Ajar : le nouveau-venu prometteur du rap français

Twenty s'est entretenu avec Ajar, nouveau phénomène du rap français, sur lequel compter ces prochaines années.
05/02/2019

 

Ajar, c’est le pseudo du petit nouveau qui débarque dans le rap game français. Vous l’avez peut-être vu passer dans votre accueil YouTube, ou dans la rubrique « explorer » de votre Instagram. Quoiqu’il en soit, vous ne pourrez plus passer à côté. Du haut de ses 21 ans, les réseaux sociaux sont son terrain de jeu : 21 000 abonnés sur Instagram, 27 000 sur YouTube, et ce n’est qu’un début. Entre « Mii, MYSELF AND I » où il utilise le sample de Mii Channel Music (Nintendo) et « Histoire », dont le clip est constitué uniquement de son avatar créé par l’iPhone X, Ajar — Gabriel de son vrai nom — vous emmène dans son univers qui ne manque pas de fraîcheur. Un univers où punchlines, prods et visuels s’entremêlent avec audace.

 

 

TWENTY : Tout d’abord, tu peux te présenter, nous parler un peu de toi ?

AJAR : Je m’appelle Gabriel, j’ai 21 ans et j’habite à Marseille. Je fais du rap depuis que j’ai 16, 17 ans, mais ma passion à la base, c’est le cinéma. Au début, la musique c’était plutôt un loisir, je faisais de la house, quelques prods et puis après avoir un peu forcé avec le cinéma, je me suis rendu compte que pour moi, à Marseille, c’était plus facile de faire du son. Du coup maintenant je me consacre au rap et sur les réseaux on me connaît sous le nom d’Ajar. Ce pseudonyme, je l’ai choisi par rapport à Romain Gary, qui a écrit plusieurs romans sous le nom d’Émile Ajar. L’idée m’est venue le jour où j’ai vu le film Mon roi de Maïwenn. Il y a une scène où Emanuelle Bercot lit un livre, et c’était La vie devant soi. Je l’ai lu et je me suis beaucoup retrouvé dans l’écriture de Romain Gary. Quand je faisais de la house j’utilisais le pseudo Émile Ajar, et quand je me suis consacré au rap, c’est Ajar qui est resté, un peu comme un hommage.

 

TWENTY : Tu es presque à 30 000 abonnés sur YouTube et Instagram… Il y a un an, on ne te connaissait pas, comment tu en es arrivé là ?

AJAR : Ça fait environ depuis mars, avril 2018 que je mets des sons régulièrement. J’avais balancé deux freestyles (que j’ai fini par enlever). Après les freestyles, j’ai appris tout ce qui concerne le mix, le mastering, et j’ai commencé à mettre des sons professionnels plus souvent. Pour le reste, ça s’est fait petit à petit, quelques personnes ont parlé de moi, et les gens ont apprécié ce que je faisais. Ça a vraiment explosé le jour où je suis apparu dans la vidéo d’un gros youtubeur : « J’écoute les sons incroyables de mes abonnés » de Mahdi Ba. Dans cette vidéo, il lisait les recommandations de ses abonnés sur des rappeurs pas ou peu connus, et il est tombé sur le tweet de ma copine qui conseillait un de mes sons, « Mood ». Comme il est spécialisé dans le rap et qu’il a vraiment une grosse audience, ça m’a aidé à démarrer et à me construire une communauté.

 

TWENTY : Est-ce que tu es signé, ou tu gères tout de manière indépendante ?

AJAR : Je suis tout seul pour l’instant. J’ai eu plein de maisons de disque qui m’ont contacté, mais comme je fais tout tout seul, c'est compliqué de m’arnaquer (rires). Ça ne m’intéresse pas pour le moment, je suis encore un petit artiste, on va pas brûler les étapes, je préfère me laisser du temps. Je fais quelques sons avec mon meilleur ami Dengon, je le connais depuis la sixième, et on ne s’est jamais lâchés. On s’est vraiment investis dans le rap après le bac, quand on a pris une sorte d’année sabbatique. Il avait un micro et une cabine de studio chez lui, et il m’a montré pas mal de trucs : on s’apporte beaucoup l’un l’autre.

