Paroles de déconfinés

Trois jeunes italiens nous racontent comment ils ont vécu le confinement et nous livrent leurs espoirs, quant au déconfinement... le "monde d'après" les fait-il rêver ?
26/05/2020

 

L’Italie s’est prudemment déconfinée ce lundi 4 mai après cinquante jours de confinement. La «phase 2 », annoncée par le président du conseil italien, Giuseppe Conte, annonce le début d’un retour progressif à la normale tout en respectant des nombreuses restrictions: gestes barrières, port du masque, fermeture des établissements scolaire et limitation des déplacements. Entre retour au foyer familial, cours et partiels en ligne et passer toute la journée loin de ces activités habituelles, les jeunes peuvent parfois mal vivre ce confinement. J’ai ainsi voulu comprendre comment les jeunes italiens ont vécu la période de confinement et comment ils sont entrain de vivre cette nouvelle phase de déconfinement. Y a t-il eu des différences par rapport à l'expérience des jeunes en France? Nous avons interrogé des jeunes et ils nous ont raconté leur quotidien durant cette période si particulière.

 

Alessia, 16 ans, et Sofia, 19 ans, habitent toutes les deux en Vénétie, région du Nord de l’Italie.

 

TWENT : Comment s'est passée la période de confinement pour toi ? Étais-tu seul.e ou en famille? Y a -t-il eu des moments plus difficiles que d'autres?

Alessia : Pendant la période de confinement j’étais avec ma famille composée de mon père, ma mère et ma grand-mere. Pendant quelques semaines on a dû strictement rester à la maison et on ne sortait que pour aller faire les courses, mais depuis le 4 mai le pays est passé dans la phase 2: de nombreux commerces peuvent réouvrir et les personnes peuvent sortir de chez elles plus librement. Dans le pays et aussi dans ma région, la Vénétie, il y a eu un pic très fort de malades et de décès le mois dernier mais heureusement, pour le moment, la situation semble s'améliorer.

Sofia : J’ai respecté le plus strictement possible ce confinement et je ne suis sortie que trois fois de chez moi: pour faire les courses. Je suis en pleine période d’examens et donc j’ai passé mon temps à étudier ce qui m’a permis de ne pas trop ressentir le temps passer et l’ennui. Le plus dur était de ne pas pouvoir voir mon petit ami, c’est vraiment ce qui m’a le plus manqué. Mais je n’ai pas spécialement mal vécu cette période.

 

TWENTY : Un mot pour décrire cette période .

Alessia : Réalité

Sofia : Contrôle. On a l’impression d'être contrôlés tout le temps, pendant la quarantaine on avait peur de sortir et on ressentait une sorte de pression sociale.

 

TWENTY : As-tu fait de nouvelles expériences? (appris des choses ou fait des choses que tu ne faisais pas avant ?)

Alessia : J’ai l’impression d’avoir redécouvert ma maison et je pense que c’est le cas de beaucoup de gens, étant confinés entre quatre murs on fait attention à beaucoup de choses que l’on ne prenait pas le temps de voir auparavant.

Sofia : J’ai recommencé à lire, à passer du temps avec ma famille et je me suis beaucoup intéressée aux cosmétiques naturels et biologiques

 

TWENTY : Y a t-il quelque chose qui te manque dans cette période?

Alessia : Mes amis me manquent et avant le 4 mai sortir de chez moi me manquait beaucoup, heureusement maintenant je peux sortir me promener en conservant les distances de sécurité bien sur.

Sofia : Sortir, surtout avec ce beau temps, manger au restaurant et être tout simplement libre de faire ce que je veux sans aucun contrôle.

 

TWENTY : Que penses-tu de la manière dont le gouvernement a géré la situation dans ton pays?

Alessia : Je pense qu’au début le gouvernement a assez mal géré la situation même si la situation du virus les a assez tôt inquiétés ils ont attendu trop longtemps avant de prendre de fortes mesures au niveau national. Maintenant, je pense qu’ils sont entrain de gérer les événements un peu mieux, même si selon moi l’un des problèmes majeurs est la faible clarté des règles à respecter. On ne comprend pas précisément ce que l’on peut faire ou non.

Sofia : Vue la difficulté de la situation sanitaire, je ne pense pas qu’il y ait une solution que tout le pays auraient pu appliquer. Je pense que du point de vue sanitaire cela a été assez bien géré, les problèmes qu’il y a eu n’étaient pas de la faute du gouvernement national mais plutôt des régions. La question économique aurait peut être pu être mieux gérée mais cette situation de crise économique est présente depuis des dizaines d’années déjà dans le pays, elle n’est pas apparue à cause du virus. Bien sûr je pense qu’on aurait pu faire plus et proposer plus de solutions mais par rapport au caractère inédit de l'événement cela a été bien géré.

 

TWENTY : Qu'attends-tu de l'après confinement? Es-tu optimiste pour l'avenir? As.tu des appréhensions par rapport à demain?

Alessia : Je m’attends à ce que de nombreuses personnes deviennent moins pueriles mais je me doute qu’une fois que l’on aura tous repris nos habitudes quotidiennes tout redeviendra comme avant et peut être même pire. En ce moment l'économie italienne connaît une forte crise et je pense qu’une fois le déconfinement complètement levé ce sera inévitable de tout recommencer avec des cadences supérieures à celles auxquelles on était habitués.

