La minute voyante : Paris, dans cent ans !

Marie-Angélique nous fait visiter l’île de la Cité.... en 2100... par un récit de fiction, drôle et bien renseigné.
04/03/2017

 

 

L’exposition « Mission Île de la Cité. Le cœur du cœur », présentée par Philippe Bélaval, président du CMN et Dominique Perrault, architecte se tient à la Conciergerie de Paris du 15 février au 17 avril et offre à voir les 35 propositions remises au président François Hollande en décembre 2016 pour l’aménagement urbanistique et architectural de cette île-monument dans le Paris de demain. Si elles se réalisaient toutes, à quoi ressembleraient nos déambulations sur l’île ?

 

 

Le quai du R.E.R C Maglev, à Saint-Michel Notre-Dame, fleurait bon le neuf. La station venait à peine d’être rénovée. Alek se précipita vers la sortie, se frayant un chemin à travers la cohorte uniforme des citadins. Dehors, le vent soufflait et la pluie tambourinait contre les visages pressés des parisiens. Le soleil se levait à peine sur le côté Est de la cathédrale Notre-Dame, qui dominait comme toujours l’Île de la Cité. Alek avait beau passer devant tous les jours, il ne pouvait s’empêcher de lever la tête pour l’observer, comme hypnotisé par son immense abdomen. Une bourrasque de vent le fit frissonner et il dû baisser la tête pour rabattre la capuche de son manteau. Celui-ci avait beau repousser l’eau et lui permettre de rester au sec, il ne coupait pas le vent. Fichu low cost ! Avec ce vent, impossible d’utiliser son Air Umbrella, le nouveau modèle était plus design mais fichtrement fragile ! Il grogna quelque peu, regrettant d’avoir oublié son hoverboard, et progressa lentement dans la tempête le long de la Seine jusqu’à la traverser sur le Petit Pont.

 

Il tourna rapidement sur le parvis de la cathédrale. A travers le sol de verre, il se laissa brièvement absorbé par les restes archéologiques de la crypte, endormis avant l’arrivée des visiteurs. Alek s’étonnait toujours de voir que, malgré les années, le verre ne s’était pas obscurci. Il était toujours aussi transparent, laissant la crypte, sous terre, s’inonder de lumière chaque matin avant que les touristes n’investissent le parvis. Cela posait d’ailleurs quelques problèmes. Le dévoilement de cette partie peu connue de Paris, pourtant en face d’un des monuments les plus connus du monde, avait provoqué une explosion de visiteurs en quelques années seulement. Mais l’endroit était exiguë et n’avait pas connu de restauration en profondeur. Le débarcadère desservant le parvis n’avait pas arrangé les choses et les gardiens avaient bien du mal à gérer ce flux de touristes dont les queues pour la crypte et pour la cathédrale s’entremêlaient sans cesse. Des travaux avaient été commandés, mais après plus de vingt ans de chantier, la Cité avait besoin d’une pause.

 

Alek n’avait pas mis les bonnes chaussures pour affronter de telles intempéries. Les pieds trempés, il essayait tant bien que mal de ne pas glisser sur ce sol de verre, et accéléra le pas pour atteindre l’Hôtel Dieu, qu’il traversa en courant vers une de ces cours couvertes d’un dôme en verre (comme la plupart sur l’île) qui avaient été depuis longtemps réinvesties par des stands de cafés ambulants. Le jeune homme travaillait à la Conciergerie, mais il passait toujours ici récupérer une tasse de ce breuvage noir, avant d’aller prendre son poste. Il était bien meilleur que celui de la machine à café de l’ancien Palais de Justice ! Comme il s’était levé en retard, il aurait volontiers aimé acheter quelque chose à manger pour faire taire les bruits qu’émettait son estomac, mais le vendeur piétina ses espoirs.

 

– Désolé, le stand d’à côté n’ouvre qu’à dix heures et demi monsieur, l’informa t-il, on est lundi, tout ouvre plus tard par ici. On vit avec Notre-Dame. Mais allez du côté de l’entrée du Palais, avec tous les avocats et les juges qui traînent à cette heure-ci, il devrait bien y avoir quelque chose d’ouvert.

 

– Oui, merci, bon courage.

 

– Oh, je suis au chaud au moins, je n’aimerais pas mettre le pied dehors aujourd’hui !

