Les vieux c’est mieux !

Alors que la France vient d'élire un président même pas quadra, Carmen prend le contre-pied du jeunisme ambiant et nous explique pourquoi il y a beaucoup à gagner à miser sur la maturité.
07/05/2017

 

Je l’ai toujours dit, c’est dans les vieux-beaux qu’on fait les meilleures confitures. En établissant l’inventaire de mes nombreuses conquêtes, la première chose qui m’a frappée, outre leur nombre, c’est leur âge. Les plus jeunes ont trente ans, et les plus vieux ont déjà dépassé la quarantaine. Loin de m’en vanter, je me suis plutôt interrogée sur les raisons d’une telle préférence. Qu’est-ce qui m’a précipité dans leurs bras ? Qu’est-ce qu’ils ont, que les jeunes n’ont pas ? Et surtout, n’y-a-t-il pas des risques, à se raccrocher aux vieilles branches ?

 

 

J’étais peu sensible aux charmes de James Dean, lui préférant ceux d’un Robert Mitchum ou d’un Willem Dafoe
 

 

Depuis ma plus tendre enfance, mes fantasmes sont peuplés de rides et de visages affaissés, de corps amollis, la peau en berne. Disons que j’ai toujours louché sur les pères de mes amis. En d’autres termes, à huit ans déjà, j’étais peu sensible aux charmes de James Dean, lui préférant ceux d’un Robert Mitchum ou d’un Willem Dafoe, tendance Sailor et Lula. D’ailleurs, mes films préférés en disent long sur cette obsession, entre Le Dernier Tango à Paris, le Lauréat, Lolita, New York Stories (le court métrage de Scorses), Bad Lieutenant ou encore Manhattan, je semble toujours avoir cherché dans la fiction la validation de mes penchants intergénérationnels. A moins que je n’ai aussi souhaité les vivre par procuration, à travers le 7e art ou la littérature, si féconds sur la question.

 

A présent, il s’agit de savoir si cet imaginaire m’a été imposé par mon éducation, l’exemple de mes parents, séparés par un écart de vingt ans, ou si je me suis naturellement tournée vers lui, de mon plein gré. Une question qui serait plus du ressort de ma psy, et demande peut-être une introspection trop poussée, à ce stade de la réflexion.

 

Serait-ce une manière de déplacer le complexe d’Œdipe sur un être de récit, intangible donc innocent ? Pas sûr. Fatalement, j’ai échappé aux daddy issues et leurs dérivés. Ou alors, cela pourrait trahir un besoin de reconnaissance, de la part d’une figure tutélaire providentielle, pour combler une faille narcissique béante. Pas convaincue non plus. Autre option, il est possible que je cherche quelque chose, que seul un homme mûr serait en mesure de me procurer : un subtile alliage de sécurité, de sincérité et d’empirisme à l’horizontal.

Héphaïstos des cœurs et des corps, le parangon du DILF, tel que je me le suis figuré avant d’y goûter, assume entièrement son rôle de mentor et d’initiateur, guidant sa protégée à travers les brumes épaisses d’une fin d’adolescence sinueuse. Il passe d’une jeune fille à l’autre, et généreux, dispense leçons de vie et d’amour, n’attendant rien d’autre qu’un peu de gratitude, au moment des adieux. Il les aime comme on aime voir se lever le soleil ou bourgeonner une fleur, intensément, un moment, peu de temps. Une vision presque enchantée, puérile, et très peu féministe, de la perspective d’un couple entre deux âges, que mes expériences personnelles ont achevé de démonter.

 

 

Mais avant de parler des quelques petits inconvénients que pourrait causer un écart d’âge important entre un homme et une femme, au sein d’un couple, intéressons-nous d’abord aux avantages, qui sont nombreux.

 

Tout d’abord, il faut bien admettre qu’après trente-cinq ans, les hommes, en théorie, cessent d’être des garçons, pour enfin devenir des hommes, des vrais. En tous cas, c’est ce qu’on leur souhaite. Parce qu’un garçon, c’est un calvaire. A vingt ans, les types de mon âges ne savent pas encore ce qu’ils veulent, vivotent un peu au hasard et se cherchent trop pour être d’une quelconque aide que ce soit. Ils sont indécis, sur tout, et peuvent aussi bien hésiter pendant des heures au rayon surgelés, entre une Margherita ou une Regina, qu’entre deux stages sous-payés ou entre deux filles. D’ailleurs, pour eux, tout est au même niveau. Ils vivent tellement l’instant T, qu’ils ne voient pas au delà, ce qui les empêche d’établir des échelles ou des gradations, de leurs priorités et de leurs désirs. Jouisseurs immédiats, ils n’en sont pas moins torturés. Encore mal dans leur peau, leur insécurité les empêche de mettre une femme en valeur, de la faire se sentir heureuse et épanouie, comme s’ils voulaient que leur pathologie de l’échec déteigne sur leurs partenaires, pour se sentir moins seuls. Peu flamboyants en général, leurs méthodes de séductions sont pathétiques.

