« L’aventure » : NACH se met à nu

Rencontre avec NACH, qui vient de publier le 24 mai dernier « L’aventure », un album simple et universel qui raconte progressivement les étapes auxquelles chacun de nous est confronté tout au long de sa vie.
25/05/2019

 

 

 

Le 24 mai, Anna Chedid, dite NACH, sort son album « L’aventure ». Cet album doux et profondément authentique retrace le parcours et la vie d’une femme, de ses 10 à 80 ans. Entre « Allô », « Joe », ou « Dans les yeux de ma mère », NACH livre un album épuré, introspectif et à la fois très universel. Elle-même parle d’une musique « cinématographique », où la simplicité des instruments et la force de la voix s’entremêlent. Mais « L’aventure », c’est aussi l’histoire d’un retour à la nature, d’un retour à soi que prône l’artiste à travers son engagement quotidien et son association « La Voix Verte ».

Par une après-midi ensoleillée, on a parlé musique, liberté, féminité, et même écologie.

 

 

Twenty : Ton court-métrage, c’est l’aventure d’une vie, d’une femme. Comment est venue l’idée de cette création en parallèle de l’album ?

Nach : « L’aventure » parle vraiment de plein de petites étapes qui se succèdent et qui forment cette grande aventure qu’est la vie. Déjà, je voulais vraiment que mon album soit assez pop/orchestral, qu’il y ait un aspect cinématographique dans les arrangements. Alors, je me suis dit qu’il fallait que j’arrive à illustrer cet album d’un point de cinématographique. Comme « L’aventure » raconte vraiment l’histoire d’une vie, je voulais essayer de trouver trois morceaux qui représentent trois âges différents pour les mettre ensemble et raconter une existence, en tout cas quelques moments d’une existence. C’est là que j’ai écrit ce court-métrage qui relate trois âges. Ce qui m’intéressait aussi, c’était de voir les événements qui se répètent et qui arrivent à 10, à 30, à 80 ans et qui n’ont pas du tout le même impact.

 

« L’aventure », c’est aussi le changement d’une femme au cours de sa vie, est-ce que c’est autobiographique ?

L’enfance, clairement oui. « Moi tout à toi », c’est moi. J’étais exactement comme ça, hyper timide, très inadaptée socialement. Et en même temps, dans ma chambre j’étais Madonna. « Allô », ça raconte l’histoire d’une femme qui perd son homme. Ça, je ne l’ai pas vécu, mais j’ai vécu la perte d’un être cher, et c’est ce que je raconte aussi. Pour parler de la vie, pour qu’il y ait ce souffle si particulier, je pense qu’il faut que je parle de la mort. Et puis, c’est aussi l’histoire du passage à l’âge adulte, c’est le moment de nos premières confrontations à la mort. Je voulais vraiment symboliser ce morceau comme une vie à part entière. La fin du court-métrage par contre, c’est plus un fantasme que j’ai réalisé : je rêve d’être cette femme apaisée, belle, digne. Et puis, cette femme me fait beaucoup penser à ma grand-mère, donc forcément, il y a un peu de moi partout.

 

C’est quoi être une femme pour toi aujourd’hui ?

Ce que devrait être une femme dans le monde en 2019, c’est être libre. Être profondément libre, ne pas se sentir dans cette place de femme dans laquelle on nous met. Les êtres humains ont tendance à s’amoindrir les uns les autres, et c’est d’une tristesse absolue. Pour moi, être une femme, c’est la liberté. Et « l’aventure », ça parle aussi des choix qu’on fait dans notre vie : être seul, être avec quelqu’un, être engagé pour les autres et pour soi. Être une femme, c’est être libre et avoir le choix.

 

Tu te sens libre ?

ll y a des moments où non, je ne me sens pas libre. Parfois, quand je me fais regarder avec insistance ou draguer salement, je me sens mal. Ça me rappelle que le regard des autres peut être pesant. Alors, certes, ça m’atteint de moins en moins, mais je me demande quand même comment c’est encore possible. Ce sont des choses qui me bouleversent et qui m’enragent vraiment.