 

Alek acquiesça fébrilement et avala cul-sec le liquide brûlant, avant de replonger dans la tempête sur la place de Lutèce, qui faisait face aux grilles du Palais de Justice. À peine sorti, son poignet vibra légèrement et sa montre lui indiqua qu’il venait de recevoir un message sa boss. Elle arrivait toujours avant tout le monde, c’était simple, pour elle qui habitait au Nord-Est de l’Île. Alek activa ses oreillettes intra-auriculaires qui lui servaient d’écouteurs et écouta son message. Elle lui demandait si tout allait bien et veillait à ce que chacun arrive à bon port avec ce temps pourri.

 

– Tu parles ! S’exclama t-il. Tu veux juste qu’on soit tous à l’heure pour la visite presse de l’expo ! Comme si ça intéressait les journalistes…

 

Tenant sa capuche d’une main, il s’abrita sous un ressaut de la grande verrière aux multiples formes rectangulaires du marché aux fleurs, qui offrait une poche d’air sur cette l’Île à forte densité. Il sortit son téléphone de son autre main et fit jaillir un écran virtuel devant lui pour répondre vocalement à sa supérieure. Il ferma ensuite rapidement l’écran holographique 3D. La publicité avait beau dire qu’il ne craignait pas l’eau, Alek n’en était jamais si sur, sans compter qu’il avait peur de le faire tomber sur le vieux pavement de la petite place qu’il parcourait à grandes enjambées.

 

Il releva la tête juste à temps pour éviter de justesse un bus à sustentation magnétique. Le boulevard du Palais n’était plus accessible que pour les bus où des couloirs avaient été aménagés pour ce genre d’innovation. Des bus volants pour réduire la circulation sur l’Île. Mais à la vitesse où ils allaient, Alek aurait préféré qu’ils restent sur roues et traversent à l’extrémité Est de l’île, comme les voitures. Les chauffeurs n’étaient que des fous furieux, incapables de freiner pour laisser passer les piétons. Après tout, l’entrée de la Conciergerie se faisait par le quai de l’Horloge et celle du Palais de Justice par la place Dauphine. Alek renonça alors à traverser la rue et longea la préfecture de police, dont la coupole de verre surplombait l’ensemble des bâtiments qui l’entouraient. Massif et resplendissant de sa récente restauration, elle s’imposait de tout son poids comme l’instrument de la juridiction la plus élevée de l’ordre judiciaire français, toujours présente sur l’Île de la Cité, la cour de Cassation. Et dire que les policiers du 36 quai des Orfèvres avaient préféré rester dans ses locaux tout vieux au lieu d’investir ces nouveaux espaces ! Il avait fallu tout une pression populaire et politique pour qu’ils acceptent de laisser la place à la cour de Cassation qui cherchait à s’étendre, depuis trop longtemps étouffée. Cependant, ils avaient tout de même laissé de vieux fourgons, aujourd’hui rarement utilisés. Difficile de rivaliser avec les nouvelles voitures volantes de Google et Renaud quand on roule encore avec des pneus. Dû à cette résistance féroce, le 36 fût le dernier bâtiment à entamer des rénovations et Alek s’était habitué à la présence des gigantesques échafaudages qui recouvraient jusqu’à la toiture de l’édifice. Ils avaient débuté seulement l’année précédente, recouvrant une sorte de tâche noire de pollution dans cet écrin blanc de Paris, à l’instar de Rome qui durant l’Antiquité n’était que brique, et sous l’impulsion  de l’empereur Auguste, était devenue du marbre blanc.

 

Le poignet d’Alek vibra de nouveau, mais de façon continue cette fois-ci, lui indiquant une alarme qu’il avait programmé la veille.

 

– Mince, je vais être en retard.

 

Il accéléra encore le pas pour parvenir jusqu’à la place Dauphine, et espéra pour le bien être de son estomac, trouver une boulangerie en chemin. Contrairement au reste de l’île qui s’éveillait à peine, l’entrée du Palais de Justice bourdonnait déjà de vie. Le différent personnel arrivait par la place Dauphine grâce à la nouvelle station de métro de l’autre côté de la rive, rue Dauphine. Occupés à visualiser leurs différents dossiers du jour sur leurs élégantes lunettes VR ou leurs tablettes holographiques, ils ne semblaient pas remarquer la tempête qui faisait rage autour d’eux, et passaient, se croisaient sans se voir. Les convoqués étaient quant à eux déjà en train de faire la queue près de l’escalier monumental du Palais de Justice. Personne n’était perdu, chacun savait où aller. Alek croisa un panneau touristique qu’il avait déjà lu des dizaines de fois pendant ses pauses déjeuners l’été et qui expliquait l’histoire du Palais. Il n’imaginait pas qu’il y ait pu avoir une autre entrée pour le Palais que cette progression vers la justice du bas vers le haut, par le biais des différents escaliers d’accès, pour finir avec ce grand escalier monumental mythique. 