 

 

TWENTY : Comment ça se passe au niveau de la création ? La prod, les textes, les visuels…

AJAR : Alors, après le bac, on faisait de la musique avec mon meilleur pote et on avait pris rendez-vous dans un studio, c’était à peu près 40€ la session, ça fait beaucoup pour des mecs de 18 ans. Finalement, le gars était malade et nous a plantés, là on s’est dit qu’on devait s’acheter notre propre studio. J’ai travaillé quelques mois pour m’acheter mon matériel, et j’ai vraiment pu me lancer. Par rapport à la création, je commence par faire la prod, et je sais déjà si elle va être bien ou nulle en rappant du yaourt par-dessus. Si je sens que ça fonctionne, je finis la prod et je sors le micro pour sortir le flow sur le coup. Dans mon téléphone, j’ai plein de vidéos où on m’entend chanter bizarrement pour pas perdre le flow, parce qu’on oublie vraiment rapidement. Pour les visuels, je fais ça tout seul aussi : j’ai un logiciel, ou j’utilise les notes de l’iPhone où on peut dessiner. Par exemple, sur mon clip « Histoire », j’ai utilisé l’iPhone X de ma soeur pour créer l’avatar.

 

TWENTY : Le 21 janvier, tu as fait un set à L’International à Paris. Le public connaissait déjà les paroles de tes chansons et chantait avec toi, qu’est-ce que ça t’a fait ?

AJAR : Avant je faisais pratiquement que des open mics, et ce jour-là, c’était mon premier concert. J’appréhendais beaucoup la scène : je m’attendais à ce qu’il y ait cinq personnes et que ce soit assez gênant pour tout le monde. Et puis j’ai vu une vingtaine de personnes descendre, et de plus en plus de gens sont venus. Avec Dengon, on s’était tellement préparés pour ça que c’était que du plus, on s’y attendait pas du tout, mais on était prêt, et c’était génial.

 

TWENTY : Tu as été connu grâce aux réseaux sociaux, comment est-ce que tu les utilises ?

AJAR : J’ai toujours été accro au réseaux, j’ai eu Instagram vers 12, 13 ans : je peux faire l’ancien, mais bon c’était surtout des selfies (rires). Je ne les utilisais pas pour les projets artistiques, et puis il y a eu un moment où j’ai juste voulu montrer ce que je faisais, on peut dire que c’est devenu une utilisation professionnelle. Maintenant, je ne mets plus de selfies ou de photos personnelles, quand je poste quelque chose, c'est qu’il y a un son derrière. Je mets pas mal de stories aussi, c’est très pratique pour interagir avec les abonnés. J’essaye vraiment de répondre à tous les messages que je reçois. Il y a parfois des gens qui ont besoin de parler, de s’exprimer, et j’essaye de communiquer un maximum. Ça me fait bizarre que les gens m’apprécient de cette manière, plus pour mon art que pour moi, parce qu'on ne me connaît pas finalement, mais bon on s’y fait. Et puis mes abonnés, c'est des vrais soldats ! Dès qu’il y a une petite embrouille quelque part ou autre chose, même si c’est pour rire, ils sont toujours là.

 

 

TWENTY : Comment est-ce que tu imagines la suite de ton parcours ? Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter ?

AJAR : J’ai envie de faire plein de choses, je me verrais bien évoluer en tant qu’artiste en France. J’adorerais aussi placer des prods pour des artistes qui m’ont fait rêver, Nekfeu par exemple, ou même des artistes américains. Ce qu’on peut me souhaiter, ça serait un super disque de platine à encadrer dans ma chambre (rires), de l’argent, de la réussite, et la santé !

 

 

 

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Par Kenza Helal--Hocke

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