“Cheer up Luv” : quand la photo dénonce le harcèlement sexuel

Depuis quelques mois déjà une anglaise de 23 ans, Eliza Hatch, a lancé le projet photographique “Cheer up Luv”. Plusieurs dizaines de portraits, pour mettre en avant les récits de jeunes femmes racontant leur expérience du harcèlement sexuel dans la rue.
03/11/2017

 

 

Les actualités de ces derniers jours nous rappellent (tristement) que le harcèlement sexuel est un poids quotidien dans la vie de nombreuses femmes à travers le monde. Loin de se cantonner aux lieux privés, ces comportements se manifestent égulièrement dans l’espace public (rue, bus, bar, métro), à la vue et aux yeux de tous. Et bien souvent, même si l’agresseur agit devant des témoins c’est seule que la femme doit affronter la situation. Mais peu à peu, la parole se libère. Les #Balancetonporc ou #Metoo ont ainsi récemment permis aux femmes sur Twitter, Facebook ou encore Instagram de se réapproprier le discours sur ces actes tous sauf innocents. 

 

 

Parallèlement, de nombreux artistes commencent à s’emparer du sujet. Eliza Hatch en fait partie. Son projet Cheer up Luv est né de son expérience personnelle : “Quand tu grandis dans une grande ville comme Londres, tu t’habitues au harcèlement sexuel dès le plus jeune âge. Surtout tu finis par le normaliser comme quelque chose qui fait partie à part entière de la vie d’une femme. Mais cette année, j’ai décidé que j’en avais plus qu’assez, que je n’allais plus accepter ce harcèlement”.  

 

 

 

 

 

La jeune fille lance donc son projet en Angleterre et fait d’Instagram la plateforme centrale d’exposition de Cheer up Luv. Chacune de ses photos s’accompagne d’un témoignage. À leur lecture, chaque femme peut assurément se remémorer avoir vécu une ou plusieurs de ces situations. Dorina nous raconte par exemple avoir reçu des avances de la part d’un père de famille... accompagné de ses enfants en bas âge. Monica explique s’être retrouvée face à un exhibitionniste voulant lui montrer son pénis. Christina, elle, se souvient s’être faite traité de “pute” après avoir refusé de donner son numéro à un inconnu.

 

 

Des récits comme ceux-là, Eliza en a déjà récolté des dizaines : “Ce que j’ai trouvé vraiment difficile c’est d’accepter l’âge auquel ces femmes ont vécu ce premier harcèlement, parfois très jeune, dès l’âge de 13 ans”. Alors plus qu’une photo, Eliza a souhaité leur offrir une tribune en les plaçant au centre d’une photographie, où la composition compte beaucoup : “Ces femmes sont toujours au centre de l’image. L’arrière-plan est un espace public reconnaissable qui rappelle celui où s’est produit l’acte de harcèlement qu’elles racontent. J’aime l’idée que l’environnement dans lequel je les photographie devient ainsi une scène où elles peuvent prendre la parole et s’exprimer au sujet de ce moment où elles se sont senties particulièrement vulnérables, et ainsi transformer cette vulnérabilité en force.

 

 

 

 

Souvent sur ces photographies, le sourire des sujets se fait discret, voire absent, comme pour mieux refuser un dictat souvent imposé aux femmes et prononcé par beaucoup d’agresseurs d’Eliza : Le nom “Cheer up Luv” (trad : souris ma belle) vient d’un commentaire que j’ai souvent entendu. De nombreuses fois, des hommes se sont permis de me demander de “sourire” (...) C’est une phrase désarmante et qui laisse aux femmes à qui elle est adressée un sentiment de culpabilité car elles ne sourient pas. Je souhaitais montrer la variété d’abus que les femmes doivent affronter quotidiennement et c’est pour ça que j’ai choisi une phrase aussi innocente que “Cheer up Luv”, pour encourager les femmes à ne pas accepter le harcèlement, sous quelque forme qu’il soit, aussi innocent qu’il semble être”.

 

 

Elle invite chaque jeune femme qui souhaite témoigner à la contacter pour se faire photographier et raconter son histoire : “À terme, mon objectif est de voyager et de rassembler encore plus de témoignages de femmes d’autres pays, avec d’autres cultures. J’adorerais réaliser une série de photos sur des femmes de villes aussi différentes que New York, Paris, Berlin ou Varsovie. Outre de nouvelles destinations, Eliza songe également à rassembler ses portraits dans une exposition ou un livre.

 

 

 

 

Si vous voulez raconter votre histoire, c’est par ici. Qui sait, Eliza passera peut-être bientôt à Paris :)

 

Instagram : cheerupluv

 

Par Alicia Guratti, 25 ans. 

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