La Vie de Jeune Fille : un court qui en dit long

Le 13 avril, lors de la soirée spéciale « Histoires de femmes » sur ARTE, sera diffusé La Vie de Jeune Fille de Pauline Loquès. Un court-métrage touchant et décomplexant autour de quatre amies qui se retrouvent lors d'un enterrement de vie de jeune fille.
08/04/2019

 

 

 

 

Sur ARTE le 13 avril, c’est une soirée spéciale « Histoires de femmes ». L’occasion de mettre à l’honneur les comédiennes et les réalisatrices dans le monde cinématographique fortement masculin. Parmi les courts-métrages qui seront diffusés sur la chaîne franco-allemande, Pauline Loquès, journaliste et réalisatrice présentera La Vie de Jeune Fille, une comédie générationnelle qui met en scène quatre femmes. Rendu possible grâce à une campagne de financement participatif sur Ulule, le court-métrage s’éloigne des rôles féminins stéréotypés encore prépondérants au cinéma. Et ça fait du bien.

 

« Pendant l’été 2016, j’étais en formation de scénariste quand je suis allée faire mon premier enterrement de vie de jeune fille. Ça m’a tout de suite inspirée, je voulais écrire dessus. Je trouve que c’est un cadre intéressant pour observer les femmes de 20, 30 ans. C’est une génération qui m’intéresse parce qu’elle a beaucoup changé par rapport à nos mères, nos grands-mères qui étaient déjà installées dans la vie à cet âge. Aujourd’hui, c’est le moment où on construit sa carrière, ses relations amicales et amoureuses, son avenir finalement. » raconte Pauline Loquès, la réalisatrice. « J’ai lancé la campagne de financement participatif en mars 2017 après avoir essuyé plusieurs refus de différents producteurs : on me disait que c’était trop long, ou alors pas assez “film d’auteur“. Finalement, on a réussi à boucler notre campagne Ulule, et les producteurs Les valseurs m’ont appelée pour dire que ça les intéressait. Ils nous ont suivi sur la post-production du court-métrage » poursuit-elle.

 

 

Une maman célibataire un peu paumée, une bobo souvent accrochée à son téléphone, une artiste qui galère un peu avec les hommes, et une trentenaire encore enfermée dans un monde idéal plein d’illusions. Ces quatre amies se retrouvent pour l’enterrement de vie de jeune fille de la dernière, Constance, dans une petite maison en Normandie. « C’était un défi, je voulais un film qui parle des femmes. Il y avait le risque des stéréotypes, mais je voulais parler des femmes de mon âge sans un trait grossier » explique la réalisatrice. « L’enterrement de vie de jeune fille, c’est quelque chose que nos mères ne faisaient pas. Je voulais un personnage avec une vision très premier degré, qui imaginait un grand voyage à Ibiza ou Mykonos. Elle se retrouve coincée dans une petite maison un peu déprimante avec trois copines et un fiancé qui lâche l’affaire. En fait, l’enterrement de vie de jeune fille, ça a l’air festif, mais est-ce que ça veut dire autre chose ? Tu enterres tes idéaux. J’ai voulu prendre ça comme un réel passage et un vrai moment, je voulais déstabiliser le personnage. C’est devenu un film chorale en fait, un film sur quatre vraies femmes. »

 

 

Quand on lui demande ce qu’elle pense des rôles féminins au cinéma, Pauline Loquès répond tout naturellement « Soit il y a les films qui parlent de femmes qui courent après des mecs, ou alors des femmes qui réagissent par rapport aux hommes. Il y a presque toujours cette idée de “est-ce que je vais réussir à me maquer ?“. Ce qui m’intéresse, ce sont les anti-héroïnes : c'est pas parce qu’une femme galère qu’elle est moins sexy ou moins glamour que les autres. Pour La Vie de Jeune Fille, j’avais envie de faire quelque chose où elles vivent par elles-mêmes. » Au cinéma, il y a souvent des groupes d’amies, et dans ces groupes, on retrouve la plupart du temps la jolie fille, l’intello, et celle qui n’a pas confiance en elle, et ça va rarement plus loin. Selon la réalisatrice, « Il y a plein de films qui peuvent faire évoluer les mentalités : une héroïne à qui on peut s’identifier et qui est plus complexe que le simple trait qui la caractérise. Plus on fera des films sur les vraies femmes, plus les femmes deviendront décomplexées par rapport à ce qu’elles doivent attendre. »

 

 

Pourtant, développer le sujet des féminités au cinéma est encore compliqué. « Le thème des femmes, ça ferme des portes » confie Pauline Loquès. « Mais j’aimerais essayer de donner des vrais rôles aux femmes, avec de l’aspérité, du relief. J’ai envie de saisir la prise de conscience des jeunes femmes : celles qui se posent des questions sur la vie qui dépassent la carrière, le couple traditionnel et la famille. Ce qui m’intéresse, c’est l’épanouissement individuel et collectif » continue-t-elle. « Je suis d’ailleurs en train d’écrire un long-métrage. Je pense qu’aujourd’hui, on peut faire un film avec moins d’argent qu’avant. Il ne faut pas avoir peur de tenter, les portes nous sont ouvertes. »

 

Par Kenza Helal-Hocke

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