Quand le sexisme se donne en spectacle

À l’occasion de la journée internationale des droits de la femme, 3e oeil Production a imaginé, conçu et réalisé une soirée événement « Une Fois Pour Toutes » diffusée sur France 4 ce lundi 6 mars à 20h55 avec Laury Thilleman en maîtresse de cérémonie.
05/03/2017

 

Angèle, Julia et moi-même, toutes les trois féministes dans l’âme, avons assisté à ce show, plein d’humour et de vérités, dont certaines sont parfois dures à entendre.

 

Pour en savoir un peu plus sur la genèse du projet, après l’émission, j’ai immédiatement contacté Justine Planchon, la directrice des programmes et du développement de Troisième Œil Productions. Justine m’a accueilli dans son bureau, rue Oberkampf, pour une conversation enflammée, allant du sexisme au féminisme, en passant par le journalisme.

 

Twenty : Bonjour Justine, tout d’abord, comment t’es venue l’idée de ce projet ? 

 

Justine Planchon : Ça fait pas mal de temps que je m’interroge sur la position de la femme dans la société. Je travaille à la télévision depuis seize ans et j’ai pu voir dès le début que les femmes n’avaient pas une place prépondérante dans ce domaine, aussi bien à l’antenne que dans les équipes. Il y a peu de poste de direction qui sont occupés par des femmes. Delphine Ernotte me fait un peu mentir, parce que c’est vrai qu’aujourd’hui en tant que présidente de France Télévision, elle a mis en place dans les différentes chaines des patronnes (Caroline Got sur France 2, Tiphaine de Raguenel sur France 4, Dana Hastier sur France 3) mais la vérité c'est que ça fait peu de temps. Je me suis dit que l’on était encore au Moyen Age concernant le droit des femmes. Il y a encore beaucoup de chose à faire et plutôt que de le faire de façon très sporadique le 8 Mars, qui ne parle d’ailleurs pas à beaucoup de femmes, je me suis interrogée sur un programme qui serait dédié aux droits des femmes et qui ferait passer un message avec légèreté, pour que l’ensemble du public se sentent concerné par cette cause. On a tendance à dire que les féministes sont toujours hyper revendicatives, autoritaires et qu’elles font peur, alors que toutes les femmes sont féministes. 

 

 

Twenty : C’est la première fois que tu t’occupes de produire une émission sur ce thème ? 

 

JP : Oui ! Ça fait un an que j’y travail et j’espère qu’il y en aura une deuxième, une troisième, une quatrième… 

 

"Le féminisme c’est lutter pour que les femmes se fassent entendre, que leurs droits soient respectés."
 

Twenty : Au niveau du projet, quelles ont été tes démarches quant au choix des intervenants ? 

 

JP : Pour le coup, lorsque l’on parle de femmes, de droits des femmes et qu’on est sur du caritatif, de l’associatif, c’est plus difficile. Il faut aller chercher les gens, la sélection des artistes s’est faite premièrement par la proposition de leur sketch, ce qu’ils faisaient en ce moment. La femme a-t-elle une place importante dans leur spectacle ? En bien ou en mal ? Tous les artistes présents sont des gens sensibles, concernés et qui militent au quotidien. J’ai été chercher des figures du one man show, de la comédie et de la chanson pour brasser large et pouvoir proposer un vrai spectacle.

 

 

Twenty : Qu’est-ce que le féminisme pour toi ? 

 

JP : C’est large ! Le féminisme c’est lutter pour que les femmes se fassent entendre, que leurs droits soient respectés. Je ne sais pas si tu sais mais une loi a été abolie en 2013 concernant le port des pantalons pour les femmes. Alors effectivement, on ne se faisait pas arrêter en 2012 si on portait un jean mais le fait que ce soit écrit, c’est significatif. Il y a plein de petites choses dont nous ne sommes pas au courant, et être féministe, c’est être observateur, sensible à ce qui se passe et ce qui se dit. Pouvoir prendre la parole si on assiste à une scène sexiste. Dire « je ne suis pas d’accord », « je ne suis pas un chien » si on se fait siffler dans la rue.

 

 

Twenty : Pourquoi avoir décidé de traiter cette problématique par l'humour ? Est-ce le meilleur moyen de toucher le public ou le seul moyen de ne pas pleurer ? 

