Faut-il avoir honte d’arrêter ses études ?

A l’heure où l’on estime qu’une personne changera 5 fois de métier au cours de sa vie professionnelle, pourquoi sommes-nous si mal informés, si mal orientés ?
08/06/2017

 

 

Remontons plus loin dans votre parcours, et plus précisément au lycée. Si vous vous dirigez vers une filière générale, on vous demandera à 16 ans de choisir entre trois voies : ES, S ou L. Si vous êtes très orienté vers les lettres ou les chiffres tant mieux, sinon vous faites face à votre premier dilemme.

Deux ans plus tard, alors que vous ne serez même pas encore majeur, vous allez choisir cette fois vos études supérieures et vous aurez l’impression de jouer votre vie. Vous faites face à un choix immense de formations, d’écoles, d’universités. Vous découvrez APB et les concours, les innombrables dossiers à remplir et les papiers à fournir.

Vous vous retrouvez aussi pour l’une des premières fois de votre vie face à vous-même, à vos goûts, à vos ambitions. L’éternelle question de notre enfance : « Qu’est ce que tu veux faire plus tard ? » prend alors tout son sens et ses enjeux ici.

Une fois admis dans une licence, vous vivrez peut être la joie de faire enfin ce que vous aimez ou alors vous expérimenterez une véritable désillusion. Avec remise en question de toute sa (courte) vie au programme. Dans ce cas, que faire ? Continuer un cursus qui ne nous plaît pas pour avoir un diplôme ? Une valeur sûre ? Quelque chose à quoi se raccrocher « au cas où » ? Ce qui équivaut à dire, se raccrocher à quelque chose qu’on n’aime pas. Ou arrêter. Recommencer, se poser des questions, essayer de trouver sa voie, ce qui nous anime, ce qui nous fait vibrer. Je l’avoue, ça demande une force de caractère, ou d’être soutenu dans ce type de décisions. Tout le monde n’a pas une famille compréhensive qui sera prête à vous épauler dans vos choix.

Mais pensez un instant. On parle de votre vie ? Est ce que vous voulez continuer à faire quelque chose qui vous ennuie, qui vous exècre ?

Ce n’est pas mon but ici de critiquer, mais je trouve qu’en France, on inculque très tôt cette culture de la peur du changement, de la peur de la différence, de la réussite, d’avoir de l’ambition. C’est cela : on aime pas les ambitieux. Pourquoi ? Nous renvoient-ils à nos propres regrets ? A des rêves qu’on on a pas osé rêver ?

Arrêter ses études ou se réorienter c’est aussi avoir peur de la perte de temps, du regard des autres. Dans une société libérale où travailler plus, c’est gagner plus, peut on encore être à 25 ou 26 ans sur les bancs de la fac sans se sentir en décalage ? Il y a une véritable culpabilisation des gens et il faut que cela cesse. Arrêtons d’avoir peur du regard des autres. De ce qu’ils pourront penser, de ce qu’ils pourront dire. Ça ne fera que vous freiner. Parce qu’à la fin, l’important c’est de choisir une formation, un métier qui vous plaît à vous, non ? 

De même si vous vous sentez mal à l’aise dans une école, que vous vous rendez compte que la formation ne vous convient pas, n’est pas à la hauteur, ou que vous vous ennuyez, changez. Si vous voulez faire un métier manuel alors qu’on essaye de vous convaincre du contraire, écoutez vous et suivez votre intuition. N’attendez pas que ce soit trop tard pour le faire. Etre persévérant est un atout mais parfois, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas.

Au fur et à mesure que l’on avance dans ses études, on se rend également compte qu’il faut se spécialiser pour avoir une valeur ajoutée sur le marché de l’emploi. On nous met ainsi dans des cases.

De plus, et je parle ici au nom des 15-25 ans. Nous sommes la génération dont tout le monde parle, on fait des études, des sondages sur les « millennials », on veut savoir comment on réagit, comment on mange, comment on consomme, pour qui on vote… Mais peut-on arrêter de mettre des gens dans des cases ? Peut-on arrêter de nous enfermer ? On ne fera pas le même job toute notre vie c’est un fait. Et heureusement ! Etre défini par son métier mais n’est-ce pas totalement réducteur ? De s’affilier à un secteur, à une branche d’activité ? On se retrouve un jour piégé et on ne peut plus en sortir.  

 

 

 

 

Personnellement, dans un an je devrais choisir un Master. C’est un casse-tête ! J’aime mille choses, de la communication, à la politique, de l’histoire à la sociologie en passant par l’art, le cinéma, la mode, le marketing… Y-a-t ‘il un Master qui réunit toutes ces choses ? Avons-nous le droit de ne pas choisir ? Je pense que je suis loin d’être la seule dans cette situation aujourd’hui, et c’est pour cela que de plus en plus de jeunes se lancent dans l’entreprenariat : pour faire le plus de choses possibles, pour expérimenter, et ne pas se sentir étouffé.

Je ne veux pas me retrouver comme un de mes managers rencontré durant un job d’été qui voulait changer de métier, mais qui à chaque entretien d’embauche, se voyait refuser sa requête car il avait trop d’expérience dans son secteur et pas assez pour la profession qu’il voulait exercer. Je ne veux pas vivre cette frustration. Je veux tout vivre, tout essayer, rencontrer le plus de personnes possible. Je veux m’ouvrir l’esprit, grappiller de l’expérience partout, me nourrir le plus possible.

Partir d’une vague idée de qui je voudrais être pour arriver un jour à ce que je suis. « Deviens ce que tu es » du philosophe Nietzsche m’a toujours accompagné dans mes réflexions identitaires.

Je voudrais donc exprimer ici le fait que se tromper ce n’est pas grave, ne pas réussir ses études non plus, changer de filière, arrêter, reprendre, font parti du parcours professionnel et personnel et on est tellement plus qu’un job. Toutes nos expériences nous construisent en tant que personne et nous permettent d’offrir tellement plus que si nous sommes cantonnés à une chose en particulier.

Ne vous laissez pas enfermer, ne vous laissez pas dire les études pour lesquelles vous êtes destinés par des tests  hors de prix, ne vous laissez pas décourager par des conseillers d’orientations. Créez vos opportunités, créez votre chance, travaillez dur pour ce que vous voulez et sachez vous entourer.

 

Je terminerai avec une phrase de Xavier Dolan que je garde toujours à l’esprit : « Je pense que tout est possible pour qui ose, rêve, travaille et n’abandonne jamais. »

 

 

 

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