Twenty défi : on a fait lire des journaux papier à des jeunes.

Peu à peu désertée, la presse papier peut-elle encore emballer les plus jeunes d'entre nous ? C'est ce que nous sommes allés vérifier en demandant à plusieurs représentants de la génération Twenty de se plonger dans ces médias "old school".
12/10/2018

 

 

 

On a entendu au moins une fois dans notre (courte) existence ce cliché : « Les jeunes sont fainéants ». Il y a également ses dérivées « Les jeunes ne veulent rien faire » ou encore « Les jeunes ont tout le temps la flemme ». Qu’en est-il de la lecture de médias « old school » ? À l’heure de la défiance généralisée envers les médias et dans un contexte où l’on peut  désormais s’informer en quelques clics, lire la presse papier est-il has been ?

 

Pour pouvoir répondre à cette question, j’ai demandé à plusieurs jeunes personnes de mon entourage, qui ont l’habitude de s’informer sur Internet, d’acheter et de lire des journaux et magazines en version papier pour me faire un compte-rendu. Je dois avouer que la tâche n’a pas été de tout repos puisque très peu ont accepté de jouer le jeu. Certains par « manque de temps », d’autres par « flemme » et je précise que deux personnes que j’ai contactées ont répondu ainsi à ma demande : « Qui lit encore les journaux ? » et « Pourquoi me faire chier à lire les journaux quand c’est le même bullshit que sur internet ? » Vous l'aurez compris, ce n’était pas gagné et pourtant j’ai eu des témoignages plutôt intéressants.

 

« J’en ai marre que l’on dise que les jeunes sont des flemmards incultes. »
 

 

Sophia, 19 ans, étudiante en première année de licence en Langues étrangères appliquées, en a assez des clichés. Quand je lui explique ma démarche, elle me répond qu’elle ne lit pas tous les jours les journaux papier et qu’elle s’informe en majeure partie sur internet. Erwan, 23 ans, également étudiant, a accepté de se plier à ma petite expérience. Pour lui, aucune différence entre presse papier et presse numérique. « C’est la même chose en gratuit et je ne me sens pas moins bien informé en lisant les versions numériques des journaux. Au contraire, en ouvrant simplement mon ordinateur ou mon téléphone, je peux comparer plusieurs articles sur le même sujet et tout ça sans débourser un centime. » Alors, la presse papier has been pour une question d’argent ? « Pas du tout, je pense que c’est juste plus pratique de lire la presse sur internet. Ça t’évite de t’encombrer et surtout tu gaspilles moins de papier », m’explique Safa, 22 ans et étudiante en communication. Elle ajoute : « Il faut vivre avec son temps, je ne dénigre par la presse papier, je suis moi-même étudiante en communication et j’aimerais devenir journaliste mais je pense que l’avenir est sur internet. Il faut s’avoir s’aligner avec les évolutions de nos sociétés. »

 

 

La presse en ligne OK mais de plus en plus de médias font en sorte que seuls quelques articles soient disponibles gratuitement pour pousser les lecteurs à s’abonner. S’abonner sur internet quand les ventes papiers ne marchent plus. La pub ne finance pas tout, même si elle peut aider. Sophia achète au moins une fois par semaine un journal papier. « J’aime bien Le Monde, je trouve que c’est assez neutre et très sérieux. Je l’achète parfois en version papier et le reste du temps je lis les articles sur internet surtout depuis que je m’y suis abonnée. » Le coût ? « Un peu moins de dix euros. » Je lui demande si elle trouve ça cher pour un maigre budget d’étudiante. « C’est vrai que ce n’est pas non plus donné mais bon dix euros, tu les dépenses sans t’en rendre compte en même pas quelques heures alors autant que mon argent aille dans quelque chose qui me soit vraiment utile. »

 

« C’est chiant. »
 

