Non, mon père n'est pas responsable de mes échecs amoureux...

Pourquoi la vie sexo-sentimentale des jeunes filles serait-elle influencée par leurs pères ? Twenty a mené l’enquête, en prenant le contrepied de ce cliché, oh combien répandu !
31/10/2017

 

 

Bien souvent, nous avons tendance à dire que les relations amoureuses des filles sont déterminées par leur père. Sortes de sur-moi tout-puissants ou de démiurges à névroses, nos chers petits papas seraient en puissance la cause de toutes nos déceptions et de tous nos échecs sentimentaux à venir. Par exemple, une petite fille un peu trop gâtée par son géniteur, dans l’imaginaire collectif, risque de devenir une femme-enfant insatiable capricieuse et égoïste, toujours en demande de bijoux et d’affection. Quant à la fille d’un père négligeant, absent, abandonneur ou violent, nous avons tendance à considérer qu’elle aura plus de mal à s’attacher aux hommes, et souffrira à vie d’une faille narcissique de taille de San Andréas et d’un manque affectif abyssal. Faut-il y voir une tentative patriarcale d’infantilisation malsaine, comme si toutes les femmes étaient obligatoirement amoureuses de leur père et incapables de transcender l’Oeudipe ?  Nous n’irons pas jusque là, mais Twenty a enquêté, afin de démonter ces clichés. Pour vous, nous avons recueillis les témoignages de jeunes femmes bien déterminées à ne plus jamais mettre leurs échecs amoureux sur le dos de leurs papas.

 

 

 

 

Mon père, l’alcoolisme et ma paranoïa

 

 

Camille, une grande fille rousse de 26 ans, m’attend au café de la gare de Vincennes. Elle habite Montreuil depuis quelques semaines seulement et n’a pas encore pris ses marques. C’est la première fois qu’elle parle de son père à une inconnue. « Ça fait bizarre, j’en parle qu’avec ma mère. » ajoute-t-elle. Nous buvons nos chocolats chauds.

 

« Mon père est cadre dans une entreprise de mobilier, ma mère ostéopathe, tout deux partagent leur vie depuis près de 25 ans. Il y a eu des hauts dans leur vie de couple, mais surtout des bas. Je ne les ai jamais envié. Moi, je vivais plutôt bien. Aînée d’une fratrie de quatre filles, j’étais très proche de ma mère. Elle se confiait énormément à moi, sur ses joies comme sur ses peines. » . Il y a quelques années, l’enseigne où travaillait le père de Camille a connu quelques difficultés, donnant lieu à une série de licenciements. Son père n’y a pas échappé. « Mon père s’est mis à boire, mais il ne l’assumait pas vraiment, alors il le cachait. On le savait à la maison, maman, mes soeurs et moi. Mais nous ne disions rien. » Au début, il était question de deux verres par jour, et puis très vite, ce fut l’escalade. « Il pouvait boire une bouteille ou même deux, je ne comptais pas.» ajoute-t-elle. « Ma mère était là pour mon père. Il était devenu insupportable. Elle lui confisquait ses bouteilles, comme on confisquerait un jouet à un enfant et puis ils se disputaient sans cesse. » Pour le père de Camille, sa mère a joué les infirmières et les assistantes sociales. « Un vrai cauchemar », c’est ainsi que la jeune femme décrit ce qu'elle a vécu, pendant des années, en rentrant chez elle. « Je me suis dit que je n’avais pas le choix et qu’il fallait que je m’éloigne de mes parents. Mes soeurs sortaient avec des mecs qui buvaient pas mal, moi je sortais peu et l’univers de la fête m’angoissait. Un jour, je me suis quand même dit que je n’allais pas me priver de sortir juste pour éviter d’être confrontée à l’alcoolémie des autres, et j’ai également décidé de fréquenter des hommes. Au début j’étais dans un délire un peu paranoïaque. Sous prétexte que mon mec buvait un verre de rosé, je le voyais déjà accro. Ça a été un long travail sur moi même, de longues nuits où je me suis répété que je ne serais pas l’infirmière, que je ne serais la guérisseuse de personne, et que je m’interdisais de passer ma vie à vouloir sauver un homme ». Prenant soudain plaisir à se livrer à moi, elle poursuit. « Aujourd’hui je prend des nouvelles de mes parents, et je ne veux pas que l’on réduise mon père à un alcoolique. Je ne veux pas non plus m’enfermer dans mes problèmes de famille, ni les fuir. En travaillant sur moi même, j’ai appris à ne pas reproduire les erreurs, mais à ne pas condamner non plus ceux qui sont fautifs. Ça n’a pas été facile, car il m’a fallu six années pour trouver un copain sans me préoccuper de ce qu’il buvait, mais je n’en veux à personne, et surtout je n’accuse personne ». Pour conclure, Camille est une battante, et si elle avait un conseil à donner à d’autres filles dans son cas, elle leur dirait simplement de ne pas reproduire le schéma parental.  

