L’Ebdo : le journalisme citoyen est-il une utopie ?

Nouveau magazine indépendant, collaboratif et participatif, apolitique mais engagé, L'Ebdo, dont le premier numéro sortira le 12 janvier, va-t-il révolutionner la presse écrite ? Twenty décrypte !
06/01/2018

 

Alors que la suppression annoncée de l’Express en version version papier bouscule le monde journalistique, un autre événement plus positif fait des remous et anime les derniers débats : la naissance d’un nouvel hebdomadaire dans un contexte de crise journalistique alors que les journaux, dans une grande majorité, accusent le coup à la fois de la révolution numérique et de la fuite des lecteurs. Le nom de ce nouvel hebdomadaire, simple, basique, selon les mots d’Orelsan : l’Ebdo.  

 

 

 

 

Le nouveau directeur, depuis octobre, de l’Institut de journalisme de Bordeaux Aquitaine (IJBA), Arnaud Schwartz, lui-même, était présent pour assister à la rencontre/débat aux côtés d’étudiants et de lycéens venus écouter le très controversé Patrick de Saint-Exupéry. Le journaliste, rédacteur en chef du futur Ebdo, était invité de la dernière édition des Tribunes de la presse, à Bordeaux, du 30 novembre au 2 décembre dernier sur le thème global d’« Un monde en pleine révolution ». Pourtant, malgré les débats que cette prochaine naissance a entrainés, Patrick de Saint-Exupéry insiste sur le fait que cela « n’est pas une révolution » , ce qui a pourtant été annoncé par rapport à la naissance de cet hebdomadaire.  

 

 

Le débat évoqué en particulier s’intitulait : « Et si on réinventait la presse ? » . Au-delà d’une réinvention, le journaliste évoque ici encore un dépassement et parle de recréation. Il veut, aux côtés et d’une rédaction de 70 personnes et de son ami et collègue Laurent Beccaria, créer un journal « pour tous », apolitique mais engagé, allié à une logique d’interaction pour dépasser le collaboratif et le participatif et ainsi s’opposer à ce que l’on a appelé, au début des années 2000, le journalisme citoyen. Selon le journaliste, la presse s’est éloignée de son lecteur. Alors que la publicité poursuivrait une logique de cible ,  l’Ebdo serait complètement indépendant et à l’écoute de ses lecteurs. Quand on le pose en détracteur de la presse, il souligne, au contraire, son action comme un avancement pour et pas contre la presse. L’idée est de donner (redonner ?) une dimension intime à la presse avec plus d’investigations, de bande-dessinée et de photographies. Un engagement poursuivi qu’il définit comme « possible et nécessaire » ; comme une manière de sauver le journalisme. La publicité irait à l’encontre de la maxime qu’il scande comme un slogan : « du journalisme, du journalisme et du journalisme ». D’ailleurs, de Saint-Exupéry raconte souvent une anecdote pour appuyer son propos, celle du marché. En effet, toujours dans l’idée de se rapprocher de son lecteur, il a été réalisé une enquête de terrain pour voir l’attractivité du journal. Et notamment, possiblement dans un marché, on a demandé aux gens de savoir s’ils liraient un nouvel hebdomadaire. Les gens ont évidemment voulu savoir si ce sera gratuit. Quand on leur a dit qu’il faudrait le payer mais qu’il n’y aurait aucune publicité, les gens ont tout de suite paru intéressés par l’idée. Et d’autre part, l’Ebdo sera tiré en format papier qui ne doit pas être vu comme un modèle de destruction de valeurs mais, au contraire, un modèle économique viable. Il faut être en prise avec le monde, prendre du recul sur les caricatures. 

 

 

Par ce retour au papier, qui ne signifie pas l’abandon du numérique, l’Ebdo semble vouloir donner une nouvelle vision de la société avec une mise en avant du kiosquier.  Il veut alors en revenir aux fondamentaux du journalisme afin de parvenir à poser les bonnes questions et non pas prétendre donner la réponse ; apprendre à réfléchir en somme et aborder les sujets dits « angles morts ». D’ailleurs, cela l’énerve que le lecteur soit mis à part. « Ce ne sont pas des ânes », insiste-t-il. Alors pourquoi subissent-ils cet « ostracisme incompréhensible » ? Selon Patrick de Saint Exupéry, cela est dû à l’éloignement des journalistes de la réalité sociale  qui se complaît dans sa situation, une élite journalistique qu’il critique. Et notamment en France, il faut dépasser la « logique séculaire » de la presse nationale qui stagne et aller vers des formats comme ceux notamment développés par le New Yorker. Prix Albert Londres en 1991, Patrick de Saint-Exupéry, à l’origine de la création française du mook1 et donc de sa première matérialisation « XXI » dédiée au reportage ainsi que, conséquemment, « 6 mois » dédiée au photoreportage, s’inscrit dans la continuité, celle précédemment commencée. 

 

 

L’Ebdo ne sera pas non plus un journal parisien , il réussit à décrocher un sourire à son public bordelais. L’équipe du journal est, par exemple, en train de faire un tour de France à la rencontre de leurs potentiels lecteurs pour expliquer leur démarche et interagir avec les populations. La question des régions leur tient à cœur : en effet, il n’y aura pas de « correspondants » régionaux mais des journalistes Ebdo en régions, ce qui est complètement différent d’un point de vue symbolique. Depuis (et pendant) la campagne de crowdfunding, plus de 7000 personnes se sont déjà préabonnées, ce qui est à la fois une pression et un encouragement, la rédaction espère 40.000 abonnés fin 2018 et 60.000 fin 2019, un pari ambitieux mais qui reste atteignable. Autre élément réalisé avant la parution du premier Ebdo, se faire reconnaître par ses pairs ce qui a été fait quand le journal a mis à jour l’affaire du Levothyrox et de ses effets secondaires indésirables avec des dizaines de personnes touchées. Enfin, quand on lui pose la question de la viabilité du journal, Patrick de Saint-Exupéry, honnête, le dit : l’Ebdo est une « aventure » et quand on évoque un potentiel échec : il conclue sur un « on verra ».  

 

 

 

 

Héritier direct et dans la lignée de XXI ou encore de 6 mois, le dernier bébé hebdomadaire de la presse est donc à suivre ! Rendez-vous le 12 janvier prochain pour la publication du tout premier numéro d’Ebdo. Et si vous voulez encourager leur initiative, il est toujours possible de se pré-abonner et le tour de France du camion Ebdo continue aussi.  

 

 

Site : https://ebdo-lejournal.com/

Par Aurore Thibault

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