Dieu bénisse les Twenty ?

Imposée, révélée ou fantasmée, la religion connait un étonnant revival auprès de la jeunesse. Pour Twenty, Mickaël, 20 ans, catholique en proie au doute et Jade, 22 ans, qui songe à se convertir à l'islam, nous parlent de leur foi.
18/12/2017

La religion occupe une place extrêmement importante chez nous, les jeunes, et ce largement plus que chez nos aînés. Le nombre de jeunes qui se rattachent à une spiritualité serait passé de 34%, en 2008, à 53%  en 2016 selon OpinionWay. La même année, on relevait 42% de 18-30 ans qui se déclaraient catholiques, 4% de musulmans et 3% de protestants. À présent, il semblerait que nous aimions revendiquer notre religion, exposer nos valeurs religieuses sur les réseaux sociaux, soulignant ainsi une vraie rupture avec la génération mai 68. 

 

Mais bien d'autres jeunes sont loin de ce phénomène. Certains d'entre nous sont nés dans un environnement totalement croyant, sans réelle possibilité de choisir ou non leur foi...

 

"On me parlait de pédophilie, de ces viols qui ont fait les unes des journaux un certain temps. J’ai même éprouvé du dégoût à mon égard."
 

Mickaël, 20 ans. 

 

Ce vingtenaire nous a envoyé un mail afin de parler, de mettre des mots sur ce qu'il considère comme "une croyance non croyante". Issu d’une famille catholique, Mickaël s'identifie pourtant comme athée. Baptisé dès sa naissance, il effectue le parcours catholique ‘’classique’’ imposé par sa famille. Il pratique, connait les prières et le rythme de vie catholique pour faire « plaisir à ses parents.» Mickaël nous décrit un sentiment de honte, ajoutant « Je ne me considère pas comme catholique. Pour moi, la religion est quelque chose de vieillot, ce n’était pas mon choix. »

 

 

Sa religion, nous dit-il,« n’est peut être pas la plus active de notre pays, mais on à tendance à s’en moquer très facilement. » Décrit comme le ‘’catho de l’école’’ en primaire, Mickaël décrit ce lourd sentiment d’humiliation qu’il côtoie depuis le plus jeune âge. « On me parlait de pédophilie, de ces viols qui ont fait les unes des journaux un certain temps. J’ai même éprouvé du dégoût à mon égard. Je m’en voulais, j’en suis venue à m’associer à elle. Je ne faisais plus la différence. Quand les enfants se moquaient des religions, je le prenais personnellement. Au fond, je sais qu'ils essayaient de me toucher, il n’y a pas de doute, mais pas à un tel point. J’en suis même venu aux mains parfois.»

 

"J’ai du mal à me voir comme croyant dans l’avenir."
 

Mickaël relativise son enfance. Ce qu’il craint davantage, c’est l’avenir. « J’ai du mal à me voir comme croyant dans l’avenir, j’ai des difficultés à me projeter, garder ces codes que l’on m’a transmis sans connaître mon avis. Rien que d’écrire ces mots, j’ai les poils qui se hérissent. Au début, je n’avais pas de problème à vivre avec. On se moquait un peu de moi car j’avais une croix autour du cou mais rien de bien méchant avec un peu de recul. Au lycée ça a commencé à être un peu plus tendu. Par exemple, je ne voulais pas avoir de copines, parce que j’avais peur de ressentir des tensions sexuelles envers elles. On m’insultait de ‘’pédé’’ parce que je n’embrassais personne, parce que je ne couchais pas. Je n’ai pas fais l’amour avant mes 18 ans. Quelques semaines après avoir commencé les études supérieurs, ça a été une autre affaire. Sorties, boites, soirées étudiantes…et puis j’ai rencontré Amélie. C’était une fille super sympa, elle aussi issue d’une famille catho, mais non pratiquante. C’était cool, j’étais heureux, je me suis livré à elle et comme tout couple on a fini par avoir des rapports. » nous ajoute Mickaël. Il précise « Je n’avais pas envie de le cacher à ma mère, je suis très proche d’elle. Je l’avais déjà présenté à toute ma famille, et tout le monde l’adorait. Quand j’ai avoué à ma mère qu’on avait couché ensemble, elle m’a fait une sorte de chantage. C’était la maison et le confort, ou Amélie. C’était horrible, je n’avais pas vraiment le choix. Ma mère a tout fait pour créer un climat de tensions lorsque ma copine était chez moi. On a rompu. Je pense que s’il n’y avait pas eu une histoire de religion, nous n’en serions pas là aujourd’hui et je serais peut être encore avec Amélie»