 

 

Violence et machisme, ma décision

 

 

Manon, 20 ans, me donne rendez-vous devant l’université d'Assass Melun où elle étudie le droit depuis maintenant deux ans, dans le but de devenir un jour avocate. D’origine italienne, Manon a toujours été attirée par les garçons qu’elle considère comme « macho », voire un peu « sexiste ». Bien qu’elle perçoive cela comme péjoratif, elle m’explique qu’elle n’y peut rien.

 

« Je suis une fille motivée, aimée et aimante. Mais attention, bien que la première impression que je donne soit celle d’une fille sérieuse, je suis assez bagarreuse. » Lorsque nous abordons le thème du machisme ensemble, nous constatons avec rapidité que notre définition de celui-ci est bien différente. Avec une certaine gêne, Manon m’explique qu’un homme violent ne la dérange pas vraiment. « Viril, masculin » sont les mots employés par la jeune femme pour me décrire sa vision de l’homme qui bat ceux qu’il aime. Plus jeune, alors qu’elle était encore étudiante au lycée, Manon pensait que son attirance pour le danger et la grossièreté masculine avait un rapport avec son père, un homme souvent violent envers sa femme et ses enfants.  «  Finalement, je pense que mon père n’y est pour rien. Ma grande sœur, par exemple, aime les hommes doux et calmes. Moi c’est l’inverse. Je pense que tout cela vient de moi, j’aurai pu faire des choix autres mais je ne l’ai pas fait, volontairement. C’est facile de remettre nos décisions sur le dos de nos parents. On choisit parfois de mauvaises choses mais il faut l’assumer. » 

 

 

Confiante et sereine 

 

 

Clélia, vingt-et-un ans, une petite blonde aux yeux verts, me donne rendez-vous dans un café, près de Châtelet. Ce n’est pas la première fois qu’elle intervient sur les médias, elle a déjà témoignées sur des sites web mais aussi à la télévision. 

 

Son histoire est somme toute assez classique, en tous cas, en apparence. Ses parents se disputaient régulièrement jusqu’à ce que son père finisse par tromper sa mère. « Seulement, je pense que ma mère, à la découverte de la tromperie, a été bouleversé. Elle a cherché puis trouvé sa place au seins de cet adultère. Je pense que cette situation excitait mes parents ainsi que la maitresse de mon père. Lorsque la famille l’a appris, ma mère a refusé que quiconque s’insère dans cette histoire. Elle voyait de temps en temps l’amante de mon père, je le sais, elles sont presque devenues amies. J’avais sept ans à peine mais je m’en souviens très bien, déjà à l’époque ça me semblait incroyable ». A seize ans, Clélia avait des difficultés à s’intégrer au sein de son école. Elle n’aimait pas se confier, et échangeait peu avec ses camarades. Sa mère l’obligea alors à aller voir un psychologue. « Je suis allée chez mon psy, ma mère m’affirmant que de son côté tout allait bien. Je n’y croyais pas mais j’allais aux rendez vous pour lui faire plaisir. Le psychologue m’a expliqué, qu’en gros, mon père ne m’avait pas fait comprendre qu’il m’aimait, et qu’il avait déversé tout son amour pour deux autres femmes. Que l’amante et ma mère, je les enviais ». Clélia marque une pause dans son récit puis reprend. « Je savais déjà tout ce qu’il me racontait, il suffisait d’aller sur deux ou trois forums pour être au courant. Du coup, j’ai arrêté d’y aller et j’ai forcé ma mère à s’y rendre à ma place. Plus tard, j’ai pris des cours de théâtre et j’y ai rencontré un mec carrément canon. Un peu plus vieux que moi, mais idéal. Je me suis convaincue de sortir de mon enfermement, dont j’étais la seule responsable, et je me suis poussée à quitter ma petite prison » C’est ainsi que progressivement, Clélia a réussi à accorder sa confiance aux autres. « Je m’étais dis à ce moment là, merde Clélia, c’est cette jeunesse que tu veux raconter à tes futurs enfants ? » 

 

 

Propos recueillis par Marine Sabourin, 18 ans, étudiante

 

 

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