Trop d’infos, trop de médias, trop d’articles « putaclic », trop de fake news, voici les observations qui reviennent le plus souvent. Pablo, 24 ans et artiste, insiste « C’est chiant d’être tout le temps sollicité. J’ai l’impression qu’on veut nous bourrer le crâne et parfois je sature alors je me fais une petite cure de désintoxication et j’achète des journaux papier. Là au moins je lis quand j’en ai envie sans qu’on m’envoie des notifications à chaque seconde. Le seul souci, c’est que c’est long et j’avoue ne jamais avoir fini de lire un journal en entier. Je pense même que c’est impossible, à moins de ne rien faire d’autre et de lire du matin jusqu’au soir. C’est indigeste, tu commences à somnoler au bout du troisième article… » Nadia, 24 ans et étudiante en compta, me confie, entre autres, après avoir lu Le Parisien « Il y avait 14 pages dédiées au sport et aux loisirs et je trouve que c’est trop, si j’ai envie de lire autant sur le sport j’achète l’Équipe. Je trouve que les infos sont redondantes et qu’avec internet, on est déjà au courant de tout la veille donc pourquoi aller acheter le journal papier chaque jour si son contenu ne m’apporte rien de plus ? » À titre comparatif, elle m’informe également avoir lu Le Figaro et son observation est sans appel : « La version papier est clairement mieux que celle disponible sur internet. C’est vraiment bien écrit et on sent qu’il y a eu un travail de fond. À plusieurs reprises quand je lis des articles sur le site, je trouve des fautes d’orthographe ou bien des mots qui manquent et je pense que c’est parce qu’ils vont trop vite. On ne leur laisse pas le temps de faire leur travail correctement. Ils doivent pondre des articles et assouvir la soif d’information des lecteurs sans que la qualité soit toujours au rendez-vous. C’est dommage. » Safa ajoute qu’aujourd’hui « On n’a plus besoin d’aller chercher l’information, c’est elle qui vient à nous sans même qu’on ne demande quoi que ce soit. On est dans un monde hyper-connecté. Tout va très vite donc il faut suivre tout au long de la journée les notifications sinon on perd vite le fil et on passe à côté d’une information qui peut être capitale. »

 

 

Twitter, un distributeur de news ?
 

Cette génération de « jeunes » entre 15 et 24 ans porte plusieurs surnoms : Millennials, génération de l’écran et de l’image, générations Y, digital natives ou encore génération du « tout, tout de suite. » Les appellations ne manquent pas et il est légitime de se demander quelle est la place des réseaux sociaux dans la consommation d’informations puisqu’il va sans dire qu’internet est l’une des raisons du déclin de la presse papier. Selon l’édition 2016 de l’étude Junior Connect’, 77 % des 13-19 ans possèdent un smartphone et selon une étude de l’IPSOS datant aussi de 2016, 84% des 15-24 ans pensent que les nouvelles technologies rendent la vie plus facile. Sami, 24 ans et à la recherche d’un emploi, n’a aucun souci à dire qu’il s’informe en majeure partie sur Twitter. « Sur Twitter, j’informe en retweetant et je m’informe en m’abonnant aux comptes de mes journaux et magazines préférés. » Nora, 22 ans, étudiante en pharmacie, m’avoue avoir « la flemme » de lire les journaux papier. Elle a l’habitude de s’informer sur Facebook mais tire la sonnette d’alarme sur le fait que les fake news pullulent et qu’il faut être très vigilant quitte à aller vérifier après avoir lu une info sur le site de Mark Zuckerberg. Elle a voulu se prêter au jeu mais a préféré acheter un magazine, chose qu’elle n’a absolument pas l’habitude de faire. Son choix s’est arrêté sur Society. Pourquoi ? « Parce que c’est un quinzomadaire et que je suis pour les magazines qui laissent le temps à leurs lecteurs de lire toutes les pages et de digérer les infos. » Surprise, elle a fini de le lire en à peine deux jours. Ce qu’elle a apprécié ? L’info décalée et la diversité des sujets qui ne sont pas traités ailleurs. Verdict ? Elle le rachètera de temps en temps quand les sujets en une lui donneront envie. L’envie de lire et le temps, voilà ce qu’il manque à certains et ce qui les motive à se tourner vers internet où les articles sont souvent plus courts et parfois gratuits. Léo, 18 ans et fraîchement bachelier, ne lit pas la presse papier sauf de temps à autres. Par exemple, quand le magazine Ebdo est sorti il a demandé des sous à ses parents pour pouvoir se procurer le premier numéro. « Je trouve ça bien que de nouveaux magazines voient le jour et c’est encore mieux quand ils proposent une offre différente de ce qui existe déjà. » N’oublions pas que Ebdo était un cas atypique, l’absence de publicités au sein de ses pages ainsi que les lecteurs qui n’étaient pas au rendez-vous, ont entrainé la fin qu’on lui connait…

 

 

Propos recueillis par Kahina BOUDJIDJ, 23 ans.

 

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