Pourquoi le Maroc a un problème avec le sexe

Auteur de « Sexe et Mensonges : la vie sexuelle au Maroc », Leila Slimani dresse un tableau édifiant des difficultés pour les femmes marocaines de vivre une sexualité épanouie dans un pays où l'éros est frappé du sceau de l’hypocrisie.
03/10/2017

 

 

 

 

 

Dans son dernier livre, « Sexe et Mensonges : la vie sexuelle au Maroc » Leila Slimani laisse carte blanche aux Marocaines pour nous raconter leurs histoires. Ce sont des femmes qui n’ont pas peur de témoigner, dans un pays où les libertés individuelles sont très restreintes, dans un pays où seul l’honneur compte. C’est donc un ouvrage important et nécessaire que la lauréate du prix Goncourt 2016 nous livre, et qui – on l’espère- participera à l’éveil des consciences.

 

 

 

Une société schizophrène

 

« Faites ce que vous voulez, mais soyez discret » est l’adage de la société marocaine. Tout le monde sait qu’il y a de la prostitution, du sexe hors mariage, de l’homosexualité, des viols, mais le tabou empêche les langues de se délier. « La société est très prude, conservatrice, et en même temps obsédée par le sexe » explique Faty Badi, journaliste marocaine.

 

 

 

 

« La société est très prude, conservatrice, et en même temps obsédée par le sexe »
 

 

 

 

Le sexe est une affaire d’Etat

 

Au Maroc, l’adultère (article 491) et les relations sexuelles hors mariage (article 490) sont punis par la loi, et sévèrement : de un mois à un an de prison pour le sexe hors mariage, de deux mois à deux ans de prison pour l’adultère. Les deux infractions ne peuvent être prouvées que par un constat de flagrant délit, et on peut facilement acheter le silence de la police : mais c’est suffisant pour instaurer un climat de peur. En fait, tout le monde vit dans l’illégalité constante... «  Il faudrait dénoncer tout ce système, mais le problème c’est qu’on vit constamment dans l’illégalité. Si quelqu’un m’en veut, il pourra toujours trouver un moyen de m’atteindre et je me ferai arrêter. Nos mœurs nous poussent dans l’illégalité » raconte Faty Badi, interrogé par Leila. Le contrôle de la sexualité par le gouvernement est là pour empêcher la société de se concentrer sur les vrais problèmes tel que le chômage et la misère qui touchent une grande partie de la population.

 

 

L’avortement est toujours un combat

 

Au Maroc, le droit à l’avortement est hyper limité. Seuls les femmes ayant subit un viol, un inceste peuvent y avoir accès, ou si le fœtus présente une malformation. Toutes femmes dérogeant à la règle se retrouve hors la loi et est donc dans l’impossibilité d’avorter. Résultat : beaucoup avortent clandestinement, dans des conditions sanitaires qu’on ne préfère pas mentionner. Selon Leila Slimani, « près de 600 avortement clandestins sont pratiqués chaque jour au Maroc, et des centaines de femmes meurent dans des conditions atroces ».

 

 

 

Il est difficile d’être féministe et musulmane

 

Beaucoup de marocaines interrogées par Leila Slimani, mènent un combat pour la liberté des femmes, et se voit accuser de vouloir « occidentaliser la société » ou d’être des « vendues de l’occident ». « Sur la virginité, quand je dis que ce n’est pas ce qui fait la valeur d’une fille, on m’accuse de vouloir faire de toutes les femmes des prostituées. (...) Quand on défend l’homosexualité, on se fait accuser de vouloir rendre tous les Marocains homosexuels ou d’encourager la décadence des mœurs. » raconte Sana El Aji, journaliste et éditorialiste.

 

 

 

Lydia Menez, 21 ans, étudiante 

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