Le 10 ciné 2016

Dans un monde où le robinet culturel coule à flot, il n'est pas aisé de séparer le bon grain de l'ivraie. Pour vous aider à cultiver des goûts d'esthètes, Twenty dégaine ses tops de fin d'année. Aujourd'hui, place aux dix meilleurs films de 2016.
31/12/2016

Par Lisa Durand, 22 ans, étudiante en cinéma.

1. NOCTURAMA de Bertrand Bonnello

La première place revient au film qui m’a offert la plus grosse claque de l’année tant au niveau de la forme que du fond. Nocturama est beau et dérangeant car il est surtout effrayant de réalité. Bonello réussit à retranscrire le Paris de la jeunesse d’aujourd’hui, avec ses habitudes, ses métros, ses trajets et ses cafés. Ce n’est pas un groupe de terroristes sanguinaires et fanatiques qu’on regarde, c’est nous. Nous et notre bande de potes. Jeunesse nihiliste et désespérée qui, dans un possible moment d’obscure folie, decide de passer de l’autre côté du miroir et de se laisser attirer par l’immensité du néant. On regarde, on reprend sa respiration et on se retourne le film dans la tête. 

2. MANCHESTER BY THE SEA de Kenneth Lonergan

Il a nous a été délivré quelques semaines avant la fin de l’année mais il a toute sa place en haut de ce classement. En deux mots. CASEY AFFLECK . Oui, un acteur peut-être une raison, nous sommes dans un très subjectif classement après tout. Sans rire, Affleck et sa composition tout en intériorité et en intensité sont un très bon point mais pas le seul. Grand mélodrame ; le film se concentre sur la construction tumultueuse de la relation entre un oncle et son neveu adolescent après la mort du père de ce dernier. En un peu plus de deux heures, on navigue entre ces deux âmes brisées qui vont peu à peu se trouver et se découvrir, sans se faire de cadeau. Rien n’est aussi vrai et déchirant que le traitements des sentiments et des blessures de chacun dans ce superbe film. 

3. GREEN ROOM de Jérémy Saulnier

Après le déjà remarqué « Blue Ruin », Saulnier nous rembarque avec lui, cette fois-ci avec un groupe de musique punk, perdu dans un club skinhead au milieu des verdoyants Etats-Unis. Il nous offre le huis-clos le plus sous tension de l’année et une vraie bonne surprise. On nous prévient pourtant vite, peu importe ce qu’on a cru voir, ça ne va pas bien se finir. En tout cas c’est dynamique, bien pensé et très bien réalisé, ça tabasse dans tous les sens comme la musique. En prime un Patrick Stewart (sans son costume de professeur Xavier) en gourou skinhead mesuré et méticuleux qui nous rappelle les plus grands moments de folie de Walter White a.k.a Heisenberg, et une bande de formidable jeunes comédiens, avec en tête le regretté Anton Yelchin.

4. ELLE de Paul Verhoeven

Au pied du podium, la Reine Huppert , se balade dans ce thriller, tantôt glaçante tantôt cinglée ,mais jamais sans finesse. Entre fascination et répulsion, un curieux film qui vous happe violemment jusqu’au bout. Il y aura eu de nombreux débats, féministe…ou pas, voyeur…ou pas, moral…ou immoral. Une chose est sure, on ne s’en est toujours pas remis.

 

5. MADEMOISELLE de Park-Chan-Wook

Tout est jeu de dupes dans le dernier film du réalisateur coréen qui commençait à nous manquer depuis son dernier « Stoker » sorti en 2013. Il revient avec un drame érotique en costume suivant les parcours entrelacés d’une riche aristocrate japonaise et de sa curieuse servante coréenne dans la Corée occupée des années 30.Mise en scène sublime et inspirée , rien ne dépasse de ce film , où tout se déroule méthodiquement et soigneusement à l’image du quotidien cérémonial de la maîtresse et de la servante . On se laisserait presque porter par un film qui semble tranquillement se dévoiler, jusqu’à ce qu’il se referme sur nous, pour mieux nous éblouir et nous mener en bateau. On reste ébahi devant tant de maîtrise. Encore !