 

JP : C’est ce que l’on appelle le « rire de résistance ». Le rire est une forme de résistance. Pour faire passer un message et toucher le plus de gens possibles, l’humour est un bon vecteur. Et surtout, ne pas pleurer parce que si on rentre dans la problématique des associations, comme « Femmes solidaires » qui était présente et pour laquelle on fait un appel au don, on se rend compte que c’est dramatique, il y a vraiment des femmes qui meurent tous les jours sous les coups de leur mari, des gamines qui ne portent pas de jupes parce que porter une jupe c’est potentiellement pouvoir se faire violer, frapper ou insulter… plutôt que d’en pleurer et de faire des choses larmoyantes, le combat premier, c’est de dire qu’on lutte, qu’on est hyper efficace sur le terrain, mais en riant je pense que le message est encore plus fort, plus entendu. Par l’humour on peut dénoncer des codes dépassés mais encore inscrits dans la société. (« Tata Zouzou » de Amelle Chahbi)

 

"Le droit des femmes est très fragile et si votre génération ne poursuit pas le combat de vos grands-mères et de vos mères, très vite les choses peuvent changer."

 

Twenty : Le sexisme du monde de la télé est-il toujours aussi présent ? Quel est ton ressenti ?

 

JP : Les choses s’améliorent, mais la femme est toujours le sidekick de l’homme. Par exemple, Sandrine Quetier pourrait animer son émission toute seule sur TF1 mais elle est toujours la 2e main d’un animateur. La Roue de la fortune, c’est Victoria Silvstedt qui tourne les lettres et on ne s’est pas demandé si elle pouvait faire autre chose. Bien évidemment ça change. Nous, par exemple on met les femmes à l’honneur sur nos émissions : Julie Andrieu, Anne Sophie Lapix.. Le deuxième problème aussi c’est que sur les plateaux d’actualités ou politique, on fait appel à des experts hommes parce que c’est ancré alors qu’il y a aussi beaucoup de femme. Pour les producteurs c’est naturel d’aller chercher des hommes. 

 

Twenty : La post production est-elle 100% féminine ?

 

JP : A 99%… C’était important pour moi, je voulais marquer le coup. En général, les équipes techniques sur les plateaux sont pratiquement toujours masculines parce qu’il y a des caméras à porter, des câbles à tirer.. Mais les femmes aujourd’hui peuvent aussi porter des caméras et on l’a bien prouvé. Elles peuvent aussi être réalisatrice (Pauline Sampic). Bien évidemment il y a des hommes dans la production parce que sur le principe d’égalité c’est important aussi. 

 

 

Twenty : Ton modele féminin ? 

 

JP : Simone De Beauvoir, Simone Weil, Gisèle Halimi, ce sont des femmes qui ont combattu par des mots, par des faits, par des gestes avec des textes de lois, des courants de pensés et qui nous ont permis d’obtenir le droit à l’avortement, le droit de vote, ça parait être des notions normales aujourd’hui, mais au final, ce n’est jamais acquis. Il n’y a qu’à regarder la politique de Trump, qui remet en cause le droit à l’avortement. Le droit des femmes est très fragile et si votre génération ne poursuit pas le combat de vos grands-mères et de vos mères, très vite les choses peuvent changer. Simone de Beauvoir pour moi, c’est faire passer avec poésie, pugnacité et beaucoup de courages, des idées et potentiellement se dire que l’on peut faire bouger les lignes. 

 

 

Twenty : C’était quoi avoir 20 ans pour toi ? 

 

JP : A 20 ans, j’étais très libre, je m’habillais comme je voulais, je me suis toujours sentie poussée des ailes quand j’étais à des rendez-vous et qu’on me renvoyait à ma condition de femme, je me disais que je devais leur montrer que j’avais beaucoup plus à apporter que juste être une femme, porter une robe et un joli rouge à lèvre. Ça me donnait beaucoup de force, à 20 ans j’étais la même qu’aujourd’hui, avec moins de moyen bien évidemment parce que à 20 ans on n’a pas forcement le job que l’on voudrait avoir. J’étais très indépendante, très assumée et très fière d’être une femme. 

 

Par Justine Courtot, 21 ans, étudiante en Info-Com.

 

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