Pourquoi je ne suis pas (une vraie) fille

J'ai pourtant vérifié, j'ai deux seins, un appareil reproducteur féminin et malgré tout il m'arrive régulièrement de questionner mon appartenance à la gente féminine.
28/11/2016

Et pourtant, ce n'est pas faute d'avoir essayé d'être une fille, une vraie, vous voyez ? La fille telle qu'elle doit être si l'on se fie à la presse féminine, aux médias ou même au doux monde qu'est Youtube. Liste (non exhaustive) des freins identifiés à l'épanouissement de cette féminité fantasmée.

 

1. Je ne me maquille pas.

Alors je vous vois déjà venir, « c'est un choix politique? », « Le maquillage est une forme de soumission à un certain diktat de la beauté pour toi ? ». Eh bien non, je trouve ça très beau, voire artistique, mais hélas, j'ai deux mains gauches. Voilà comment ça se passe lorsque j'essaye de me maquiller : au bout de trois minutes à essayer de reproduire un tuto « facile » ou un « look de soirée pour les nulles » je ressemble irrémédiablement à un panda triste. Du coup, j'efface tout mais, ça ne part jamais vraiment. Je pleure, « pourquoi moi ? », « de toute façon je rate tout ce que j'entreprends », je capitule et ressors avec des traces de noir partout et le visage rouge sang à force d'avoir frotter pour effacer le massacre. Ce n'est pas faute d'avoir essayé mais à chaque fois le constat est le même ; ce monde des « beautistas » n'est pas le mien. Le rouge à lèvres termine toujours sur mes dents et le mascara sous mes yeux comme une fatalité, un mauvais sort que je n'arrive pas à annuler.

 

2. Ma salle de bain ne ressemble pas à un musée de produits cosmétiques.

Parce que non je ne comprends pas encore l'intérêt d'acheter vingt crèmes différentes qui pour moi ont toutes les mêmes effets. Contrairement aux autres filles attirées comme un aimant par les PLV de maquillage, le rayon beauté des supermarchés m'effraie. Je n'y comprends rien, et comme d'habitude je ressortirai avec le pot de Nivea tout en un. Il ne s'agit pas ici d'un laisser-aller protestataire, juste d'une incompréhension face à ce monde qu'est celui de la beauté. Voir des publicités où des femmes à la peau parfaite me vendent une crème anti-imperfections ne me convainc guère à dépenser mes quelques économies dans des produits beautés.

 

3. Les talons hauts demeurent une énigme.

Parce que oui, je voudrais être une femme sans talons, et ne pas être jugée pour ça. Nous sommes en 2016 et certaines femmes sont encore obligées d'en porter au travail. Je tente tant bien que mal de m'imaginer occupant un poste où les Converse seraient tolérées. Les seules fois où j'ai eu le courage d'en porter au travail, j'avais l'impression que chacun de mes pas était le dernier, et que je ne reverrai plus jamais la douce semelle trouée de mes Converse.

 

4. Mon rapport à la vie de famille = mouais...

A force de nous avoir vendu l'instinct maternel comme acquis et de nous avoir biberonnées aux contes de fées, j'ai longtemps pensé que mon désintérêt pour la vie de famille n'était qu'une pseudo révolte contre tout le système. Là, tout de suite, fonder une famille ne fait pas partie de mes rêves d'adultes, et à la question « où te vois-tu dans dix ans ? » je n'ai pas envie de répondre « je serai une maman épanouie ».

 

Suis-je une vraie fille alors ? On ne le saura jamais. Mais vous savez tout n'est question que de mode et de tendance. Dans cinq ans, quand la presse féminine acclamera la fille à Converse qui rêve de finir vieille fille vous m’appellerez, mon heure de gloire aura sonnée. 

 

Par Myriam Attia, 19 ans, étudiante en prépa littéraire

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