Tout plaquer #6 : on est les champions

Ecole de commerce et stages prestigieux, Côme et Georges n'en veulent plus. Twenty s'est engagé à suivre les deux amis dans leur quête de sens, pour vous partager leurs craintes et leurs illuminations.
22/02/2019

 

Ode à la Coupe du Monde - Benjamin Pavard, même au Népal vous le connaissez 

 

Parmi tout ce que partagent les être humains (le rire, l'amour, le sens de la famille...), un point commun ne cesse de m'impressionner : le football. Dans notre école primaire de Saping, au fin fond du Népal, à chaque pause, les enfants se ruent vers le ballon. Est-ce dû au peu de matériel et de règles ? Sans doute. Est-ce aussi la compétition qui éveille l'intérêt ? Sûrement. Je suppose même qu' travers des événements comme la Coupe du Monde, c'est notre instinct grégaire qui ressurgit. A quel autre moment peut-on afficher sa part de xénophobie et être applaudi à chaque "quels fourbes, ces anglais", les Italiens, c'est dans leur nature de tricher", ou "rentre dans ta loge, sale portos" ? Et ça fait parfois du bien d'être un con.

 

Bref, le foot est universel, je ne vous apprends rien. Mais ce qui me fascine, depuis le début de ce voyage, c'est qu'en plus de tous y jouer, tous en parlent. Dans l'Annapurna, notre guide Ramesh, peu bavard sur les coutumes du Népal, s'est montré intarissable sur le sujet, une bonne heure durant. Nos enfants nous crient "Mbappéééé" à longueur de journée (Mon pauvre Ronaldo, t'es has been). Même les moins intéressés savent que la France a gagné.

 

 

Un soir, avec le fils de du directeur, un népalais de 17 ans du nom d'Uzzwal, le sujet "Coupe du Monde" émerge et la discussion s'anime chaleureusement. On se remémore l'élimination prématurée de l'Allemagne, le parcours héroïque du Japon. On parle de la finale, bien sûr, de Griezmann, de Kanté. Puis Georges murmure à Uzzwal un "And do you know Pavard ?", peu convaincu de ses chances de succès. Réponse de l'intéressé : "PAVAAARD, Yeees, he scored this amazing goal against Argentina !!". Le jeune homme nous ressort toute l'histoire, on est menés 2-1 par l'Argentiine, Hernandez centre, Pavard sort une reprise au fameux "Second Poteau". Et soudain, je réalise le merveilleux de cette situation. On a vécu exactement le même instant que ce jeune Népalais, avec qui l'on n'a rien en commun. Au même moment, à des milliers de kilomètres, on a vu cette "frappe de bâtard" transpercer les filets, au même moment on a crié "waouuuh", au même moment on a vibré sur le ralenti de son enroulé. Et aujourd'hui on a les mêmes souvenirs. Magique.

 

 

C'est l'instant que choisit notre co-volontaire pour nous sortir la loghorrée habituelle sur le football qui paie des millions à taper dans un ballon, et qu'au lieu d'investir dans des stades, les Etats feraient mieux de financer l'éducation. Ce discours, je l'ai entendu des milliers de fois. D'habitude, je suis assez neutre : évidemment que je suis choqué par les salaires indécents des joueurs, mais d'un autre côté, Mbappé apporte à beaucoup de secteurs, paie ses impôts en France, ne vole son salaire à personne. Donc généralement, quand ça débat là-dessus, je me tais. Mais pas cette fois. Car j'ai la preuve devant moi que la Coupe du Monde crée du lien entre des centaines de millions de personnes, qui n'ont ni les mêmes vies ni les mêmes convictions. Partout où je vais, quand je dis que je viens de France, chacun a quelque chose à dire sur mon pays grâce à cette compétition. Souvent, les échanges ne vont pas plus loin, et cela suffit à donner le sourire. Mais parfois, avoir des connaissances et souvenirs en commun ouvre la discussion, crée de la confiance. C'est ce qui se produit juste après avec Uzzwal. On commence par parler de la ferveur populaire, puis de nos passions, et sans savoir comment, la discussion glisse sur nos ambitions, nos doutes, les barrières sociales de nos pays respectifs, moi de mes petits problèmes de riche, lui du système de castes qui l'empêche de fréquenter qui il veut. On ne se juge pas, on s'écoute : on est deux humains, avec deux bras, deux jambes, et qui ont gravé dans leur mémoire le second poteau de Pavard.

 

Les joueurs peuvent être payés ce qu'ils veulent, l'industrie footballistique peut se faire des milliards pendant la Coupe du Monde - je m'en contrefous, tant qu'ils continuent, même des mois après la compétition, à créer de la discussion.

 

Par Georges 

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