Le secret du bonheur

Une Twenty a découvert le secret du bonheur et le partage avec nous... et si pour être heureux, il fallait tout simplement se rappeler sa propre finalité ?
20/09/2019

 

« Le problème, c’est que les gens oublient la chance qu’ils ont d’être en vie ».

Ces mots ne viennent pas d’un rescapé de guerre, mais d’un soixante-huitard plutôt bon vivant. Si on peut y voir une boutade un peu hors du temps, il se cache derrière cette phrase - à la limite de l’enfonçage de porte ouverte - une véritable leçon existentielle…   

 

 

C’est vrai, aujourd’hui, on oublie de remercier la vie, chaque matin, pour chaque nouvelle journée qui s’offre à soi. On considère acquis le fait d’ouvrir les yeux, un jour de plus. Peu de gens mesurent encore la chance qu’ils ont, de voir et ressentir le monde. Saluer la grâce du ciel, ou de quelque autre élément naturel plus ou moins déifié, a quelque chose de désuet, voire de carrément dépassé. Qu’on ait pu le faire à une époque où les progrès de la médecine étaient encore balbutiants, où chaque individu avait au moins survécu à une épidémie, une disette, un conflit ou autre, est logique, mais aujourd’hui, pourquoi le faire ? On n’en comprend plus le sens. Et puis, nous sommes jeunes, trop jeunes pour penser à notre propre entropie. Pourtant, c’est essentiel, et ce, pour plusieurs raisons.

 

Se rappeler que l’on peut tout perdre, du jour au lendemain, permet de mieux s’inscrire dans le présent, sans pour autant redouter l’avenir. C’est quelque chose que j’ai compris plus tard, suite à un accident bénin. Je faisais mon footing, comme cela m’arrive de temps en temps,  quand une voiture a grillé un feu et m’a percutée en plein milieu d’un passage piéton. Je suis tombée sur le coup, me suis relevée, et voyant que je n’avais rien, à peine une égratignure, j’ai repris ma course comme si de rien n’était.

 

Pourtant, et je m’en rends compte à présent, cela a tout changé. Accepter la fragilité et les hasards de l’existence, c’est se préparer une vie heureuse, car consciente de sa propre fin. C’est comme un myope qui, vivant de flous et de troubles, s’autoriserait quelques heures de clarté par jour, pour se rappeler la beauté du monde. Un hédonisme anxieux, permettant de reconsidérer la manière dont nous appréhendons le présent. 

 

 

Pratiquer un memento mori quotidien change chaque évènement vécu, aussi insignifiant soit-il, en une merveilleuse opportunité. Au lieu de saluer de loin une vieille connaissance que l’on croise dans la rue, on lui propose de boire un verre. Au lieu de small-talker avec un oncle ratiocineur, on anime la conversation pour en tirer le meilleur. Au lieu d’annuler un dîner, on s’y rend, et en avance, pour n’en rien rater. La flemme n’est plus permise, car on est trop heureux de pouvoir ne serait-ce que respirer une seconde de plus. Et chaque saveur s’en retrouve décuplée, pourvu que l’on fasse cet effort, celui de remercier le ciel d’exister encore.

 

Et puis, cela change également la manière de vivre l’amour. On ne se prive d’aucune passion. On ne rejette pas l’autre parce qu’on ne se « projette pas avec lui ». Vivre chaque jour pour ce qu’il est, c’est aussi ça, ne pas avoir besoin d’un « projet » commun, de « construire » quoi que ce soit ensemble.

 

Adieu le capitalisme de l’amour et sa vaine quête de « croissance » sentimentale (et matérielle), où l'on cherche sans cesse à passer d’une étape à une étape supposément supérieure… Oubliez le modèle du « on se rencontre, on se dit « je t’aime », on se « fait des cadeaux », on emménage ensemble, on se marie, on fait des enfants, on achète une maison de campagne… ». Un modèle chargé de frustration, pour peu qu’une étape soit sautée ou brûlée ou simplement impossible. En suivant cette nouvelle méthode, on peut se contenter de n’être que deux corps, abandonnés au chaos de l'existence. On ne cherche ni ordre ni direction, on se contente de flotter ou stagner dans un désir commun... et ce n’est ni grave ni douloureux.

 

 

Car il y a des voluptés à considérer la gravité de la perte. Comme le dit la chanson :  « Besame Mucho, como si fuera esta noche la ultima vez… » (embrasse-moi beaucoup, comme si cette nuit était la dernière)… S’il y a quelque chose d’insupportablement romantique dans ces paroles, elle n’en sont pas moins justes. Que chaque baiser soit vécu comme le dernier évite de vivre l’amour rétrospectivement, à travers le manque, en ne considérant que ce que l’on a laissé derrière soi. On se dit que ce qui passe est beau, qu’il soit réactualisé ou non. En amour, les souvenirs sont généralement tristes à la lumière du jour d’après. Ici, n’existe que l’instant.

 

Ainsi, on ose la légèreté d’aimer sans conséquence, simplement parce qu’on aime. On évite chassés croisés et angoisses inutiles. On se demande simplement : « Est-ce que je me sens exister, là, tout de suite, à ses côtés », parce que finalement, rien d’autre ne compte. Au lieu de craindre de perdre l'autre dans un futur plus ou moins proche et que cette angoisse ne devienne paralysante, on est heureux qu'il soit là, à ce moment-là. Et puis, on accepte mieux de passer d'un état à l'autre, de celui d'amis à celui d'amants, par exemple, ou de celui d'amants à celui d'ami. Ce qui échappe devient beau. On lâche prise. On ne cherche plus à tout contrôler, à tout maîtriser, et on s'épargne une vie faite d'attentes. N'existe que ce qui est. Un baiser n'a pas besoin de se reproduire pour être apprécié. Le simple fait qu'il ait existé est heureux en soit. 

 

Alors oui, je le conçois, il y a quelque chose de naïf à se raccrocher à des vanités pour enfin vivre sa vie, et cela n’évite pas les grands chagrins de la vie, mais depuis que je le fais, j’ai l’impression d’être heureuse, véritablement heureuse, et ce sentiment ne me quitte pas.

 

 

Par juliette, 24 ans, adepte du « self help » old school.

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