Ma relation (complexe) avec la Fashion Week

La fashion week vient à peine de commencer, et au milieu des modeuses hystériques, Marine, 18 ans, se sent un peu seule. Elle, ce n'est pas son truc. Depuis toujours, elle s'en méfie. La mode, clivante, élitiste et inaccessible ? Vraiment ?
27/09/2017

 

Alors que je me livre à mon activité préférée d'after-work, le lèche-vitrine, je remarque un sticker collé sur la devanture d’Etam. Un stratagème démoniaque consistant à attirer l'attention des passants avec une écriture en caractères gras :  « Live Show 2017. ONLINE 26.09.17, Etam.com pour rejoindre l’événement ». Avec étonnement, j'apprends l’arrivée imminente de notre semaine de la mode et remarque l’exclusion quasi habituelle d’une grande partie d’entre nous. En effet, j’ai l’impression que seule une minorité d'entre nous peut prétendre à cette déferlante de défilés : créateurs, mannequins,, riches et/ou célèbres et depuis quelques années les bloggeuses et les influenceuses, nouveau graal à conquérir pour le marché de la mode. Je continue mon chemin. Après tout, ça ne m’attire pas plus que ça. Il me semble que cet univers est bien trop difficile à cerner, tant par son hypocrisie que par son élitisme. Sourire pour sourire, mentir pour mieux jouir. Paradoxalement, ce monde de paillettes et de plumes semble aussi détestable qu’attirant. 

 

J’ai entendu parler de la Fashion Week pour la première fois au cours de mes années lycées, lorsque vêtements et maquillages commençaient à entrer dans mon vocabulaire. Regardant quelques émissions divertissantes à la sortie des cours, j’observais ces looks rocambolesques et bigarrés. Ce qui était plaisant, c’était d’admirer à quel point l’excentricité avait comme seul objectif de se faire remarquer. Dépasser l’esthétique et parfois même la revendication, pour un simple regard ou un coup de caméra. Il y a quelques temps encore les tenues les plus improbables me décochaient un éclat de rire, et je me fichais pas mal des syndrômes sociétaux cristallisés par de tels acourtrements. Par chance, j'ai grandi, et force est de constater que l’univers de la mode est bien plus calculé que je ne le pensais. J’ai découvert la capitale, inondée de tendances et de modes à tous les coins de rues, et j'ai pu observer les sorties de défilés, au Grand Palais, au Palais de Tokyo… Pourquoi admirent-on ces mannequins, si jeunes et pourtant si adultes, souriant pour sourire, photographiés pour exister ? 

 

J’ai vu des mannequins rue de la Boëtie, à Paris, passer devant des clochards sans un regard compatissant. Certes, elles ne sont pas les seules à le faire, mais avouez que le contraste est impactant. Aussi gracieuses et délicates soient elles, j'ai l'impression que les mannequins tirent la tronche à longueur de journée. Il faut attendre la fin du catwalk pour entrevoir le début d'un sourire, et encore, pas toujours. Alors oui, vous me direz que c'est normal, pour des adolescentes affamées, tout droit sortie d'Ukraine ou de Russie, servant de porte-mentaux à des pédés et des vielles dames mal aimable, de ne pas sourire. Quoi qu'il en soit, ce monde maurose de faux-semblants n’est pas pour moi. Afficher des collections textiles dans des lieux magiques (Musée Rodin pour Dior), ou bien proposer des idées faussement inattendues (NTM à Étam par exemple) ne me plaît guère plus. En bref, rien ne me motive véritable à suivre la Fashion Week, si ce n’est de loin. 

 

 

Peut-être suis-je trop pessimiste. Après tout, c'est peut-être le moment idéal pour troquer mes vieilles paires de baskets contre une pair d'escarpins, quitte à avoir des ampoules aux pieds, d’oser des coiffures ausi ébouriffantes les unes que les autres sans avoir à m'en justifier, d'associer plus de trois couleurs dans une tenue sans être dévisagée par qui que ce soit. 

Et puis… quelques annonces m’ont réjouies ces dernières semaines. Je pense aux grands Kering et LVMH qui interdisent aux filles et aux garçons de moins de 16 ans de défiler, ainsi qu’aux tailles inférieures au 34. De belles avancées, tout comme ce nouvel arrêté, appliqué depuis mai, obligeant les mannequins à être évalués par un médecin afin de ménager leur IMC. 

 

Alors peut être que nous sommes en train de nous diriger vers une version plus idéaliste de la ashion week, mais une chose est sûre : les montagnes que nous devons gravir encore sont semés d’embûches et nous sommes encore loin d’en avoir atteint le sommet. L’industrie de la mode a longtemps été un monde à part pour moi. Je conclurais cet article en affirmant que selon moi, la mode n’est pas nécessairement quelque chose qui se dicte, qui se prescrit, qui a un lieu ou un moment dans le temps. Pour moi, la mode se propage, par influences bien souvent et se décline en autant de fois qu’il n'existe d’hommes sur cette terre. Portée par le vent, la mode est partout et aucun statut ni réglementation nous doivent nous permettent ou non d'y accéder.

 

Par Marine Sabourin, 18 ans, étudiante en école de journalisme 

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