Sofia : Je ne suis pas très positive, il y aura beaucoup plus de contrôles et de limitations. Et je suis assez inquiète pour les emplois et un possible crise à venir.

 

TWENTY : Est-ce que tu as ressenti un manque (amour, sexe, contacts, conversations, fêtes, amis, etc...)... Est-ce que tu penses que cela aura un impact sur toi et ta manière d'envisager les choses à l'avenir ? )

Alessia : Mes amis me manquent beaucoup; une fois que l’on pourra se revoir tous ensemble je pense que je me prendrai moins la tête avec mes choix et actions, cette période m’a aidée à proportionner ma vie par rapport au reste du monde.

 

TWENTY: Est-ce que tu penses que deux mois de confinement vont avoir un impact sur nos rapports avec les autres, notre façon d'être ensemble, de nous voir, d'interagir, d'aimer ?

Sofia : J’espère que l’on saura mieux profiter du moment présent et de ses proches. 

 

Vera, 20 ans, Milan. Etudiante à Paris, elle s’est retrouvée face à une situation compliquée lorsque le confinement a été annoncé.

 

TWENTY : Comment s'est passée la période de confinement pour toi ? Étais-tu seul.e ou en famille? Y a -t-il eu des moments plus difficiles que d'autres?

Vera : Le plus dur a surement été le début de la phase de confinement où je ne savais pas bien que faire, rester dans mon petit studio étudiant parisien ou rentrer chez moi en Italie? En Italie le confinement a été prononcé une semaine plus tôt par rapport à la France et alors que mes amis et ma famille en Italie étaient confinés je continuais d’aller à la fac et de vivre comme toujours à Paris. Mes parents m’ont suggéré de rentrer voyant la situation à Milan. Lorsque le confinement a été annoncé en France, j’ai commencé à chercher un moyen de rentrer; je n'arrêtais pas d'acheter des billets d’avion ou de train mais ils étaient sans cesse annulés le soir même. Au bout de deux semaines j’ai réussi à prendre un avion de rapatriement de l’ambassade italienne. Ce retour rocambolesque et les cours de l’université qui continuaient ont rendu ces quelques semaines très stressantes.

 

TWENTY : As-tu fait de nouvelles expériences?

Vera : Je n’ai pas eu de nouvelles experiences mais j’ai pu me dédier à des activités que je parfois je négligeais. J’ai arrêté d’acheter des plats déjà prêts chez Picard et j’ai commencé à cuisiner maison. J’ai également recommencé à lire des romans pour mon intérêt personnel et pas seulement pour les cours. Étant revenue chez mes parents j’ai recommencé à faire des activités que je ne pouvais faire qu’en période de vacances, comme jouer aux cartes avec ma mère et passer des weekends entiers devant des séries avec ma soeur.

 

TWENTY : Y a t-il quelque chose qui te manque dans cette période?

Vera : Ce qui me manque le plus est mon quotidien: aller boir un café avec des amis, essayer de nouveaux restaurants, aller au musée le dimanche ou tout simplement être parmi mes semblables. Je n’aurais jamais cru le dire mais même aller à la fac me manque!

 

TWENTY : Que penses-tu de la manière dont le gouvernement a géré la situation dans ton pays?

Vera : Je pense que le gouvernement a géré la situation assez bien en prenant assez rapidement des mesures pour limiter la propagation du virus. C'était l’un des premiers pays en Europe à fermer les frontières. Malheureusement cela n’a pas empêché l’Italie d'être un des pays les plus touchés, peut-être à cause de la sociabilité (OU du lien social) qui caractérise les italiens et les contacts qu’ils ont avec les aînés. En effet les familles vont souvent rendre visite aux grands parents et beaucoup vivent même avec eux.

 

TWENTY : Que vas-tu faire lorsque tout cela sera fini?

Vera : J'espère voyager et aller à la mer avec mes amis.

 

TWENTY : Est-ce que ton rapport au virtuel a évolué ? Tu as fait une overdose d’internet ?

Vera : Au début du confinement je passais toute la journée devant mon téléphone, mais peu à peu j’ai réussi à diminuer les heures passées sur internet. Malheureusement trouver un équilibre en suivant des cours à distance sur ordinateur, accumulé au fait de ne pas sortir pour se changer les idées, est assez difficile.

 

TWENTY : Est-ce que tu as senti un manque (amis, contacts, conversations, fêtes, amis, etc...)... Est-ce que tu penses que cela aura un impact sur toi et ta manière d'envisager les choses à l'avenir ?

Vera : J’ai senti le manque de la vie d'étudiante que je mène depuis deux ans. Je vis seule à Paris et je suis donc retournée auprès de ma famille à Milan et ce retour m’a paru être un retour dans le temps. Mais malgré ces manques, je pense que le confinement m’a changée en mieux, il m’a fait apprécier de nombreuses chose que je tenait pour acquises.

 

À travers ces échanges, nous avons pu constater que le ressenti des jeunes en Italie oscille entre inquiétude pour l’avenir et espoir d’un changement vers plus de solidarité. Ces déclarations témoignent d’une certaine redécouverte de soi et de la valeur des rapports humains pendant la période de confinement. Les avis sur la gestion de la crise et sur l’avenir semblent partagés, mais tous s’accordent à dire que cette période doit être le moteur d’un changement des mentalités et de nos habitudes de vie et de consommation en mieux.

 

 

Par Sarah Toson, 19 ans.

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