Comment est née la Marche des Fiertés ?

Samedi à Paris a lieu la Marche des Fiertés, ou Pride, et c’est l’occasion de faire un petit historique de ce rassemblement pour les droits fondamentaux de la communauté LGBTQA+.
22/06/2017

 

 

Cet article utilise le langage inclusif (ielle, celleux, etc… pour plus de renseignements, vous pouvez cliquer ici ou bien ici ). On parle ici de Marche des Fiertés (ou Pride) et non pas de Gay Pride pour les mêmes raisons d’inclusivité.

 

L’histoire de la Marche des Fiertés telle qu’elle est aujourd’hui remonte à l’année 1969. À l’époque, l’homosexualité (sans même parler de la transidentité) est illégale, considérée comme une maladie mentale et très, très sévèrement réprimée, que ce soit aux États-Unis ou en France ; cette année là, lors d’une descente de police dans les bars gays et lesbiens de Greenwich Village, les client-es se rebellent, et les passant-es se joignent à la manifestation, ce qui provoque une barricade de la police et des affrontements qui durent trois jours !

 

L’année suivante, sous l’impulsion de Brenda Howard, une femme américaine bisexuelle et centrale dans les milieux militants LGBT de l’époque, une marche de commémoration est organisée, la Christopher Street Liberation Day March, qui est considérée comme la première Marche des Fiertés. Cette initiative est bientôt reprise au travers des États-Unis, puis dans le monde, et Brenda Howard y gagne le nom de « Mother of Pride », la Mère des Fiertés. Toutes les Marches ont lieu durant le mois de juin (Pride Month) en commémoration de cela, généralement les samedis.

 

Brenda Howard, The Mother of Pride

 

En France, l’activisme LGBTQA+ de l’époque n’est pas très médiatisé, et la Pride ne connait que peu de succès à cause de la répression policière notamment. En 1971, la télévision publique française, c’est à dire la voix du pouvoir, diffuse une émission intitulée « L’homosexualité, ce douloureux problème », qui est interrompue par des personnes LGBT, ce qui donne une véritable visibilité au mouvement ; ces activistes prennent part au cortège des syndicats du défilé du 1er Mai, ce qui se fera jusqu’en 1978.

 

En parallèle à cela, une manifestation est organisée contre le message d’Anita Bryant, une catholique intégriste qui appelle à « tuer un homosexuel pour l’amour du Christ », ce qui revient à un appel au génocide. Cette manifestation est réitérée les deux années qui suivent pour la lutte contre les discriminations liées au genre et à la sexualité.

 

 

En 1981, le CUARH (Comité d’Urgence Anti-Répression Homosexuelle) relance cette manifestation en juin, et Mitterand promet de dépénaliser l’homosexualité, ce qu’il fait  l’année suivante, et ce malgré une vive opposition de la droite traditionaliste à l’Assemblée - on peut par exemple citer dans les députés qui ont voté contre, François Fillon, ou encore Jacques Chirac. Oui, l’un a été président, l’autre a failli l’être. Non, ce pays n’a pas de problème d’homophobie, enfin. - La première Marche des Fiertés LGBTQA+ se tient donc à Paris en 1981, et a lieu tous les ans depuis. Elle s’est également étendue à toutes les grandes villes de France, comme Lille, Lyon, Marseille…

 

Durant les débats sur la loi Taubira, la Manif pour Tous a mené plusieurs actions très agressives envers la Marche, qu’elles soient verbales ou même physiques. Les groupes nationalistes identitaires comme le GUD ou l’Action Française continuent à menacer physiquement les participant-es aux Marches, comme on l’a vu à Lyon pas plus tard que samedi dernier, où ielles ont brulé un drapeau arc-en-ciel et exécuté des saluts nazis. Chaque année, des centaines d’adolescent-es sont chassé-es de leurs domiciles familiaux à cause de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre. La jeunesse LGBTQA+ est la catégorie sociale qui a le plus de risque de devoir faire face à la dépression ou au suicide. Encore aujourd’hui, des dizaines de jeunes, ou de moins jeunes se font agresser, tabasser, tuer simplement à cause de qui ils sont. Les personnes bisexuelles, asexuelles, non-binaires, etc, sont très régulièrement invisibilisées, que ce soit dans la société ou même dans la communauté LGBTQA+. La représentation LGBQA+ est quasiment inexistante dans les médias mainstream. La Marche des Fiertés est un moyen pour cette communauté de se faire entendre, de prouver qu’elle existe et qu’elle est importante. La lutte pour les droits de cette communauté, ainsi que son acceptation, n’est pas terminée, et c’est pourquoi cette Marche est nécessaire.

 

 

Twenty sera à la Marche des Fiertés parisienne samedi prochain, n’hésitez pas à venir nous parler si vous nous voyez !

 

 

 

Par Daphné Deschamps et Lucie Bulteau

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