6. MIDNIGHT SPECIAL de Jeff Nichols

Alton, petit garçon d’une dizaine d’années doté de dons surnaturels est chargé d’une mission par une force supérieure. Échappé d’une secte, voyageant avec son père et un silencieux militaire, ils vont s’efforcer d’accomplir la mission du jeune garçon tout en semant leur ancienne secte et le gouvernement qui se lancent à leurs trousses. Avant le revival 80’s « Stranger Things » qui aura marqué l’actualité sérielle de 2016 et la pop culture. Il y a eu Midnight Special de Jeff Nichols qui allient les mêmes ingrédients avec un traitement fort et sans fioritures des personnages qu’on lui connaissait déjà ( déjà à taille d’enfants dans « MUD ») accompagné d’une mise en scène astucieuse au milieu des grands espaces américains. Avis aux amateurs de SF et des productions Amblin.

7. EVERYBODY WANTS SOME !! de Richard Linklater

Un campus américain. Le week-end avant la rentrée. .Ils sont jeunes, la moustache 80’s bien en place, jouent au baseball et tentent d’emballer les filles. Plus de vingt ans après son seventies et lycéen Dazed & Confused, Richard Linklater nous embarque sur les traces d’une bande de jeune gens bien de leur époque à la découverte de l’université, qui s’annonce plus fun et buissonnière que sage et studieuse. On adore. Alors on monte le volume et on apprécie le carpool karaoké sur le Rapper’s Delight du SugarHill Gang et le baseball avec une hache !

8. EVOLUTION de Lucile Hadzihalilovic

La France produit peu de films de genre, il est donc nécessaire de le mentionner quand cela produit un film aussi beau et mystérieux. Sur une ile où semble seulement vivre des petits garçons et leurs mères, la vie s’écoule laconiquement, rythmée par les prises de médicaments pour guérir d’une mystérieuse maladie et les visites à l’hôpital, seul activité dérogeant au quotidien trop tranquille de l’ile. Chaque plan semble être une peinture, on se laisse fasciner par un récit où la force visuelle et sonore prime sur la narration, rendant l’ensemble encore plus étrange et inquiétant.

9. RELEVE : Histoire d’une création de Thierry Demaizière et Alban Teurlai

Dans les coulisses de la création du ballet « Clear, loud, bright, forward » avec une bande de jeunes talentueux danseurs triés spécialement sur le volet par Benjamin Millepied, ce splendide documentaire, nous permet de d’appréhender l’univers du ballet mais surtout celui de l’Opéra Garnier. On découvre une institution enfermée dans un lustre suranné dont Millepied malgré tous ses efforts n’aura pas raison. Résultat : une poste de directeur éclair mais un film dynamique au plus près des danseurs, leurs corps en mouvement et des mécanismes internes de l’institution, où s’activent quotidiennement des dizaines de petites mains d’artisans (costumiers, menuisiers,…) pour faire briller les étoiles et faire rayonner l’Opéra de Paris.

10. MA VIE DE COURGETTE de Claude Barras

Les films d’animations ne sont définitivement pas réservés au plus jeunes .On suit les très beau et mélancoliques personnages animés par Claude Barras, avec la complicité de Céline Sciamma au scénario. Courgette et ses copains sont hauts comme trois pommes mais ils ont déjà eu la vie très dure. C’est ensemble et par petites touches qu’ils vont lentement apprendre à s’apprivoiser, à se faire confiance et surtout à s’aimer, à l’heure où la plupart de leur chanceux petits camarades ne sont qu’insouciance et naïveté. Un petit bijou touchant et poétique, pour combattre le mal et le malheur à hauteur d’enfants.

 

Bonus ; Marie et les Naufragés de Sébastien Betbeder

Je ne savais pas où le classer mais il me tient particulièrement à cœur, de par la délicatesse et la maladresse de ses personnages tous plus drôle les uns que les autres. Mention spéciale à la sublime et solaire Vimala Pons. J’ai aussi spécialement aimé la B.O psyché signée par Sébastien Tellier. Après ça, si vous n’êtes pas convaincus, je ne peux plus rien pour vous !

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