Dans cet album, on ressent une envie de retour à la nature et à l’authentique. Tu es très engagée dans le combat écologique, tu peux nous en parler ?

Je suis partie de Paris il y a deux ans pour aller à la campagne. J’avais envie de casser le décor autour de moi et de voir l’horizon. J’ai acheté une maison entourée de champs, et je me suis rendue compte de la réalité de la culture massive hyper chimique, de l’abondance des pesticides, de comment la nature est traitée. J’ai envie d’être mère un jour et il est hors de question que mon enfant vive là-dedans. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire, donc je suis allée voir les agriculteurs. Au début, ça a été un peu difficile, mais quand ils ont vu que j’étais pacifiste et que je voulais juste aider et comprendre, ils ont été coopératifs. J’ai monté mon association « La Voix Verte », et avec la mairie on a décidé de monter un festival qui mêle la culture de la terre et la culture artistique. On va monter un tiers-lieux dans mon village avec un jardin en permaculture, des concerts, des expos, des ateliers zéro déchet, slow cosmétique, et on va tous essayer d’aider des agriculteurs locaux qui souhaitent abandonner les produits chimiques. Le tiers-lieux ouvrira en 2020 et sera permanent. L’objectif, c’est que tous les ans, le festival nous permette d’attirer des gens et de faire perdurer le tiers-lieux.

 

Selon toi, l’homme doit changer son rapport à la nature ?

Pour moi l’homme doit changer sa relation à la nature mais aussi à lui-même. La spiritualité, ça passe par tout, parce que le rapport qu’on a à la nature, c’est le même qu’on a à nous et à l’autre. Se rapprocher de la terre, c’est se rapprocher de nous, de notre nature, des choses belles qui font partie de nous tous.

Tu ressens ta musique comme quelque chose d’introspectif ?

« L’ aventure », c’est oser être soi. Aujourd’hui ce que je veux, c’est devenir ce que je suis. Je me dis qu’il faut essayer de se délester de tout ce qui nous appartient pas, de nos croyances, notre éducation, de ce que la société nous dit : qu’il faut être la plus belle, la plus intelligente, la plus riche. Il faut essayer de jeter tout ça, de se rassembler et de montrer ses imperfections. Sur ma pochette, je n’ai pas d’artifices, je suis en noir et blanc, je me mets à nu. Même mes concerts, c’est piano voix, parce que j’ai envie de prôner cette imperfection, pas de la cacher.

 

La chanson qui m’a le plus marquée, c’est « Dans les yeux de ma mère » : on pense forcément à celle d’Arno (« Les yeux de ma mère »). Est-ce que les artistes de la scène francophone t’inspirent ?

Je ne connaissais pas cette chanson avant, mais je l’ai écoutée après, quand plusieurs personnes m’ont dit que ça leur y avait fait penser, et elle est incroyablement belle. En fait, je n’écoute pas énormément de chansons françaises. J’écoute beaucoup d’instrumental, de classique (Debussy, Callas). J’adore écouter Stevie Wonder, James Brown, Nina Simone, Billy Holliday : le jazz, la soul, ce sont des musiques qui me touchent. Après, j’ai aussi écouté Camille, les Rita Mitsouko, Véronique Sanson. Et puis, dans la scène actuelle, il y a des morceaux que je trouve magnifiques chez Juliette Armanet ou encore Clara Luciani. Mais dans l’absolu, je suis plutôt old school.

 

Ton album est sorti le 24 mai, comment tu aimerais qu’il soit perçu et reçu ?

J’aimerais que les gens ressentent la sincérité et l’universalité que j’ai essayé d’y mettre. « Dans les yeux de ma mère » est le morceau le plus intime que j’ai écrit de ma vie, et en même temps, quand je le chante en concert, les gens s’y retrouvent et s’y identifient. J’ai envie de me rapprocher des gens, des femmes. Je parle du fait d’être maman, de la fraternité, et même si ça parle de moi, j’ai essayé d’apporter une touche universelle.

Par Kenza Helal-Hocke

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