La vérité sur les partiels

Aurélio, comme tous les étudiants, ne porte pas vraiment les partiels dans son coeur. Cependant, il a trouvé LA solution pour ne plus s'en faire. Un texte drôle et décalé sur ce rite de passage oh combien redouté.
30/04/2019

 

Dans deux semaines, je vais passer mes partiels. Mais ce n’est pas la première fois que ça arrive. J’avais déjà des examens dans deux semaines l’année dernière. Aussi, et c’est peut-être ça le pire, je sais que j’aurai des examens dans deux semaines l’année prochaine. Donc quoi que je fasse, que je me souvienne ou que j’anticipe, j’ai des partiels dans deux semaines. C’est le même calendrier universitaire depuis qu’il y a des calendriers universitaires.

 

 

Parce qu’au fond c’est ça les examens. On vous dit qu’après c’est terminé, qu’ensuite tout ira bien, qu’il faut « tout donner » une dernière fois. Mais tout donner à qui ? Vous êtes de bonne foi, alors vous coopérez. Vous allez à la bibliothèque parce que c’est quand même important de mater. Grâce à ça, vous oubliez un peu vos épreuves. Ou alors vous y pensez comme on pense quand on ne pense pas vraiment. Vous avez juste une impression de partiel, c’est tout. Mais moi, quoi que je fasse, je suis toujours en partiel dans deux semaines. Pour attendre un examen, je n’ai même plus besoin qu’il y ait vraiment un examen. Mon inquiétude a progressivement perdu son objet, elle est devenue indépendante. Chaque problème devient une attente de partiels et l’attente des partiels est devenue la forme de tous mes problèmes.

 

 

Je sais que beaucoup d’étudiants connaissent aussi ce sentiment désagréable. Alors voici ce qu’il faut faire pour y remédier.

 

La première étape est d’abord de se fixer une première étape. Commencez par bien saisir que les partiels ne sont pas des partiels. Plus précisément, que les partiels ne sont pas vos partiels. En effet, le mot partiel évoque, dans l’esprit de l’étudiant, quelque chose d’immense, qui n’a plus rien à voir avec la réalité. En fait, lorsqu’on passe un partiel, on ne passe aucun partiel, du moins pas tel qu’on l’imagine. Ensuite, se souvenir que c’est le partiel qui passe, pas nous. Ce qu’il faut éviter, c’est la confusion entre la feuille de l’examen et le corps de l’examiné. On s’identifie trop souvent à notre copie : plus elle est blanche et plus on le devient. On se dit que la rendre en avance, c’est se rendre en avance ; on voudrait passer des heures supplémentaires avec elle, mais on éprouve une sincère répugnance à l’idée de passer encore une heure avec elle. Quand c’est terminé, on ne peut plus la toucher. Pour sortir de cette torpeur, il faut savoir se désolidariser de sa copie, se déraciner du format A4 et comprendre que le visage contient un infini qu’aucun papier ne peut réduire. Il faut prendre au sérieux ce problème. Je vois aujourd’hui des étudiants en 4e année qui, à force d’identification, sont devenus eux-mêmes des copies doubles.

 

 

La deuxième étape consiste à comprendre que l’université n’est pas l’université. Le mot est trompeur et fait mal puisqu’il il allie « univers » et « cité », autrement dit le local et le mondial. Dès lors, celui qui entre à l’université croit être entré dans un monde capable à lui seul d’englober la totalité du monde, le village et la planète. C’est le bruit des mots qui nous trompe ici. Vous dites « université », vous entendez univers & cité. Le terme étant contaminé par sa prononciation, il faut se résigner à ne plus l’entendre. Et intégrer, intégrons, que l’université n’est pas l’université. Ou que l’université n’est que l’université, que l’université n’est pas l’universel, qu’elle est un monde parmi d’autres.

 

Troisième étape, n’écoutez pas ceux qui vous disent de croire en vous. On ne s’est pas battu pendant des siècles contre l’obscurantisme pour qu’il renaisse via le narcissisme. Vous n’êtes pas un objet de croyance. Vous êtes palpable et quand vous vous cognez, vous avez mal. Vous n’êtes pas vraisemblable, vous n’avez pas à vous accorder le bénéfice du doute, vous existez et c’est immense. Si vous marchez sur quelqu’un - et il ne faut jamais marcher sur quelqu’un - vous lui ferez mal. Donc qu’est-ce que vient faire la croyance ici ? Pourquoi maintenant ? Et au nom de quoi serions-nous l’objet de nos croyances ? Cette selfisation de la métaphysique doit nous inquiéter.

 

Il suffit d’avoir confiance en soi. Mais comment ? En se demandant simplement si l’on serait capable de se prêter de l’argent. Si la réponse est positive, on goûtera au plaisir de l’assurance. Si l’on hésite, on est un bandit, on est un farfadet. Refusez d’être un farfadet et vous réussirez vos partiels.

 

Par Aurélio Koskas 

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