Tout plaquer #4 : "Mettre son cerveau en mode avion"

Ecole de commerce et stages prestigieux, Côme et Georges n'en veulent plus. Twenty s'est engagé à suivre les deux amis dans leur quête de sens, pour vous partager leurs craintes et leurs illuminations.
07/02/2019

 

Honnêtement, marcher plus de 6 heures par jour et dormir dans des pensions mal isolées quand il fait -5°, ça me tentait bof. Mais ça faisait définitivement partie des fantasmes du "tout plaquer", donc let's go. Nous choisissons le trek du Balcon des Annapurnas, d'une durée de 4 jours. Peu impressionnant, mais à notre niveau. Notre guide Ramesh est sympathique mais ni bavard ni attentionné (me laissant  par exemple assis sur un pot de peinture dans le bus alors qu'il était confortablement assis dans un fauteuil). Finalement, ça nous va très bien, face à de tels paysages, on a souvent besoin de calme pour réfléchir. 

 

Depuis des mois, je n'arrive pas à choisir quel cursus suivre pour ma dernière année d'études : la classique "qu'est-ce que je veux faire dans la vie ?" ne trouve pas de réponse, des dizaines d'influences contradictoires m'assaillant au moment d'y réfléchir. Pour ne citer qu'elles : mes expériences passées, les conseils des amis, le jugement social, le salaire, la sécurité... Bref, jamais je ne parviens pas à retrouver mon intuition, ça me bouffe, et j'espère secrètement la retrouver pendant ce trek.

 

En cette basse saison, nous sommes seuls au monde, et le silence nous perce en plein coeur. Pour un bavard comme moi, ne pas commenter la moindre des choses que je vois est une nouveauté, mais face à des monuments de 7000 à 8000 mètres de hauteur, mon mètre 72 préfère contempler. On grimpe, on descend, on traverse des villages, des forêts, en ressentant toujours la majesté de l'Himalaya, là, à quelques kilomètres. Et au bout d'un moment, j'ai l'impression de ne plus rien comprendre, de ne plus rien analyser. Je ne pense à rien, à part à mettre un pied devant l'autre. Mon esprit fonctionne en autonomie, en circuit fermé. ça fait très longtemps que ça ne m'est pas arrivé (malgré mes séances quotidiennes de méditation face au soleil levant - il faudrait peut-être déjà que j'apprenne à me mettre en tailleur avant de me prendre pour un moine bouddhiste). Et ça fait du bien.

 

 

Je comprends, maintenant : mon cerveau a activé le mode avion. Il ne reçoit rien, il n'émet rien. Ce mode avion est perturbant, mais comme on le sait, il a ses avantages. 

Premièrement, on n'est dérangé par personne. Pas la moindre conversation influençant son humeur, pas la moindre notification flattant son ego, ou la moindre alerte actualité détournant son attention de ses propres breaking news. Non, rien ne peut vous détourner de vous-mêmes

Deuxièmement, on ne peut plus solliciter l'aide de personne. Pas de conseil amical, pas de réponse immédiate à chaque question et surtout pas moyen de distraction pour éviter de réfléchir. Pour s'occuper, on parcourt les photos souvenirs, on repasse les musiques sauvegardées, celles qu'on a tant écoutées, qu'on avait fini par user et oublier. Bref, pour ne pas s'ennuyer, on replonge à l'intérieur de soi-même, et on se découvre à nouveau.

Et troisièmement,  sans toutes ces sollicitations, on économise ses batteries, ce qui est bien utile quand on grimpe de 1500 mètres en une journée. 

 

Les réflexions s'enchaînent librement dans mon esprit. Parmi les montagnes, en mode avion, je chasse les pensées parasites, je m'écoute. Et je suis incapable de savoir à quoi je pense.

Vous la connaissez, cette impression, quand on sort du mode avion. On ressent cette petite excitation, on se demande si des choses se sont produites dans le monde, si l'on a reçu des nouvelles. Mais on est aussi satisfait d'avoir oublié toutes ces superficialités pendant quelques heures, de s'être créé son propre chemin de réflexion.

Quand je sors du mode avion, je réalise que mon cerveau a déjà choisi ce que je ferai l'année prochaine. Seul. Waouh.

 

Les moments où vous êtes embrouillés, passez en mode avion.

Pour votre téléphone, déverouillez, allez dans Réglages et sélectionnez.

Pour votre cerveau, faites votre sac à dos, enfilez vos chaussures et marchez.

 

Par Côme Laroze 

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