment dure et perdure. On ne s’en défait pas en un instant. Voilà pourquoi beaucoup sont sans attaches. Le lien véritable, c'est le sentiment.

 

Bien sûr, si vous consultez d’autres sites marchands, vous trouverez tous les attributs gnangnan de l’amour au féminin, tel que la publicité l’a toujours conçu. Une débauche de produits girly ou plus sensuel, pour rappeler à l’élu de votre cœur que vous êtes prêts à débourser 19,99 euros pour honorer votre amour. A cela semble s’ajouter un phénomène nouveau, évoqué en début d’article. Tous ces produits ont l'air de cibler les femmes, pour qu’elles les achètent elles-mêmes, afin de les porter le jour J. Un consumérisme sentimental qui semble donc tourné vers soi – offre-moi des fleurs, je m’occupe de la lingerie !

 

Par Carmen "unchain my heart" Bramly

Rechercher

×