Tout Plaquer #3 : Un trek dans l’Himalaya

Ecole de commerce et stages prestigieux, Côme et Georges n'en veulent plus. Twenty s'est engagé à suivre les deux amis dans leur quête de sens, pour vous partager leurs craintes et leurs illuminations.
29/01/2019

 

 

Comment commencer du bon pied un voyage au long cours dans huit pays d’Asie et d’Amérique latine ? Deux grandes options s’offraient à nous. D’un côté, l’option "Acclimatation" : débuter comme touriste, puis basculer vers des expériences authentiques. De l’autre, l’option "Immersion totale" : foncer dans la première yourte mongole ! Que choisir ? Il paraît que le voyage, c’est avant tout des rencontres, des échanges avec les locaux…

 

Effrayé par la perspective d’en apprendre trop vite trop tôt, et surtout désireux d’un SAS de décompression post-parisien, on a plutôt décidé de partir en trek sur les sentiers de la haute montagne népalaise - dont la densité de population est assurée par le seul yéti, si j’ai bien lu Tintin au Tibet. Pour une semaine, le programme a été de parcourir le balcon des Annapurna, qui offre une vue imprenable sur des sommets de 8000m d’altitude.

Mais était-ce une bonne idée d’attaquer un périple de 200 jours par une telle épreuve ? Le trek des Annapurna est un défi physique, pour qui ne va pas randonner tous les quatre matins : descente comme montée exigent tonus et mental ! Tout au long du trek, j’observe un rythme réglé : je me concentre d’abord sur mes pieds, qui suivent la trace de notre guide Ramesh, puis sur mon souffle, et enfin sur mes sacs pour mon équilibre.

 

 

Il y a l’effort, bien sûr, mais aussi le réconfort, qui est spartiate : les lodges - refuges de haute montagne - ne sont pas chauffés, leurs murs sont en tôle et les lits sont des planches de bois. Serait-ce alors la soupe à la grimace ? Pas vraiment ! Dans une telle situation d’inconfort, ou plutôt éloignée du confort ordinaire, on apprend à renouer avec des plaisirs élémentaires : se reposer, observer, manger, faire une pause au bord d’un sentier…

 

Ces plaisirs sont une chose, mais la fatigue est en tout cas bien au rendez-vous, au point qu’on doit se coucher peu après 20h, fourbus.

 

Ce choix du trek interroge. Peut-on vraiment se permettre de commencer notre voyage sur les rotules ? Est-il judicieux de s’épuiser dès les premiers kilomètres d’un marathon mondial, de surcroît sans grand contact avec des locaux ?

 

En rupture avec le train-train parisien où j’évite le regard de mon voisin de métro, j’avais besoin de souffle, d’horizon et de regard au loin - que cela se paie d’efforts est la moindre des choses. L’Himalaya s’avère propice à cette prise d’ampleur, car le spectacle de la nature à portée de main, sans être gagné d’avance : le grandiose des paysages se révèle peu à peu, au fil de la marche. On passe d’une colline à une majestueuse vallée, puis ce sont les sommets – Annapurna I, Annapurna Sud - qui se dévoilent en un jeu du chat et de la souris. Ils ne quitteront leurs nuages qu’au coucher du soleil, alors que nous sommes frigorifiés sur un sommet à 3200m, manquant de nous faire croire qu’on ne verrait jamais leur cime enneigée. On éprouve alors une forme de gratitude pour ces paysages, proportionnelle aux heures de marche accumulées.

 

Si ce trek était opportun, c’est ainsi qu’il était plus impressionnant qu’éprouvant : le « Wow » l’emporte à plate couture sur les « Pff » haletants ! Ce qui m’impressionne, c’est l’échelle hors norme des vallées et sommets. Si la jungle urbaine de New York m’a enthousiasmé, le grandiose de la montagne népalaise laisse sans voix : chaque flan de colline strié par des terrasses est une masse énorme, qui me semble grande comme le Puy de Dôme, et dans chaque Annapurna j’imagine deux honnêtes Mont Blanc franchouillards.

 

 

Ultimement, l’absence d’échange avec la culture locale ne pose pas réellement problème. Notre marche a en effet le mérite de me placer dans les meilleures dispositions pour le voyage et des rencontres futures – et non plus en porte-à-faux entre un métro et le périphérique. Face à ces sommets, une réflexion heureuse : nulle voiture ne m’a déposé au cœur du massif, j’y suis par mes propres moyens. Je songe alors à l’étape d’après le trek, l’alpinisme : j’en lis quelques récits trépidants où des expéditions luttent contre froid et vents glacés, à 7000m. Je finis par me dire que c’est bien en marchant, loin des villes et pas trop près des cimes, que j’épouse le plus proprement ma condition humaine. Derrière cette grande expression, il y a le sentiment simple d’être à ma juste place dans la nature, reconnaissant vis-à-vis d’une montagne qui me dépasse et m’accueille à la fois. Me voilà bien déconnecté, non pas victime de FOMO (Fear Of Missing Out), cette angoisse de louper la moindre notif de son téléphone, mais plutôt disponible, reconnecté aux élémentaires de la vie. Il s’en dégage un sentiment d’existence rare et appréciable, de quoi lancer 6 mois de voyage avec disponibilité, présence et joie : la montagne a accouché d’un sourire.

 

Par Georges 

Et pour suivre les aventures des deux amis, c'est aussi sur leur page FB  https://www.facebook.com/ToutPlaquerPourLesNuls/

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