Notre Dame ou l'art de sauter sur un prétexte

Mal à l'aise face aux discours un brin too-much autour de l'incendie de Notre Dame, Reuben à voulu sonner les cloches de quelques personnalités qui ont à l'occasion un peu perdu le sens des priorités.
22/04/2019

 

 

Le soir de l’incendie, j’étais devant Notre Dame, triste parce que j’assistais impuissant à l’incinération de notre patrimoine. Une semaine après, les tirades fleurissent sur le sujet mais parler de feu en pleurant ne vous autorise pas à vous prendre pour Phèdre. Dans un pays de drama queens prêtes à sauter sur tout prétexte pour ne pas aborder le plus important, parce que les causes dont on préfère parler ne sont généralement pas les plus problématiques.

 

J’ai donné une cinquantaine de centimes pour Notre Dame, sans faire exprès, en réglant mes courses au Monoprix. Puis j’ai pris le métro et je suis tombé sur un appel aux dons en vidéo, « parce que c’est Notre Dame ». Donc un milliard a été récolté quand 157 millions étaient estimés suffisants pour reconstruire et on continue à multiplier les hommages et les pleurs. Et sur Twitter je tombe sur une citation de Zemmour (pourquoi est-ce qu’on continue à accorder le moindre crédit aux individus ne sachant pas connecter plus de quatre neurones) qui nous sort : « Celui qui n’est pas ému aux larmes devant l’incendie de Notre Dame n’est pas Français. » 

 

Scoop : rien n’est fixe. Un étudiant en philosophie vous expliquerait qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve, car ce qui vous englobe, vous compris, est mouvant. Cet incendie est, d’une part, un excellent rappel : une piqûre d’humilité injectée dans les cerveaux oubliant trop souvent le concept de mortalité. D’autre part, faites que les adorateurs de la réaction exagérée (qui surpeuplent ce pays) s’offusquent pour d’autres causes. Je n’aurai pas l’indécence de comparer une cathédrale qui prend feu et des peuples dans le besoin. Je comprends, évidemment, que l’incendie de Notre Dame soit perçu et vécu comme une tragédie pour beaucoup. Mais lorsqu’on pleure pour une église, on se penche sur les valeurs qu’elle véhicule et la charité est une des premières.

 

Sans parler des familles les plus riches (bonjour, système aristocratique, comment allez-vous?), la mairie de Paris a donné 50 millions d’euros et la région Ile-de-France, 10 millions. On aurait pu en faire bien des choses en somme. Par exemple, tenez : loger et nourrir les plus démunis (c’est une valeur chrétienne, non?) dans ce pays et au-delà de ses frontières.

 

« Nan mais tu comprends c’était du bois de chêne qui n’existe plus »

 

Que celui ou celle qui a déjà, rien qu’une fois dans sa vie, parlé de l’âge du bois composant la charpente de Notre Dame me jette la première pierre. C’est triste, et c’est un fait à souligner, mais ne le hurlez pas non plus quand la dernière fois que vous y avez mis les pieds, c’était lors d’une sortie scolaire en CM2. Notre Dame sera reconstruite, une grande partie des œuvres ont pu être préservées et le lieu évoluera, ce qui renforcera son histoire et donc la nôtre.

 

Rémi Brague qui explique sans la moindre pression qu’il s’agit de “notre onze septembre”; ceux qui qualifient les chœurs de Notre Dame de “réfugiés”, la cellule psychologique activée pour les agents du ministère de la Culture : respirons avant de tout confondre avec indécence. Les hommages dans tous les sens et les dons devenus course d’égos prouvent à nouveau la déconnexion de ceux qu’on appelle « les élites » avec le reste de la population. Décence et humilité auraient dû être les mots d’ordre de notre deuil.

 

 

Reuben Attia

 

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