Twenty Ciné : LOVE, SIMON

Le week-end approche et vous ne savez pas quoi faire pour échapper à la canicule ? Et si vous alliez vous rafraîchir au ciné ? En tous cas, si vous y allez, notre Twenty ciné reporter vous déconseille "Love Simon", teen movie queer un peu palichon.
06/07/2018

 

 

Adapté du roman de littérature jeune adulte de Becky Albertalli, Moi, Simon, 16 ans Homo-Sapiens (2015), Love, Simon se présente comme le film adolescent de l’été avec un slogan grandiloquent « On mérite tous une première grande histoire d’amour », ce à quoi nous pouvons également répondre, on mérite tous un bon premier teen movie gay et mainstream.

 

 

 

 

Si le film s’inscrit aisément dans le genre, plus particulièrement celui très codifié du high-school movie, il ne parvient pas malgré sa sympathie et son casting, à nous convaincre totalement. Le problème au-delà d’une réalisation assez linéaire et basique, qui marquerait à être par moments plus inventive et plus libre, vient du traitement du sujet.

Si au premier abord on se réjouit à l’idée d’un film produit par un grand studio (FOX) banalisant et vulgarisant le sujet de l’homosexualité adolescente. On est vite déçu devant ce récit qui privilégie tellement son message positif et son potentiel feel-good movie, qu’il en oublie de creuser ses situations et ses personnages. On est face à un film conçu pour être aimé et dont il est difficile de ne pas être d’accord avec, tant le message d’acceptation qu’il véhicule est nécessaire. Cependant le film arrive sur un terrain déjà amplement défriché et ausculté depuis plus d’une quinzaine d’années par le cinéma indépendant et surtout le cinéma indépendant américain. Plus d’un an après la sortie du mélancolique  Moonlight (Barry Jenkins, 2017) et quelques mois après le solaire et brulant Call Me By Your Name (Luca Guadagnino, 2018), Love, Simon souligne la fracture nette entre cinéma de studios et cinéma indépendant. Qu’il ait fallu attendre 2018 pour « se risquer » à produire un film mainstream prenant pour sujet le coming-out d’un adolescent américain blanc issu d’une classe moyenne plutôt confortable est un peu difficile à digérer. On s’attriste devant ce film conçu comme une mignonnerie inoffensive, en retard sur les combats identitaires et sociaux actuels. Les problèmes du gentil Simon Spier, bien interprété par Nick Robinson, et sa bande d’amis ont été réglés par le cinéma indépendant et la série TV depuis belle lurette. A l’heure des grandes séries de remise en question de la sexualité et du genre, qui s’échinent à transcrire un monde en perpétuel changement, à l’image de Sense8 ou Transparent, Love, Simon fait pâle figure.

 

 

 

 

Présenté comme un divertissement tout public, le film ne se permet pas l’exploration de la sexualité comme pourrait le faire un film plus indépendant, il reste sur la dialectique de la comédie romantique à l’américaine et se cogne dans tous ses écueils, la grande histoire d’amour de Simon manque cruellement d’âme et de consistance. En voulant trop balancer entre le teen movie et la romcom, le réalisateur Greg Berlanti (Arrow, Flash, Supergirl) ne sait pas vraiment où se poser et sur quelle problématique se focaliser. Il se contente de survoler un récit cousu de fil blanc sans jamais trop se mouiller. Il en résulte un film chaste, drôle et optimiste, où l’identité publique de Simon prévaut sur le reste. Ce n’est pas l’excitation de l’amour et l’émoi des premières expériences sexuelles qui agitent et troublent Simon, mais son coming-out qui écrase tout entier sa fragile montée de désir. A force de trop vouloir se faire aimer, le résultat peut parfois s’avérer décevant.

 

On notera également une troublante utilisation de la « normalité », Simon répète à son public, brisant le quatrième mur, qu’il est un adolescent normal comme eux. Ainsi dans une séquence de rêve technicolor, il se figure à l’université dans un numéro de comédie musicale où il danse et chante sur « I Wanna Dance with Somebody » de Whitney Houston avant de se reprendre et d’écarter une possibilité de personnalité plus expansive et flamboyante. Le Loud & Proud, très peu pour le Simon de Berlanti. On ne manquera pas de saluer l’effort, en espérant qu’il ouvre la voie à des films de studios avec des enjeux plus en phases avec leur temps et avec un traitement plus abouti.

 

 

Love, Lisa

 

 

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