La lutte de la mémoire et de l’oubli

Cette semaine, Léo nous invite à découvrir le travail de Bodo, un artiste franco-roumain, pour une exposition, immersive et iconoclaste, du 9 au 31 mars, à l'Institut Culturel Roumain de Paris.
09/03/2017

 

 

Dans ce monde à la vitesse de plus en plus vertigineuse, où les hommes et les choses, consommés et consumés, disparaissent de plus en plus facilement dans l’oubli, demeurent pourtant des oasis constantes, qui subliment les souffrances de notre époque pour mieux les dévoiler : les créateurs de poésie.

 

George Bodocan, dit Bodo, est d’origine roumaine et français de cœur depuis plus de dix ans. Plasticien, performeur, infatigable dénicheur d’idées, son art ne connait pas de limite spatiale ou matérielle : c’est sur tous les supports – toiles, cassettes vidéos, abajours, voitures, corps dénudés… - que Bodo transmet le récit de cette vie bicéphale, pleine de contradictions, où le langage, oral comme pictural, joue un rôle déterminant de déstabilisateur. S’il a choisi de monter cet évènement éminemment personnel, accueillie par l'Institut Culturel Roumain de Paris et la magnanime Marta Jecu, Commissaire de l’exposition, c’est justement parce que les évènements politiques, économiques, et sociaux qui secouent les deux pays – et par extension le monde entier -, demandent un arrêt sur images et un magnifique, quoi que violent, travail sur la mémoire… où les « petits » destins humains se mêlent à la grande Histoire.

 

 

 

Mémoire… Mais quelle mémoire ?

 

Sa mémoire personnelle, d’abord, qui tient de son expérience ramifiée dans deux pays aux cultures et aux histoires très différentes ; et la mémoire collective, celle de cet immense passé qui nous échappe alors même qu’il nous a donné naissance – et dont nous sommes tous, inconsciemment, les fabuleux porteurs. Ainsi, la poésie de l’artiste roumain tient-elle du questionnement que posent les souvenirs, toujours en nous vivaces, mais souvent imprécis, parfois même paradoxaux – si ce n’est complètement oubliés; et cette brume qui les entoure se révèle dans les lignes étranges, folles de ses personnages et de ses décors… lesquels, finalement, traduisent l’invisible chaos mémoriel de chacun de nous. Ces lignes et les couleurs éclatantes qui caractérisent la beauté de ses peintures, sont les énergies du monde, les auras des personnes et des choses que nous rencontrons. Et s’il choisit de ne pas s’arrêter a un support, mais de jouer sur toutes les possibilités de création, s’il choisit de réinvestir des espaces abandonnés, c’est parce que Bodo, dans sa philosophie, voit dans cet univers dont nous faisons partie un unique Tout - qu’il s’agit de mettre à jour.

 

 

Sa visée n’est pas seulement artistique, ses multiples projets passés en témoignent : il ne se détache jamais d’une certaine idée du social et de l’humain, et même de l’écologie – en peignant, par exemple, des objets dont l’utilité semble avoir disparu. Bodo cherche à saper les commandements d’une société qui, écrasant les êtres, ne laisse pratiquement plus de place à l’amour réel, celui qui pousse au dépassement pour et par les autres, et à la construction d’un avenir commun dont les souvenirs ne seraient pas des repoussoirs, mais des tremplins pour améliorer la vie.

 

Chez Bodo, la lutte de la mémoire et de l’oubli n’a jamais de fin.

 

Cette exposition, immersive, iconoclaste,  qui se tient du 9 au 31 mars, plonge le visiteur dans une quête à jamais réactualisée vers la compréhension de l’âme humaine et du trouble de ses souvenirs – et tente d’illuminer, pour tout un chacun, un nécessaire passage d’espérance.

 

Addendum : 

Une table-ronde aura lieu le 30 mars à l'institut culturel roumain - 1 rue de l'exposition -, à partir de 17h30, autour des lieux alternatifs de création.

Les invités sont Gaspard Delanoë, fondateur de l'AfterSquat au 59 rue de Rivoli ; Andreea Macea, confondatrice avec Gaspar Delanoë de la Capela ; George Bodocan et Marta Jecu, commissaire de l'exposition ME-MOI-RE ; et moi-même en tant que modérateur de la discussion.

Vous êtes tous les bienvenus ! A bientôt !

 

Par Leo Landon, 23 ans, poète et amoureux de la Roumanie... 

  

 

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