A la mort, à la vie.

Julie nous parle de ces moments de rupture, de ceux qui nous font souffrir et dont on sort grandi. Une histoire d'amour, de déchirement et de résilience. Récit.
24/04/2019

 

Ôde a la vie 

 

« Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Quand est-ce que ça s’arrêtera ? »

Ces questions que l’on se pose tous à une période de l’année, chacun à son échelle, que ce soit dû à un décès ou une simple contrariété, en passant par un divorce ou même une infidélité. Ce moment où tout s’effondre, où tout va mal, où tu es persuadé que jamais tu ne t’en sortiras, nous le connaissons tous. 

Le discours que je vais tenir peut faire office d’un essai prétentieux, mais je prends le risque de le publier, le risque de faire en sorte que vous alliez mieux.

 

C’est jeune, non, 22 ans pour oser reprocher à la vie certains événements puis la remercier ? Certes, mais ce fut le fruit d’une réflexion engagée en 2009, lors du décès de mon premier grand-père. Alors que ce moment fut choquant et brutal dans un premier temps, laissant un pourquoi sans réponse du haut de mes 12 ans, la mort de mon grand-père m’a surtout enseigné l’amour. Évidemment que je l’aimais, que j’aimais ma famille bien avant, mais c’était un amour d’habitude, un amour imposé, un amour incompris. Cette disparition m’a fait prendre conscience, de par la peur qu’elle a engendré, de l’amour véritable que je portais à mon entourage, de la valeur de chacune de ces personnes qui m’entourait, de la valeur finalement du mot « famille », cet ensemble d’individus qui s’aiment et se soutiennent. 

 

En 2016, à quelques semaines de mon concours de médecine, j’appris le décès de mon second grand-père. Cette figure paternelle, immortelle, fut soudainement appelée par le Ciel. Ce ne fut pas le moment le plus facile à vivre. Ce modèle que je voulais rendre fière de par la réussite de mon concours, me quitta juste avant l’examen. Pris d’abord comme une trahison, mon grand-père, par son départ me fit en fait un don : celui de la persévérance. Je me devais de réussir, au début pour lui, mais en réalité pour moi. 

 

L'un comme l’autre, mes grands-pères furent forcés de quitter leur terre natale,  entreprirent des études d’odontologie en France, et permirent ainsi à leurs familles d’emménager et recommencer une belle vie en France. C’est sans doute le sentiment de n’avoir d’autre choix que de s’en sortir, cet instinct de survie, qui les poussa à éveiller toujours un peu plus leur curiosité, mais surtout mener à bien chaque projet envisagé, que ce soit leur doctorat en chirurgie-dentaire, la fondation d’une famille soudée ou encore la transmission perpétuelle de leurs valeurs et coutumes.

 

Quelques mois plus tard survinrent donc les résultats de ma première année de médecine, et ceux-ci ne me permirent pas de poursuivre ma voie. Cependant, cette persévérance précédemment transmise et acquise m’aida à me relever de si tôt, m’inscrire en faculté privée de droit, obtenir la mention, et intégrer aujourd’hui l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. 

 

Enfin, le dernier événement en date fut une rupture. Vous me direz, entre rupture et décès, il n’y a pas de comparaison possible. Et pourtant en ce jour-là d’octobre, mon coeur d’enfant est mort. Cette naïveté s’est envolée pour laisser place à la réalité. Je n’ai pas eu le temps de tomber que la vie m’a rattrapée et offert l’amour et le soutient de mes parents, amis, et proches, mais surtout m’a donné la force d’accepter cette réalité et d’en faire une arme contre la contrariété. 

 

C’est ainsi que depuis quelques mois, mois qui auraient dû être noirs et remplis de tristesses, chaque jour qui passe est un jour nouveau, et chaque jour qui passe est un jour plus beau. En cette veille de partiel que l’envie me démange donc d’écrire, et ainsi de remercier la vie de faire que chaque événement a priori malheureux, devienne l’origine d’un bonheur vertueux.

 

Alors quand demain tu te demanderas « Pourquoi moi ? Qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ? Quand est-ce que ça s’arrêtera ? » , je t’invite à te réjouir et te servir de ce moment désagréable, car je suis persuadée que là est la clé d’un bonheur inépuisable. 

 

Par Julie Haddad 

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