Fais-moi peur : ma semaine dans un festival de film d'horreur

Le premier week-end de février, Lisa était au Festival du Film Fantastique de Gérardmer dans les Vosges, sous la neige. L'occasion pour elle, de découvrir une quinzaine de films sur de multiples sélections. Elle vous raconte son périple.
16/02/2019

 

Nous partons le jeudi matin avec le premier train de Paris Gare de l’Est direction Gérardmer. Le festival a été inauguré la veille avec le film Américain Escape Game (en salle le 27 février prochain) mais il est quasi impossible d’avoir une place ce soir là. Nous voilà donc jeudi matin sur le route. Nous découvrons la ville de Gérardmer enneigée et aveuglante car baignée sous un soleil inhabituel, après un train (en retard), un TER et un bus. Le jeu en vaut la chandelle puisqu’à peine arrivée nous nous dirigeons vers l’espace Tilleul ; médiathèque de la ville pour l’occasion aménagée en bureau des festivaliers et en lieux d’exposition, où nous retirons le sésame : notre accréditation.

 

 

Tout les hivers depuis vingt-six éditions, la charmante ville de Gérardmer se transforme en bourgade de la peur et de l’épouvante pour le plus grand plaisir des festivaliers aficionados de films de genres ou des spectateurs curieux habitants la région. Les habitants s’accommodent merveilleusement de cette tradition puisque le festival compte près de six cents bénévoles tous les ans. La ville organise même un concours de vitrines et récompense chaque année la boutique qui aura le mieux représenté le thème du festival. Question ambiance et immersion, Gérardmer mets le paquet.

 

Après avoir bravé la neige (opération mainte fois répétée en quatre jours) pour poser nos affaires dans une petite chambre charmante avec vue sur les bords du lac. Nous revenons difficilement sur nos pas pour commencer notre voyage cinématographique, bien emmitouflé dans notre doudoune, notre bonnet, nos gants, nos chaussettes de montagne, notre legging polaire, le tout accompagné d’un hot-dog moutarde et d’un verre de vin chaud fumant pour patienter dans la queue, sous la neige. Ambiance.

 

Le premier jour nous verrons quatre films, dont un hors-compétition, le décevant Dachra, film
d’enquête tunisien sur fond de sorcellerie un peu confus et poussif. On profite de l’hommage rendu au versatile cinéaste américain Eli Roth pour voir La Prophétie de l’Horloge, un charmant film familial réussi et malicieux à l’inspiration gothique et un poil burtonienne. L’heure avancée de la journée aidant, les festivaliers se massent dans les salles et nous retrouvons l’ambiance joueuse et débonnaire de l’édition précédente. Devant le générique du festival, les festivaliers s’échauffent et font rugir les cris du loup-garou et se gargarisent devant la créature du lac noir. Le ton est donné. La soirée commence avec le clinquant et mainstream Escape Game qui avec ses gros sabots et son manque de relief peine à nous séduire. On se rattrapera en fin de soirée avec Aniara, notre coup de cœur de cette édition, un film de SF suédois sublime et spirituel adapté d’un poème de SF écrit par l’auteur et poéte suédois Harry Martinson à la fin des années cinquante. Il met en scène la lente déliquescence d’un vaisseau après l’échec d’un trajet Terre-Mars suite à un accident de parcours, on prie pour qu’il soit distribué en salle.

Le deuxième jour commence tôt et en compétition, avec Dark (pas très original pour un film de
genre) un conte horrifique plutôt réussi où un adolescent aveugle croise la route d’une jeune fille morte-vivante cannibale au corps mutilé et métamorphosé. Il continue laborieusement avec
Meurs,Monstre,Meurs fable freudienne ankylosé par un trip mystico-psychologique, où des
policiers enquêtent dans la Cordillère des Andes (sublime direction de la photographie) suite à des meurtres de femmes, qu’ils retrouvent décapitées.
Les retards de projections et la mauvaise évaluation des distance enneigées nous font rater Zoo ( qu’on espère pouvoir rattraper en salle ou en VOD). Le soirée s’ouvre avec l’ingénieux Await Further Instructions, film de siège anglais où un fils vient fêter Noël chez ses parents, à qui il ne parle plus depuis quelques années, avec sa petite amie indienne. Les heureuses retrouvailles tournent court et on commence à s’écharper sur des questions xénophobes et racistes. La famille ne passera pas les fêtes car le lendemain une substance noire inconnue les coincent dans le maison, les laissant sous le contrôle d’une présence alien maléfique et de leurs instincts destructeurs. Une critique un poil lourde de l’omniprésence des médias et de leur influence, mais un exercice malin et réussi. On s’endort presque devant l’interminable Lifechanger qui malgré un concept intéressant et alléchant se perd dans une inefficacité handicapante, la faute à un amateurisme complet sur la construction, l’exécution et la réalisation du film. On aimerait presque que quelqu’un en fasse un remake correct, car cette histoire de vie alien métamorphe et chrysalidère à l’influence Benjamin Button méritait mieux.

