Témoignage - Etre transgenre à 26 ans

Née dans un corps de garçon, Claude Emmanuelle a entamé depuis deux ans une transition pour changer de sexe. Un parcours intime complexe sur lequel elle s'est livrée au micro de Camille Bourron.
30/05/2017

Pour un cours de radio à la fac, j’ai eu pour mission de réaliser l'interview d’une « vraie personne ». Comprenez par là quelqu’un qui vit une situation au quotidien, quelqu’un qui milite, quelqu’un qui défend quelque chose en somme.

 

J’ai choisi d’interviewer Claude Emmanuelle, une jeune femme transgenre de 26 ans vivant depuis 2 ans à Paris. Elle vient d’obtenir le diplôme national supérieur d’expression plastique des Beaux Arts de Perpignan et je l’ai rencontrée l’année dernière lors d’un job d’été.

 

Ce qui m’a frappé lors de mes recherches sur ce qu’était la transsexualité et les genres, c’est tout d’abord le manque cruel d’information, et ensuite le fait que je ne trouvais aucun témoignage de personnes transgenres ou transsexuelles. En évoquant le sujet autour de moi, je me suis rendue compte que la transsexualité est très méconnue en France et que subsiste beaucoup d’amalgames et d’ignorance.

 

On a beaucoup parlé des homosexuels lors de l'adoption du mariage pour tous en 2013. Mais quid des personnes trans ? J’ai beaucoup appris avec l’interview que j’ai faite de Claude Emmanuelle. J’ai pu effleurer, au travers de sa parole, la douleur et la difficulté du quotidien quand on est trans. Et je me suis rendue compte qu’on a encore du chemin à faire, qu’on soit trans ou non, pour les aider à acquérir des droits humains et du respect.

 

Pour mon devoir, j’avais comme contrainte de faire une interview d’une durée de 3 à 6 minutes. Pas beaucoup de temps donc pour évoquer quelque chose d’aussi intime, inconnu et surtout très dense. C’est pourquoi je considère cet article comme un apport au témoignage très personnel de Claude Emmanuelle.

 

Tout d’abord, il est important de différencier les termes transsexualité et transgenre.Etre transgenre fait écho à une personne du sexe opposé à son sexe biologique mais qui ne souhaite pas forcément effectuer une opération de changement de sexe ou de prendre médicaments et hormones pour modifier son corps. La personne se sentira donc du sexe opposé à son sexe de naissance mais n’aura pas subi de transformation physique. En revanche, le terme de transsexualité désigne les personnes qui souhaitent et ont entrepris les démarchent pour ou qui ont changé de sexe. Elles ont ainsi changé leur sexe biologique pour le sexe auquel elles se sentent appartenir. On parle alors de transition.

 
"Une personne transsexuelle n’est pas forcément homosexuelle. Elle peut l’être, ou non, mais son orientation sexuelle n'a que peu à voir avec son identité de genre."

 

Claude Emmanuelle est en période de transition mais n’a pas encore subi de vaginoplastie. Il faut savoir qu’une transition, c’est très long, de cinq à sept ans, et très cher, selon qu’on suive un parcours « officiel », avec des équipes dites officielles (et donc reconnues par l’Etat) ou non officiel. Dans le cas « officiel », la plupart des soins seront pris en charge par la Sécurité Sociale, mais le délai d’une transition sera plus long. Avec des équipes privées, les tarifs explosent mais le changement de sexe est plus rapide et les personnes trans ont la possibilité de choisir leurs médecins et chirurgiens.

 

Il y a également quelques confusions autour de la transsexualité. Ainsi, une personne transsexuelle n’est pas forcément homosexuelle. Elle peut l’être, ou non, mais son orientation sexuelle n'a que peu à voir avec son identité de genre. C’est à dire qu’un homme trans, né dans le corps d’une femme, peut être hétérosexuel, et être ainsi attiré par les femmes. Si il est attiré par les hommes, il est homosexuel. Une personne trans peut être bisexuelle également. Comme tout le monde.

 

Je souhaite enfin également parler du manque de droits dont disposent les personnes transgenres et transsexuelles, forcément lié à leur considération et leur place au sein de la société. Sans droits, pas de reconnaissance, ni de respect. Est-ce bien normal en 2017 ? Dans un pays démocratique où tous les êtres humains naissent supposément libres et égaux en dignité et en droits ? Je ne pense pas.

 

"La transsexualité est toujours considérée comme une pathologie mentale selon l’Organisation Mondiale de la Santé."
 

Ainsi, une prise en charge totale et un accompagnement par la sécurité sociale des personnes trans leur épargnerait beaucoup de frais, tout comme avoir la possibilité d’acquérir des papiers facilement, gratuits, changeables en mairie simplifierait aussi leur quotidien. Sensibiliser le corps public pour permettre aux personnes trans de ne plus subir de transphobie à leur égard. Construire plus de refuges, plus de centres de réinsertion pour sortir les personnes trans de la prostitution et les réintroduire dans la société semble également être primordial. Un encadrement pour les enfants ayant un trouble d’identité serait aussi important pour leur développement, tout comme avoir le droit de porter le prénom que les personnes trans ont envie, immédiatement.

Enfin, les personnes trans devraient avoir le droit de choisir les médecins qu’elles veulent consulter et pouvoir choisir ceux qui vont les opérer. Car elles doivent constamment demander des autorisations pour tout, il est important que le corps médical avec qui elles seront en contact quasi permanent, les soutiennent, soient compétents et non transphobes.

Il faut savoir que la transsexualité est toujours considérée comme une pathologie mentale selon l’Organisation Mondiale de la Santé. Elle n'a été retirée de la liste des affections psychiatriques qu'en 2010 en France. Cependant, les personnes trans sont encore aujourd’hui obligatoirement soumises à un suivi auprès d’un psychiatre et doivent se faire délivrer un certificat psychiatrique attestant un diagnostique de syndrome de transsexualisme pour pouvoir avancer dans leurs démarches de changement d’identité.

Le combat des personnes trans pour être reconnues est loin d’être terminé et sera semé d’obstacles, de déceptions, et de joies je l’espère.

A titre personnel, je les soutiens dans ce combat car tant que des minorités n’auront pas accès aux mêmes droits que le reste de la population, peut-on parler de liberté, d’égalité, de fraternité ? Je parle ici des droits de trans mais cela pourrait tout aussi bien être de ceux des femmes également. Nos droits ne sont jamais acquis. Il faut se battre pour les garder, se battre pour en donner. Plus que jamais aujourd’hui, nous devons nous soutenir les uns les autres, car le manque de droits et de reconnaissance fait toujours écho à la violence de la société.

 

Par Camille Bourron, étudiante

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