Mon auto-entreprise ne connait pas la crise ?

Yannis a 24 ans quand il lance son son auto-entreprise. A travers cette tribune il nous livre son expérience, entre grandes illusions et mini naufrages. Une manière de nous mettre en garde contre les écueils à éviter pour devenir free.
12/04/2019

 

En France, 40% des travailleurs se disent insatisfaits de leur travail. Un chiffre qui semble mettre le doigts sur certaines failles d’un modèle vieillissant et infantilisant, celui du salariat classique. Les employés en entreprise accusent un manque de pouvoir décisionnel ainsi qu’un manque d’autonomie et n’ont plus l’impression que leur emploi puisse leur procurer le moindre sentiment d’accomplissement personnel. Une perte de sens vient donc accompagner ce constat morbide.

 

 

Cette lettre ouverte est destinée à ceux et celles qui manquent de courage pour se lancer en solo, aux indécis, à ceux qui n’osent pas sortir des cases dans lesquelles on les a rangés, à ceux qui attendent toujours l’élément déclencheur, le moment le plus opportun pour se lancer.  Je sais de quoi je parle, j’ai été l’un d’eux. Cependant, il y’a tout juste un an, je me suis lancé dans l’entreprenariat, expérience qui peut s’apparenter à un véritable « saut dans le vide ». Pourtant, mon seul regret, c’est de ne pas m’être fait confiance plus tôt.

 

Ce qui m’a poussé à sauter le pas ? L’envie de bousculer l’ordre établi, de sortir des sentiers battus, de dessiner mon propre chemin et surtout, de me sentir utile à la société. L’idée d’un métier vide de sens me donne la chair de poule. Il faut dire que j’ai eu la chance d’avoir rencontré, au cours de mon parcours scolaire des professeurs habités, passionnés, du genre de ceux qui changent une vie, élargissent vos perspectives. Ils ont rendu toute sa noblesse au termes éducation. Je dis « ils », mais c’est plutôt « elles ». L’une enseignait l’SVT et l’autre la Physique Chimie. Des femmes dont j’aimerais remercier l’humanité et l’ouverture d’esprit.

 

 

Moi, les études supérieures m’ont déçu. Une fois quitté le doux cocon du lycée j’ai découvert les désillusions et les échecs de la fac : trois ans passés assis sur un siège à écouter des professeurs dévitalisés. Nous apprenions, certes, mais sans savoir pourquoi. Je n’étais pas bien sûr que c’était là ma voie, que cela me correspondait tout à fait. Alors oui, il serait trop facile d’éprouver de la rancœur ou de l’amertume à l’égard du système éducatif français mais il est dommage que cette impression soit aussi rependue, commune à beaucoup. Suivre des cours à la fac sans objectif précis peut provoquer une perte totale de motivation et nous couper de l’envie d’apprendre, d’apprendre ce qui nous passionne vraiment.

 

Pendant longtemps je me suis accroché à un rêve, celui d’être trader. Un métier rendu désirable en 2008 avec la crise des subprimes. J’y voyais là la figure d’un homme providentiel, nageant dans l’opulence et l’argent, fin psychologue et fin analyste, presque un devin, capable de déterminer les évolutions prochaines de l’économie mondiale. Ainsi, je me suis inscrit en licence d’économie et gestion à la fac (j’ai depuis pris un chemin tout autre). J’ai vite déchanté, surtout lorsque j’ai dû redoubler trois fois ma deuxième année. Je perdais pieds. J’étais trop peu encadré, trop peu écouté… bref, le schéma classique me direz-vous. Quelqu’un aurait pu me repêcher, cependant, mais personne ne s’est donné cette peine. Ainsi, dans un but de gain de temps, je me suis mis en tête de cumuler les stages. Le moyen le plus efficace pour acquérir un peu d’expérience et obtenir plus de valeur sur le marché (oh combien saturé) de l’emploi. Une manière également d’apprendre en faisant et de déterminer quel chemin emprunter à l’avenir. Au cours d’un stage, on teste sa sensibilité, on comprend plus vite ce qu’on aime, ce qu’on aime, on teste ses forces comme ses faiblesses.

 

 

C’est mon premier stage en tant que chargé de communication chez La Bambinerie, entreprise de gardes d’enfants où j’effectuais moi-même des gardes, qui m’a donné vraiment envie de travailler dans la communication. J’avais enfin trouvé ma voie. J’ai donc décidé de m’y consacrer entièrement. Le choix était large : Chargé de communication, relations presse, chargé de projet, rédacteur web... finalement, c'est le métier de RP qui l’a emporté. Un travail passion, que je décidais de faire à plein temps. C’est comme ça que je me suis mis à mon propre compte. Peut-être que l’exemple de mes parents, tous deux autoentrepreneurs, m’a aidé à faire ce choix, mais une chose est sûre, c’était le bon choix. En même temps, qu’aurais-je pu faire d’autre ? Le travail en entreprise ne m’a jamais attiré. Être aux ordres de quelqu’un, subir la hiérarchie (même prétendument horizontale), cela ne me semble que peu propice à l’épanouissement personnel et créatif. De mon côté, je préfère prendre des risques et penser par moi-même, quitte à faire quelques erreurs.