 

Le troisième jour se place sous le signe du documentaire puisque nous en découvrons deux en début de journée. Le premier Beyond Blood, s’intéresse à un mouvement du cinéma français de genre du début des années 2000 qui fut décrié sur ses propres terres mais qui fut un succès retentissant à travers le reste du monde. Le film piètrement réalisé arrive facilement à transcender sa forme tant le fond est intéressant et mériterait un examen plus profond (comme un entretien fleuve avec l’incroyable Pascal Laugier qui signait le cauchemardesque et plébiscité Ghostland l’édition dernière). On se plonge dans le travail du primé Phil Tippett, avec Phil Tippett : Mad Dreams and Monsters, où le vieil homme revient sur toute sa carrière. Il est animateur de stop motion, designer et réalisateur et a crée les créatures inoubliables de votre enfance comme celle de Star Wars, Jurassic Park, Starship Troopers ou encore Robocop. On découvre un artisan passionné et bourreau de travail qui ne regarde jamais en arrière avec nostalgie et cherche toujours des moyens d’aller de l’avant. La devise des studios d’animation Tippett « Creativity or die » (La créativité ou la mort), tout est dit.

Avant d’assister à une compétition de court-métrages, à la qualité très inégale, nous nous retrouvons nez à nez avec des festivaliers grimés en zombies mais aussi, oh surprise, avec des gilets jaunes. Nous sommes samedi et perdu dans les Vosges nous ne nous attendions pas à apercevoir des gilets fluo, à part ceux des vacanciers skieurs. Le défilé se déroule sans encombres alors que les festivaliers zombies regardent interloqués les manifestants. Crazy world ! On se glisse frigorifié à la projection de Endzeit-Ever After, film de zombie allemand avec une romance lesbienne mièvre devant lequel on se désespère tout en se réchauffant (le vin chaud aidant). On finit avec le coréen Rampant, film de zombie (encore un!) et de sabre féodal virtuose qui rappelle la série Netflix Kingdom.

 

 

Le dernier jour arrive plus vite qu’on ne le souhaiterait et nous profitons de trois films avant de
partir. Le premier Puppet Master : The Littlest Reich, recevra tous les honneurs lors du palmarès ce soir-là. On s’amuse devant ce film absurde légèrement nanardesque suivant les aventures meurtrières d’une escouade de marionnettes nazis tueuses. On s’émerveille ensuite devant Freaks, notre autre coup de cœur du festival. Le film suit un père qui cloître sa fille dans une maison prétextant la protéger des dangers du monde extérieur. Un film à tiroir qui dévoile bien son jeu. On finit notre festival avec le jouissif Mandy où inénarrable et l’irascible Nicolas Cage s’engage dans une quête chevaleresque et vengeresse sous la forme d’un trip psyché son et lumière, après qu’une secte religieuse et défoncée ait tué sa femme bien aimée  Mandy. Tout un programme. Service des bus réduit oblige( les transports le vrai point noir du coin), on regagne Paris bien avant l’annonce du palmarès 2019 (ci-dessous) qu’on découvre médusé et déçu dans le train. On laisse la mystérieuse et hospitalière Gérardmer sous un épais manteau de neige et de brume, en rêvant déjà à la sélection de l’année prochaine.
Bouh !

 

Palmarès 2019

-GRAND PRIX soutenu par la Région Grand Est PUPPET MASTER: THE LITTLEST REICH de
Sonny Laguna & Tommy Wiklund (USA)

-PRIX DU JURY EX-AEQUO ANIARA de Pella Kågerman & Hugo Lijlja (Suède) (Kinovista)

THE UNTHINKABLE du collectif Crazy Pictures (Suède) (Wild Side Films)

-MEILLEURE MUSIQUE ORIGINALE soutenu par la SACEM Fabio Frizzi pour PUPPET
MASTER: THE LITTLEST REICH de Sonny Laguna & Tommy Wiklund (USA)

-PRIX DE LA CRITIQUE THE UNTHINKABLE du collectif Crazy Pictures (Suède) (Wild Side
Films)

-PRIX DU PUBLIC soutenu par la Ville de Gérardmer PUPPET MASTER: THE LITTLEST
REICH de Sonny Laguna & Tommy Wiklund (USA)

-PRIX DU JURY SYFY THE WITCH: PART 1. THE SUBVERSION de Park Hoon-jung (Corée
du Sud)

-PRIX DU JURY JEUNES de la Région Grand Est THE UNTHINKABLE du collectif Crazy
Pictures (Suède) (Wild Side Films)

-GRAND PRIX DU COURT MÉTRAGE :DIVERSION de Mathieu Mégemont (France)

 

Par Lisa Durand

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