Pourquoi je me suis converti ?

Lydia a rencontré Roxane et Dimitri, tous deux convertis à l'Islam et au Protestantisme. Le sacré serait-il en train de faire son grand come back, chez les Twenties ?
17/03/2017

 

Depuis quelques années, on remarque une recrudescence de la religion chez les Twenty. Islam, christianisme,  judaïsme, bouddhisme… De plus en plus de jeunes sont attirés par la spiritualité. Dans une société post-moderne comme la notre, où toutes les unités religieuses ont été désinvesties au profit du développement personnel, est-il encore possible de croire ? Témoignages.

 

Nous avons rencontré Roxane, 20 ans, étudiante en L3 philosophie à la Sorbonne, qui s’est convertie à l’Islam et  Dimitri, 21 ans, étudiant en L3 d'histoire à la faculté de Cergy-Pontoise, qui s’est converti au protestantisme.

 

 

Twenty : Quand t’es tu converti ?

 

Roxane : Quand j’étais en seconde. C’était en 2012.

Dimitri : Il y a 2 ans. Début 2015.

 

 

Twenty : Pourquoi t’es tu converti ?

 

R : Pour être honnête, un peu par hasard… J’ai su qu’il fallait que je me convertisse un jour ou l’autre. Je savais que j’aurais une religion. Ma mère, pour rire, disait que c’était bien si un des enfants de la famille avait sa religion (elle est née musulmane, Ndlr). Elle a dit ça bêtement, mais moi ça me plaisait bien, appartenir à une communauté. Pour moi la religion, ça voulait forcément dire être quelqu’un de bien. J’étais un peu trop jeune pour me rendre compte que c’était plus que ça, que ça impliquait croire à une doctrine, obéir à des préceptes etc.

D : C’était une mauvaise période pour moi. Ma grand-mère venait de décéder. Mes parents étaient en plein divorce. Scolairement j’étais perdu, je ne voyais plus mes potes… Tout arrivait en même temps. J’ai rencontré une fille qui me parlait de Dieu à la fac. Au début sa rhétorique religieuse ne me touchait pas plus que ça. Mais avec toutes les merdes qui m’arrivaient dans ma vie, j’ai décidé de m’y pencher.

 

 

Twenty : C’était quoi ton rapport à la religion avant que tu te convertisses ?

 

R : Je croyais en Dieu mais je n’appartenais à aucune religion. À ce moment-là de ma vie, je ne me voyais pas être déiste.

D : J’étais totalement athée, j’étais même fermé à la religion.

 

 

Twenty : Pourquoi cette religion et pas une autre ?

 

R : Ça a été l’islam, mais ça aurait pu en être une autre. C’était un peu par hasard.

D : J’hésitais entre islam et christianisme. Pour me renseigner sur l’islam, j’ai fait l’erreur de me tourner vers le courant salafiste. Ça m’a donné une image faussé de cette religion. C’était très sombre, trop extrême, ce n’était pas pour moi. Au final, le protestantisme me convenait mieux. C’était aussi la religion de ma grand-mère décédée, dont j’étais très proche.

 

 

Twenty : Tes proches sont-ils au courant ? Qu’elles ont été leurs réactions ?

 

R : Oui. Au début, mes proches ne m’ont pas pris au sérieux. Ils se sont dit que c’était juste une passade. Quand j’ai commencé à faire le ramadan etc, là ils se sont rendu compte de mon implication. À partir de ce moment nos relations sont devenues tendues. C’était un sujet tabou à la maison. Paradoxe, quand on sait que c’est ma mère qui m’a soufflé l’idée. Cette gêne a duré deux ans environ. Maintenant, ça s’est tassé.

D : Au début je n’ai pas osé leurs en parler. Surtout vis-à-vis de ma position d’antan, moi qui considérais la religion comme un truc de simple d’esprit. Mes parents se demandaient pourquoi je partais tous les dimanches matins à 9h… ils ont été très surpris. Mais ils ont bien accepté ma décision. Le problème c’était avec mes potes... J’avais peu de croyant autour de moi, je savais qu’ils ne comprendraient pas. J’avais peur qu’ils me regardent différemment. Au bout d’un an et demi, ils ont été tous au courant. Surprise générale, mais ils ont tous fini par accepter.

 

 

Twenty : N’as-tu pas peur des jugements et réactions de certaines personnes ? (peur de  la radicalisation etc)

 

R : À cette période, la radicalisation et les départs en Syrie n’étaient pas autant d’actualité. Au début forcément le jugement de mes parents m’importait, ils n’étaient pas ravis. Pourtant, je savais que je faisais quelque chose de bien et j’étais sûre de ma démarche. Je ne comprenais donc pas qu’on vienne s’y opposer. Je pense que si je m’en souciais réellement et que ça m’atteignait, j’aurais arrêté. Au début, j’avais quand même pour projet de porter le voile mais c’était vraiment trop pour eux, alors j’ai laissé tomber. 

