Confessions d'une Youtube addict

Accro à Youtube, Hanna passe des heures et des heures à surfer, zapper, passer d'une vidéo à l'autre, en PLS sur son canap... sincère, elle nous raconte cette étrange addiction, qui nous concerne tous un peu...
04/09/2019

 

Youtube, c’est un vaste monde. Tout le monde vous le dira. Enfin, par tout le monde j’entends les jeunes de moins de 25 ans. Vous savez, ces gens incapables de décoller leur petite bouille de leur écran de téléphone. Ah je vous vois venir, vous vous dites que je suis méprisante, une vieille peau allergique à la nouvelle génération. C’est faux. J’ai 20 ans, alors moi aussi, le digital j’y suis plongée jusqu’au cou. Après tout ça occupe la technologie. Et puis c’est utile, ça c’est indéniable.

 

Vous êtes perdu ? Hop, le téléphone magique et vous retrouvez votre chemin. Vous manquez à votre mère ? Hop, le téléphone magique et elle peut vous harceler à distance. Et ça m’allait très bien, ce téléphone magique, jusqu’à ce que je me perde dans ce vaste univers youtubesque.

 

Youtube, c’est un gouffre. Au commencement, ça paraît complètement inoffensif, un simple passe temps. Tant mieux, aujourd’hui on cherche tous désespérément à passer le temps, c’est même devenu notre occupation principale. Et il y a de quoi faire défiler les heures sur Youtube. Maquillage, lifestyle, sport, alimentation, musique, vous trouverez tout, une vraie caverne d’Ali Baba. Mais Youtube, et vous le savez très bien, c’est un piège. Vous mettez un pied dedans et c’est votre vie toute entière qui s’y retrouve engluée.

 

 

C’est précisément ce qui m’est arrivé. Mon truc à moi ? Les interviews d’acteurs. Je suis fascinée par leur vie, leurs anecdotes. Ceux que je préfère, ce sont les vagabonds. Ceux qui sont devenus acteurs un peu par hasard, qui ont été repérés dans la rue ou qui se sont présentés à un seul casting et qui ont été pris du premier coup. Je me dis comme ça que moi aussi, ça pourrait m’arriver. Alors voilà, je passais des heures à absorber des dizaines de Go de vidéos d’interviews en me disant que oui, c’est sûr, moi aussi je deviendrai actrice. Mais au fond qu’est-ce que je croyais ? Que là, bien installée dans mon lit ou prostrée sur mon canapé je serais repérée par un agent ? Qu’un voisin au vis-à-vis un peu dérangeant en réalité réalisateur de génie serait frappé par le potentiel cinématographique de ma petite personne en PLS dans ma chambre d’ado ?

 

Attention, loin de moi l’idée de faire un éloge du travail acharné du style « seul le travail paie ». C’est faux. C’est archi faux. On nous rabâche que la clé du succès c’est le dur labeur mais c’est des conneries de capitalistes productivistes. En réalité le travail est un élément récurrent de la réussite mais non-essentiel. Vous pouvez travailler comme un porc et échouer. Vous pouvez glander comme un porc et réussir. Mais ce qui est certain c’est que si vous ne vous lancez pas à un moment, si vous refusez de prendre le moindre risque vous diminuez drastiquement vos chances de réussite.

 

 

Youtube c’est précisément ça. C’est un assassin d’initiative. Vous devenez témoin de la vie des autres et vous oubliez la vôtre. Vous oubliez de vivre. Au fond Youtube vous pousse au sacrifice. Vous vous contentez de la réussite d’autrui au détriment de la votre. Vous rêvez que vous aussi vous pouvez le faire mais pendant que vous rêvez d’autres prennent votre place.

 

Et ce n’est pas grave, c’est important de rêver. Je n’ai aucune envie de faire la morale à qui que ce soit, tout ce que je veux dire c’est que vous devez faire un choix, un choix en conscience. La vie, c’est brutal, c’est terrifiant. Alors évidemment que l’on souhaite rester bien confortablement coincé dans les limbes immatérielles.

 

Au fond, Youtube c’est un peu notre canot de sauvetage au milieu du tumulte de l’existence. Mais je crois qu’il y a une beauté insoupçonnée en plein coeur de la tempête et que c’est peutêtre en affrontant la violence du monde que l’on y découvre toutes les potentialités.

 

Je ne sais pas vous, mais moi je refuse d’être un mouton sacrifié sur l’autel d’un illustre inconnu, alors je vous dis à bientôt, au détour d’un casting.

 

Par Hanna Zerguit

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