 

Avec mon agence, Interférence Press, un projet voit le jour : mettre en avant mes convictions en choisissant des clients avec de véritables actions fortes (pour la planète ou humanitaires), faire de ma personnalité et de ma joie de vivre une plus-value et surtout faire quelque chose d’utile. J’ai trouvé une raison de me lever le matin, de me mettre au travail, en fondant ma propre agence. J’ai saisi ma chance, hacké mon destin et surtout, je me suis remonté les manches, téméraire et déterminé. L’auto-entreprise, il faut le savoir, est un combat de chaque instant, un match de boxe infini où l’on doit se relever entre deux KOs et se remettre sur le ring, la garde levée. Démarcher les clients, rencontrer rédacteurs et influenceurs, gérer les cafés informels et le off, mettre en avant le travail de créatifs, d’entreprises, n’est pas de tout repos. Cependant, cela m’a permis de devenir ce super-héros, celui qui résout tout en quelques coups de fil (#jesuiscentraledappels).

 

Mais avant d’y arriver, il m’a fallu du temps, apprendre à contourner certains obstacles. J’ai eu la chance d’avoir des amis qui croyaient en moi au moment où je me suis lancé, car se lancer fait très peur. On plonge dans l’inconnu, sans aucune protection (le salariat a cela de bon qu’il garantit vacances, jours off, retraite, chômage, mutuelle…). On l’oublie souvent, mais le statut d’autoentrepreneur est parfois plus précaire que celui de salarié en entreprise. Toutes les charges vous sont déléguées et non payées par un quelconque patron. Néanmoins, aux yeux des autres, je suis privilégié : je voyage beaucoup, je gère mes journées à ma guise, je fais ce qui me plait… Mais devenir son propre patron implique aussi des responsabilités. Ce n’est pas quelque chose à prendre à la légère.

 

 

Si je ne fais pas rentrer de nouveaux clients je ne peux payer mes factures à la fin du mois, et en plus d’obtenir des publications pour mes clients et celui de promouvoir l’agence Interférence Press je dois gérer des questions d’argent. Ainsi, je suis devenu à la fois commercial, RP, communiquant et comptable. Plusieurs casquettes entre lesquelles jongler en permanence… de quoi être sujet à des phases intenses de surmenage. Je ne suis pas non plus à l’abris d’une dépression subite, surtout face à l’injonction omniprésente de la réussite.

 

Cette obligation de réussite forge tout de même la personnalité. On se sent comme un sportif de haut niveau ou un grand joueur de poker. Ne jamais lâcher, être toujours au maximum de ses capacités, s'entraîner régulièrement, ne pas se ménager… Quand on est à son compte, je dirais qu’il ne faut pas avoir peur, peur de se lancer, peur d’entendre des refus, peur de connaître des moments difficiles aussi bien financièrement que psychologiquement, peur de faire un travail sur soi, peur de réussir et d’échouer aussi. La vie est en quelque sorte décuplée lors que l’on devient son propre patron… mais quel plaisir de pouvoir lire sur sa carte de visite ces trois lettres magiques : CEO.

 

Si j’avais un dernier conseil à adresser à celles et ceux qui souhaiteraient se lancer à leur tour, ce serait celui-ci : RENSEIGNEZ-VOUS. On ne se lance pas complètement au hasard dans une telle aventure. Renseignez-vous sur les démarches à suivre pour créer votre statut, sur la forme la plus adaptée à votre futur chiffre d’affaire, sur l’ACCRE (l’aide à la création ou à la reprise d’entreprise), sur l’embauche de potentiels stagiaires. Posez-vous vraiment toutes les questions en amont. Heureusement, il existe des groupes Facebook d’entraide pour vous aider dans toutes vos premières démarches. Une manière de bien démarrer, en ayant déjà toutes les clés et sur des bases solides. Hélas, moi, je n’ai pas eu cette chance, et c’est pour cela que je ne peux que vous conseiller d’être très accompagné et bien entouré au moment de vous lancer. Mais n’ayez crainte, quoi que vous décidiez, cela en vaudra le coup… j’en suis l’exemple même !

 

Par Yannis Soudan, 26 ans, free et heureux !

 

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