 

Détachant son regard du bâtiment, pour caler son pas sur celui de la foule, il descendit sur les berges de la Seine, dont les différents miroirs d’eau la faisaient paraître plus large qu’elle ne l’était en réalité. Si la plupart des péniches-bar étaient fermées, et que les fêtards branchés étaient depuis longtemps rentrés chez eux, Alek réussit néanmoins à trouver un petit café sur l’eau ouvert, où il put commander des croissants à emporter. S’il devait arriver en retard, autant qu’il se fasse pardonner avec ça ! Il en dévora un tout de suite, puis un deuxième, avant de fouler les pavés brillants du quai. Il remonta à toute vitesse, et rejoignit le quai de l’Horloge non sans avoir bousculé quelques personnes au passage.

 

– Pardon, désolé ! S’écriait-il à tout va.

 

Arrivé devant l’entrée de la Conciergerie, il retira ses propres lunettes VR et ses oreillettes. Dès qu’il eut poussé la porte du vieil édifice, il présenta ses papiers avant de retirer son manteau déjà sec, et de le replier en une petite boule qu’il mit dans son sac à dos. En regardant sa montre, il sourit à nouveau. Finalement il n’était en retard que de cinq minutes. Seulement, le faible niveau de batterie qu’il lui restait l’inquiétait.

 

– Aïe, ce n’est pas avec ce temps que je vais pouvoir le charger à l’énergie solaire, se dit-il en se faisant scanner par un vigile, j’espère que je pourrai trouver un vieux câble de chargement au fond des tiroirs…

 

– Ah, te voilà ! Je commençais à m’inquiéter, avec ce temps ! S’exclama sa cheffe en le voyant pénétrer dans la cour couverte. C’est fou toute cette pluie, la Seine va finir par déborder !

 

– Oh, ne m’en parle pas. Mais il y a encore de la marge, la dernière fois c’était en 2016 ! Depuis, il a toujours beaucoup plu, mais la Seine est bien restée dans son lit. Et puis, j’ai amené des croissants, donc tout va bien !

 

– C’est ton excuse pour arriver en retard à la visite de presse de la nouvelle exposition ?

 

Alek sourit et lui brandit le sac en papier kraft avant de pénétrer dans la salle des Gens d’Armes de la Conciergerie. Dans cette salle médiévale de style gothique, on débutait tout juste la visite presse de l’Île de la Cité de 2100 où se bousculaient entre les piliers massifs les palissades virtuelles qui exposaient les propositions pour le futur du centre de Paris.

 

 

 

Par Marie Angélique Rakoto, 24 ans, étudiante. 

 

 Il s’agit d’un train monorail, existant déjà au Japon et à Shanghai, qui utilise les forces magnétiques pour se déplacer . Il utilise le phénomène de sustentation magnétique et n’est donc plus en contact avec les rails. Cela lui permet d’atteindre des vitesses spectaculaires, dont le record actuel est de 603 km/h en 2015.

 

 Parapluie électronique et invisible qui repousserait les gouttes de pluie sur les côtés grâce à la propulsion d’air à haute vitesse. Projet uniquement théorique qui n’a toujours pas pur être réalisé à l’heure actuelle.

 

Planche volante, issue de Retour vers le Futur, dont les prototypes les plus avancés se trouvent chez la société Hendo Hover. http://hendohover.com/

 

Si LG et Amazon ont notamment travaillé sur le développement des écrans et de la technologie 3D sur les smartphones, leurs essais n’ont pas été très concluant. Cependant, c’est SFR, avec la société californienne LEIA inc, qui a annoncé le smartphone holographique d’ici fin 2017, où le téléphone projettera, à l’instar du droïde de Star Wars R2-D2, une image en 3D dimension et en relief au dessus du téléphone. http://www.ariase.com/fr/news/altice-sfr-leia-smartphone-holographie-art...

 

 Lunettes à réalité virtuelle et augmentée. Pour l’instant, ça se limite à des casques VR, surtout utilisés pour les jeux-vidéos.

 

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