 

 

Le lycéen nous explique au travers de ces quelques lignes vouloir respecter ce qui rend heureux ses ancêtres : « Le catholicisme tient à coeur à ma famille, et surtout à mes grands parents paternels. Je pense qu’ils verraient comme une trahison le fait de ne pas assister à mon mariage dans une église, si je viens à me marier un jour bien sûr.»  Sauf que Mickaël ne se fit pas à une religion, il aime toutes les femmes, musulmanes, juives, monothéistes ou athées. Il ne s’arrête pas à ça et nous dit « Je ne me vois pas accoster une fille en lui disant ‘’Hey, dis moi c’est quoi ta religion ?’’, non c’est inconcevable. Et puis même, c’est la honte.» Il nous précise que sa famille est loin d’être raciste, mais qu’elle aime simplement que certaines traditions se perpétuent. 

 

"Je connais des gens qui se sont empressés avec fierté de se rendre à la Manif pour tous."
 

Dans dix ans, Mickaël se voit athée, il n’aime pas les religions, leurs coutumes et leurs rites, il trouve que c’est « un message de paix à la base, qui se transforme en pleins de petites guerres ». Après quelques questions posées par mail, il nous répond être quelqu’un de respectueux envers les croyants, et ajoute « Je pense que l’on devrait laisser le choix à ses enfants, leur dire qu’ils peuvent appartenir à ce qu’ils veulent. En tout cas c’est ce que je ferais avec les miens. Je n’ai pas envie que ce soit un poids pour eux, mais un choix. » 

 

De toute façon, Mickaël n’a jamais évoqué ce sujet avec ses parents. Pour eux, leur fils est catholique, la question ne se pose pas. En réalité, il a l’impression que ses parents font partis d’une catégorie d’individus qui renonce et qui s’oppose à l’évolution de notre société. Il nous confie « Je connais des gens qui se sont empressés avec fierté de se rendre à la Manif pour tous. Moi je refuse, on est dans un pays fabuleux, le pays des Droits de l’homme, la nation qui nous laisse faire le plus de choses au monde certainement. On n’est personne pour décider de ce que le voisin doit faire. » 

Nous l’interrogeons sur son avenir : compte-t-il en parler ? Pense-t-il que ses choix le conduiront à une rupture totale avec ses parents ? Pour l’instant le jeune homme ne sait pas. Il pense qu'ils finiront peut être par accepter. Après tout, il est et restera leur fils. Il ajoute « Les croyants se doivent d’accepter l’autre, la religion est synonyme de tolérance. S’ils ne m’acceptent pas comme je suis et surtout comme je veux être, je ne comprendrais vraiment pas ». 

 

 

 

Et puis, il y a ceux qui auraient aimé être et qui le seront peut être un jour. 

 

 

Jade, 22 ans. 

 

Nous rejoignons la jeune fille aux Invalides. Cet après-midi, elle aura cours de lettres à la Sorbonne. Elle travaille en plus de ces cours à côté du Musée de l’armée, dans un petit supermarché, histoire d'économiser pour pouvoir se payer une chambre. Elle habite dans le 94, les allers-retours quotidiens lui semblent bien trop longs. Jade provient d'une famille non pratiquante mais d’origine chrétienne. Elle a été baptisé mais n’a jamais fait sa communion. La blonde nous explique un chemin de vie assez commun de ses parents : « Ils ont suivi le chemin habituel. Un appart’, une crémaillère, un chien, un enfant, un baptême pour faire plaisir à papy et mamie. ». C’est la deuxième d’une fratrie de 4 enfants. 

 

Peu écoutée par ses parents, « qui pour leur défense ne sont jamais à la maison » nous glisse-t-elle, la jeune fille s’est longtemps sentie à l’écart. Ce sentiment est d’ailleurs à peu près identique pour l'école et ce jusqu’au lycée. Décrite par ses camarades comme l’intello de la classe, elle n’a jamais eu vraiment d’ami(e)s, et s’est souvent peu préoccupée des problèmes de son âge. Elle nous explique « avoir vécu une enfance assez compliquée. Entre ma mère atteinte de sclérose en plaques, mon père qui buvait un peu pour oublier… Sans caricaturer, je n'avais pas vraiment les mêmes soucis qu’eux. Je paraissais un peu snob, ce qui était complètement faux. Je n’avais juste pas vraiment le temps. ». 