D : Je craignais la réaction des gens au début. Mais maintenant je n’ai plus de doutes, je suis croyant et je n’ai pas honte d’en parler et de le clamer. Je suis très à l’aise.

 

 

Twenty : Le néophyte religieux est-il forcément extrême ?

 

R : Forcément il veut en faire plus. Je me souviens dès qu’il fallait jeûner, etc, je le faisais. J’avais tout à prouver. Comme se convertir est un choix, on est plus à fond qu’une personne qui est née dedans et qui pratique sa religion de manière culturelle.

D : Oui, si il a des choses à prouver et à se prouver.

 

 

Twenty : Qu’est-ce qui a réellement changé dans ta vie depuis ?

 

R : C’est à partir de là que je me suis rendu compte que je vivais pour moi et pas pour les autres. Je suis devenue plus solitaire. Il y a eu aussi cette séparation avec ma famille, à partir de ma conversion. Je me suis dit que je pouvais m’émanciper, me construire en tant qu’individu. Ça m’a réellement grandi.

D : Dans ma vie de tous les jours, rien de spécial. Par contre psychiquement, je suis plus serein. J’ai moins peur de l’avenir, je me pose moins de questions existentielles. Je sais que Dieu est là pour moi, qu’il me protège. Ça m’a aidé à voir les choses plus positivement.

 

 

Twenty : Comment s’est passée ta relation avec la communauté de la religion en question ?

 

R : Certains m’encouragent, d’autres pas. Un jour j’ai eu une réflexion du style « mais pourquoi tu forces, tu n’es pas née musulmane, tu n’es pas musulmane ». De toute façon aujourd’hui l’aspect communautaire ne m’intéresse plus, je suis uniquement dans un rapport individuel de ma foi avec Dieu.

D : Dans l’Eglise où je suis, ça se passe vraiment bien. Les gens sont sympas, j’ai été bien intégré.  Il y a une maman à l’Eglise avec qui je suis devenu super proche. J’ai vraiment trouvé ma communauté. C’est ça qui me plaît aussi dans l’Eglise, le coté communautaire. Je pense que ça dépend des églises où tu vas. Au début j’allais dans une autre, et ça ne se passait pas aussi bien. Ils me demandaient de l’argent pour distribuer des tracts etc… Donc tout dépend.

 

 

Twenty : Etre pratiquant de nos jours est-ce que c’est compatible avec vivre une vie de jeune ?

 

R : Ça dépend ce que tu définis par « vie de jeune ». Si tu réduis la vie d’un jeune à faire la fête non stop, boire de l’alcool, etc, forcément non. Mais nécessairement être jeune et vivre une vie de jeune ça va au-delà de ça, donc au final je dirai oui.

D : Oui fraichement. Mon cas le prouve, j’ai des potes, des copines. Je me considère être un jeune comme tout le monde. On peut s’amuser, tout en étant raisonnable. Pour quelqu’un qui n’a que la religion dans sa vie, forcément ça va être difficile d’être en phase. Mais Jésus nous a dit « Aime ton prochain comme toi-même », je me focalise sur ça. Je veux faire le bien autour de moi, et c’est tout ce qui compte.

 

 

Après ces entretiens, je suis partie à la rencontre de Stéphane Hugon, sociologue de l’imaginaire. Après lecture des deux témoignages, il a tenté de m’expliquer pourquoi et comment un tel retour à la croyance pouvait exister.

 

« Le resurgissement de la religion chez les jeunes doit être mis en perspective avec le passé. Les précédentes générations vivaient dans un siècle athéiste, depuis la loi de séparation en 1905. Tout s’expliquait par les sciences. On a retiré tout ce qui était de l’ordre de la magie : le monde était désenchanté.

Mais lorsqu’on évacue la religion, il faut trouver un substitue. Aucune culture traditionnelle ou moderne ne se maintient sans une certaine forme spirituelle. À l’époque, c’était les grands combats politiques. Ils prenaient les mêmes formes qu’une religion (bannière, discours). Depuis le début des années 2000, il n’y a plus de grands combats politiques à mener. Juste du vide. Voilà pourquoi la religion fait son come-back.»

 

« La conversion est une aspiration qui donne du sens à la vie. Elle instaure un cadre de vie, des modèles, des rituels, des codes, des pratiques quotidiennes » nous explique-t-il. « La spiritualité apaise,  hiérarchise les choses qui sont importantes de celles qui ne le sont pas.»

 

« Les jeunes se cherchent beaucoup. La génération Y a envie de réformer le monde. Elle est pleine d’énergie et d’utopie. Elle a soif de transcendance. Elle veut s’investir. Cela peut s’exprimer de différentes manières : sport, art, sexe... Et religion. Si le XXème siècle était un siècle sans religion, le XXI serait le siècle de la spiritualité, sous toutes ses formes possibles. »

 

 

Lydia Menez, 20 ans, étudiante en info-com. 

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