La cagole est-elle l'avenir de la femme ?

Diffusé le 15 janvier sur Canal +, le documentaire de Sébastien Haddouck, "Cagole Forever" est une éloge touchante de ces jeunes femmes du sud qui clignotent comme des boules à facettes tout en redessinant les frontières de l'émancipation féminine.
11/02/2017

La cagole est une espèce répandue sur les côtes françaises. Eté comme hiver, elle revêt du léopard, des griffes roses décorées et reste juchée sur ses 19centimètres. La bête est farouche, vulgaire et intrigante. On croit la connaître et pourtant ses faux cils soulèvent bien plus de questions qu’il n’y parait. Face à des jupes trop courtes , on les regarde bien souvent avec mépris. Et si cette énergumène était la figure même du féminisme ? Et si, plus ou moins volontairement, la cagole était l’incarnation de la femme libérée ? Sébastien Haddouck dans son documentaire « Cagole forever » dresse le portrait de femmes qui échappent à l’analyse.

 

Si le nom diffère, la cagole reste un phénomène perceptible à l’échelle planétaire. La Vrenzole de Naples, la Tussi allemande, la Choni espagnole ou encore la Kogaru nippone se ressemblent. Excessives, pétillantes à la limite du vulgaire. Petite cartographie de la cagole.

 

"C’est cette vulgarité décomplexée qui fait d’elle une femme décomplexée."
 

La cagole est méprisée pour sa vulgarité. On s’arrête bien trop souvent à ce que dévoile sa minijupe. Le nom même de cagole est péjoratif puisqu’il désignait dans un premier temps l’ouvrière pauvre et souvent prostituée au XIXème siècle. Sans compter sa proximité avec le verbe Caguer qui ne veut rien d’autre que chier. Elle est alors la femme souillée et impure. Cette étiquette, Hayet marseillaise aux allures de cagole la réprouve. « Je men fous des gens ils peuvent penser ce qu’ils veulent moi je sais ce que je veux. Mais bon c’est vrai que c’est quand même un peu dégradant, le mot reste un mot dégradant».

La cagole est alors vulgaire au sens premier, elle est populaire. Femme du peuple, son mauvais goût est régional, provençal et s’oppose au chic parisien. Sébastien Haddouck emporte son micro et sa caméra vers la capitale en pleine Fashion Week. Mais qu’est ce qui distingue les bas résilles de la modeuse parisienne de ceux de notre cagole du sud ? C’est le bon goût qui prétend les distinguer, mais qui, ce faisant, exerce une autorité aussi arbitraire qu’élitiste. Si ce vulgaire répugne certains, d’autres s’en inspirent ouvertement comme Jean Paul Gautier « je ne suis attiré que par la vulgarité, je n’aime que ca. Le chic c’est rien, c’est plutôt une attitude d’âme. Le goût ça ne veut rien dire » 

Cet antéchrist de l’élégance serait vulgaire. Mais c’est cette vulgarité décomplexée qui fait d’elle une femme décomplexée. Sa jupe trop courte et ses talons trop hauts, cette féminité exagérée c’est une féminité qui s’assume et qui s’affirme. Alors que Cécile Dufflot se fait siffler à l’assemblée nationale parcequ’elle porte une robe à fleurs, la cagole, elle, s’octroie la liberté de porter des minishorts avec des talons.

Ce que ce documentaire montre de plus surprenant encore c’est la dualité de la cagole. Une femme un peu hommasse, qui parvient à affirmer un fort caractère sans se casser un ongle. Liza Monet, rappeuse française, est une des voix du reportage qui le montre bien. Telle l’Olympia de Manet, elle exhibe son corps et provoque. Elle expose son bonnet D et se clame garçon manqué. Elle ose parler de bites comme un mec ose parler de chattes. Elle s’en fout de porter une jupe trop courte, elle s’en fout de ce que vous pouvez bien penser.

 

Liza Monet par Manet, 1863

 

Espérons alors qu’en des temps où la femme tend à se faire attraper par la chatte, la cagole reste libre. Car la disparition de la cagole serait le signe de la restriction de la liberté pour la femme. Alors qu’elle s’est battue pour avoir le droit de porter une minijupe, elle n’aura d’autres solutions pour rentrer chez elle le soir que de porter un jogging. La cagole une espèce à protéger au nom de la liberté.

 

Elle est un animal sauvage échappé de sa cage, c’est la femme libérée. Cette femme qui dépasse les bornes. Elle fait exploser le corset et dépasse les limites réglementaires des jupes. « Cagole Forever » dévoile ces voix et ces visages au-delà de nos préjugés. A ne pas manquer.

 

Rendez vous sur Canal+ le 15 février à 22h50.

 

Par Loven Bensimon, 20 ans, étudiante.

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