 

 

Un soir en trainant sur internet, Jade tombe sur un forum d’adolescents à la recherche d’amis sur Paris. Elle se rend compte que comme elle, des centaines de personnes de son âge se sentent terriblement isolés. Elle fait défiler les commentaires et tombent des témoignages portant sur la religion. Elle y lit que celle-ci  les a aidé à sortir de leur solitude. 

 

" Jade a choisi l’islam, car c’est « celle qui nous touche directement »"
 

Les jours passent et la jeune fille se décide à regarder de plus en plus de sites sur la religion, force est de constater que l’islam est pour elle la plus pratiquée par les jeunes, celle qui rassemble le plus. Elle ajoute « Je me suis dit que c’était dommage. Dommage parce que ce n’était pas vraiment ce qui faisait partie de moi. Personne dans ma famille ne connaissait vraiment les bases de cette religion. Au fur et à mesure, je me suis dit pourquoi pas. Après tout, peut être que les plus pratiquants d’entre nous sont comme le dit la religion, plus tolérant et à l’écoute. Je me suis décidée à acheter un coran. » . En cachette de ses parents, Jade se met à le lire tous les soirs, puis se documente pour comprendre chaque signification. Elle explique que « l’on s’attaque à quelque chose qui se passera après ce que l’on vit en ce moment même, on se dit que notre vie qui se déroule là, maintenant, ce n’est qu’un passage. Et peut être qu’après, ce sera mieux. ». Occupant ses nuits à regarder des témoignages et des documentaires, l’étudiante relate une sensation d’échappatoire, loin des cours de la fac’ et des critiques perpétuelles, qu’elle désigne comme « toujours, sans cesse, mais surtout pour rien ». 

 

 

L’islam. Jade a choisi l’islam, car c’est « celle qui nous touche directement ». Elle avoue par la suite que c’est peut être vers celle-ci qu’elle s’est tournée car elle permet de vivre quelque chose que son entourage ne comprend pas vraiment, qu’elle n’a pas besoin d’expliquer, qui l’éloigne et qui la met dans un monde à part. Que pour une fois, ce sont les autres qui ne comprennent pas : « Je ne me suis pas encore convertie, je m’informe, je ne veux pas que ce soit une décision prise à la légère. Je m’inquiète un peu quant à l’idée de le faire, parce que j’ai lu beaucoup de témoignages blessants. Je pense notamment à toutes les filles qui se sont converties. On leur a beaucoup reproché de faire ça par amour, que c’est de la soumission, qu’on fait ça pour un mec. C’est totalement faux, on était libre et on le restera. C’est un choix personnel. Moi je n’ai jamais fait quoi que ce soit pour un garçon, je connais mes priorités. J’ai déjà eu des petits amis, et ils ne m’ont jamais rien forcé à faire. Et puis de toute façon, ce n’est pas vraiment de l’amour que d’obliger quelqu’un que l’on aime à faire quelque chose. » 

 

"Une blanche qui devient musulmane, c’est toujours bizarre, y’a toujours un truc dessous."
 

Jade n’a pas encore évoqué le sujet avec quelqu’un de proche, si ce n’est sa cousine Océane. Elle nous dit « Je le regrette beaucoup, elle m’a dit que j’allais porter le voile, que j’allais arrêter de manger du porc. C'était totalement cliché. On peut vivre  avec l’islam de façon totalement moderne, et ce sera mon cas. J’étais particulièrement proche de ma cousine, c’était ma seule confidente et ses réflexions m’ont refroidies. Elle m’a demandé comment avais-je peu avoir l’idée un jour de ‘’changer à ce point’’, avec ‘’tout ces attentats’’. Ça m’a donné une belle vision de ce que pense les gens. Ils confondent tout. Ma propre famille confond tout ! » En évoquant cela avec elle, Jade pensait parvenir à effectuer une étape dans ses choix . Celle de pouvoir assumer, parler, mais surtout de ne pas avoir peur du jugement. De toute évidence, l’effet inverse s'est produit pour elle. 

 

 

La déception. À présent Jade ne sait que faire, en parler, sauter le cap, ou bien se taire. Elle sait que la religion est maintenant évoquée sans soucis entre jeune mais qu'« une blanche qui devient musulmane, c’est toujours bizarre, y’a toujours un truc dessous. » nous dit-elle. Elle s’est décidée d’en parler à son anniversaire à sa mère, en janvier, et que celle-ci l’aidera à évoquer le sujet qui serait certainement plus difficile à évoquer avec son père. 

 

 Par Marine Sabourin, 18 ans, étudiante.

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