Soit ils font du rentre dedans, soit ils se prêtent au jeu du « fuis moi je te suis », une perte de temps, pour occuper le vide de leur existence, rythmée par des bières entre amis et des week-ends comateux. Quant au sexe, il est soit trop brutal, soit trop doux, et manque de relief, de profondeur et de subtilité. Un peu mieux faire sans appel généralisé. Même les meilleurs d’entre eux ne dérogent pas à la règle, et se révèlent être un calvaire de chaque instant. Si je devais définir les garçons de ma génération en un mot, je dirais simplement : indéfini. Comment les admirer ? Comment construire quelque chose avec un être entouré d’échafaudages, comme des remparts interdisant l’accès à sa personne ? Ils sont les grands perdants du féminisme et de la redéfinition des genres. Les maillons faibles de la société. Le jeune garçon hétéro n’a plus aucun rôle prédéfini et doit apprendre à se créer une place. De ce constat résulte une glaciation des rapports entre filles et garçons, qui ne s’abordent plus, mais se sabordent.

 

 

Bref, vous l’aurez compris, aux alentours de trente-cinq ans, tout ça se calme, et d’hommes en puissance, ils se révèlent en acte. Une sortie du cocon nécessaire, tant attendue par la gente féminine. Oui, je ne suis pas de celles qui ont la patience d’accompagner un homme dans sa transition, je préfère les cueillir une fois bien mûrs.

 

"Ce qui nous touche, chez le quadra en quête de Lolita, c’est qu’il cherche désespérément à se raccrocher à la terre sécable et désormais aride de ses jeunes années, tout en louchant vers l’horizon."

 

Et oui, la maturité a du bon. Les hommes savent plus ou moins ce qu’ils veulent, et n’hésitent à vous le faire savoir. Pas du genre à vous demander s’ils peuvent vous embrasser (je crois qu’il n’y a rien de pire au monde), ils prennent les devants et s’assument. Ils commencent enfin à comprendre qu’une relation, entre deux individus sexuellement aimantés, est une relation de domination et de soumission, à tour de rôle. Leur égo semble s’être sorti de la tourmente, et ils acceptent bien mieux de ne pas avoir le dessus. En vieillissant, les hommes lâchent du lest et découvrent concessions et compromis. D’autre part, riches de leurs expériences, ils sont en mesure de nous guider, de nous conseiller, assumant un rôle de pygmalion amusé et détaché. Il est aisé de s’appuyer contre eux, sans craindre de ployer.

Et puis, un homme plus vieux peut se montrer plus jeune que certains types de vingt ans. S’il se tourne vers des proies en bas âges, le silver fox cherche à se plonger un temps illusoire dans la fontaine de jouvence. Une maturité le cul entre deux chaises, si vous préférez. En anglais, on dirait : « the best of both worlds », traduction, le meilleur des deux mondes. Le vieux beau, c’est l’équation plus ou moins réussie entre une vision plus dessinée du monde, des paroles réfléchies, une véritable maturité dans les mots, et des actes encore désordonnés, imprévisibles et charmants. Ce qui nous touche, chez le quadra en quête de Lolita, c’est qu’il cherche désespérément à se raccrocher à la terre sécable et désormais aride de ses jeunes années, tout en louchant vers l’horizon. Un charme fragile, donc, auquel s’ajoute la beauté des années passées, gravées sur son visage. Quel ennui que ces petites têtes toutes lisses d’éphèbes, qui ne racontent encore aucune histoire. Ce n’est peut-être qu’une question de goût, mais je leur préfère cent fois les fils d’argents qui se glissent dans les barbes et les cheveux, les étoiles qui bordent les yeux, les corps remodelés par les vicissitudes de la vie...

 

 

Un homme mûr, c’est aussi le dernier bastion d’une masculinité qui se fait sa malle, chez les jeunes générations. Ils sont étrangers à la métrosexualité ou la pandasexualité (des câlins, des bisous, pas plus). Leur génération est la dernière a avoir été obsédée par le sexe, avant que la crise et la tourmente ne vienne les détourner de cette fonction pourtant vitale. Quand je regarde les garçons de mon âge, je me dis que je préfèrerai parfois qu’ils pensent encore avec leur membre inférieur...

 

"En général, s’il se tourne vers une jeunette, c’est qu’il sort d’une longue relation, avec une femme de son âge, et cherche un interlude de légèreté, avant de se résigner."

 

Au lit, le vieux beau, c’est de la dynamite. Sa connaissance approfondie du corps de la femme lui permet des miracles. Expert, il se permet des audaces inconcevables chez un type plus jeune. Et puis, lui, au moins, il n’a pas peur des poils !

Et puis, lui, il écoute de la vraie musique, avec des vrais instruments. Il a également eu le temps de lire plus de livres et de voir plus de films. Une qualité qui n’est pas des moindres. A tous les niveaux, le vieux est plus abouti, par définition.

Pour le rencontrer, rien de plus simple. Puisez dans le stock des amis de vos parents, dans les parents des enfants que vous gardez ou bien sortez dans ses lieux de prédilection. Bars et boites de nuit, à son image, déjà un peu délavées, mais toujours aussi charmantes, de la Mano au Bus Palladium, en passant par La Perle ou Le Progrès (rue de Bretagne). Lui n’aura pas peur de vous aborder, et d’un pas lourd et souple, viendra à vous, le cheveux grisonnant aux abois. Vieux dragueur, il est expert en la matière, et ça fait du bien, quand on voit que les jeunes ne savent plus séduire, gauches et veules, glissant sur le pont d’un désir balbutiant. C’est quand même plus glorieux que de se matcher sur Tinder, n’est-ce pas ?

 

A tout cela s’ajoute un autre avantage, l’argent, mais qui personnellement me touche moins, dans la mesure où je refuse de devoir quoi que ce soit à un homme, par fierté. Le vieux a plus de pouvoir d’achat, c’est indéniable, pour peu qu’il ait cherché à faire carrière (mot étranger à aux Twenty, pour des raisons de redéfinition du monde du travail). Avis aux intéressées.

 

 

Bon, bien sûr, tout n’est pas rose non plus, avec le vieux beau. En général, s’il se tourne vers une jeunette, c’est qu’il sort d’une longue relation, avec une femme de son âge, et cherche un interlude de légèreté, avant de se résigner. Sinon, il est marié et veut échapper à sa petite vie rangée. Dans ces cas-là, vous ne serez qu’une petite madeleine, servant à lui prouver qu’il est encore capable de séduire, incorporé au fantasme d’une jeunesse éternelle. De manière schématique, on pourrait dire qu’il est adepte de la pipe entre deux ubers. Un conseil, ne vous attachez pas. Le vieux est volatile. Il est dans une phase de sa vie où il cherche un plaisir jetable, interchangeable, nocturne et intense. La répétition, ce n’est pas son truc. D’un autre côté, comment lui en vouloir ? Pour peu qu’il approche de la cinquantaine, il sait qu’il lui reste encore cinq ans de vigueur et d’amusement, avant de se remettre à courir après son ex femme, qui dans 50% des cas est également la mère de son enfant. Et oui, la paternité, c’est un point que nous n’avons pas encore abordé. Il existe plusieurs cas de figure. Soit le type est un bon père, auquel cas il vous enverra paitre une semaine sur deux. Soit c’est un père indigne, et après avoir passé la nuit à faire l’amour en prenant du Poppers, vous découvrirez, en passant chercher un verre d’eau dans la cuisine, un petit enfant en pyjama, cherchant du lait non périmé dans le réfrigérateur, qui vous regardera d’un air affligé. Dans les deux cas, votre existence sera cachée, le plus possible, mais bon, il y a toujours moyen de s’en accommoder. Après, je veux bien admettre que le vieux n’est pas pour toutes, mais croyez-moi, ça en vaut le détour !

 

Pour conclure, je n’aurais qu’un mot à dire : et oui, c’est bien dans les vieux-beaux qu’on fait les meilleures confitures, et si vous n’avez pas encore osé vous y mettre, je vous encourage vivement à y goûter. Les hommes, c'est comme le vin, plus on attend et plus c'est bon !

 

Par Carmen Bramly, 22 ans, écrivain contre le jeunisme

 

 

 

 

 

 

 

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