Alice On the Roof : "Il faut essayer de trouver les histoires que l’on veut raconter"

Soutenue par Vianney, notamment, Alice, 23 ans, est déjà une star en Belgique… rencontre avec la Luna Lovegood barrée du pays des frites et de la bière.
21/11/2018

 

 

Twenty : Est-ce que tu peux te présenter brièvement, pour nos jeunes lecteurs qui ne te connaitraient pas encore ?

Alice : Alice… je suis une chanteuse belge, j’ai commencé à faire de la musique il y a quatre ans, maintenant. J’ai sorti un premier album, en anglais intégralement, et là je me suis mise au français. Et sinon, j’aime le chocolat et j’aime la bière. Après, si je devais me définir, vraiment, je dirais que je cherche à saisir des libertés là où je peux, que j’aime garder un côté maladroit et spontané et que les gens se sentent bien avec moi. Ma mission, quand je fais de la musique, c’est de procurer un peu de bonheur, à qui veut le prendre avec moi, même si ça peut sembler naïf. 

 

Twenty : Depuis quelques temps, on a une déferlante de jeunes artistes belges, extrêmement talentueux, comme Roméo Elvis, Angèle, Claire Laffut, Tamino… c’est là-bas que tout se passe maintenant?

Alice : Nous, on est très fiers. Je pense que les choux de Bruxelles sont bons pour la gorge, je ne saurais pas te dire… mais c’est chouette, et en plus, Angèle, Claire Laffut, ce sont des filles que j’aime beaucoup. Il y a Loïc aussi, qui est signé chez Sony. On a fait The Voice Belgique ensemble, la même année. C’est comique.

 

Twenty : Il y aune sorte d’émulation ? Vous vous connaissez tous ?

Alice : La Belgique c’est un petit pays, mais c’est compliqué… on est divisés en deux. Il y a ceux qui parlent la langue des ténèbres, le flamand et les Wallons, les francophones. Et puis, on est à la confluence de plusieurs pays, entre la France, la Hollande… ce qui fait que nous sommes ouverts à toutes sortes d’inspirations, d’influences… c’est un vrai melting-pot et peut-être que ça se ressent dans la musique.

 

 

Twenty : D’ailleurs, ces multiples inspirations, on les ressent dans ta musique, qui oscille entre pop, pop électro, classique, ballade, chanson française… qu’est-ce qui t’inspire ? T’es du genre diggeuse, à l’affut des raretés ?

Alice : Moi, j’ai toujours adoré écouter des groupes scandinaves. Je suis tombée en amour pour une chanteuse danoise, oh-len, et Aurora, qui fera bientôt un concert à la Cigale. Sinon, en dehors de ça, j’aime beaucoup les choses un peu atmosphériques…

 

Twenty : Pourtant, dans cet album, il y a à la fois cette dimension atmosphérique, un peu lunaire, et une dimension plus speed… c’est nécessaire de concilier les deux ?

Alice : Je voulais procurer une sorte d’échappatoire au public, avec des morceaux comme des bulles d’air. Et en même temps, d’autres morceaux font bel et bien l’effet de tasses d’expresso. J’avais envie que ça bouge, de réveiller les corps. Je veux surtout que les gens se sentent accueillis par ma musique. Quand je donne des concerts, par exemple, je parle beaucoup.

 

Twenty : Et ce seraient quoi, les conditions optimales pour écouter cet album ?

Alice : J’ai beaucoup écouté l’album dans ma voiture, et certaines tracks fonctionnent bien, je vous le promet. Il y a quelques chansons très calmes, plus suspendues, que l’on peut écouter pour s’endormir. D’autres qu’on peut écouter avec ses grands-parents, comme malade. Et puis, il y a deux chansons d’amour : « Show Me How To Love », qui est ma déclaration d’amour à mon amoureux, et puis « Passing Stranger », qui parle de ces rencontres qui n’aboutissent à rien, alors qu’il aurait pu se passer quelque chose. Et oui, j’écris des chansons d’amour en anglais, pas en français, je n’ose pas encore…

 

"Le fait de chanter en français, ça oblige aussi à se poser la question du propos, de ce qu’on a envie de raconter" 

 

Twenty : Et d’ailleurs, avant l’album il y’a l’EP… celui-ci s’appelait Rooftop, dans sa première version, avant de s’appeler malade… tu avais peur que ça fasse trop ode à la culture chill, que le message d’élévation ne soit pas compris ?

Alice : Je suis une grande rêveuse, c’est vrai, l’élévation ça me parle, mais mon premier album s’appelait déjà Higher. Cependant, j’aime beaucoup l’idée de prendre du recul… la musique m’aide justement à me poser, à réfléchir… le fait de chanter en français, ça oblige aussi à se poser la question du propos, de ce qu’on a envie de raconter. En anglais, parfois, on n’est pas assez exigeant, on en vient à dire des choses du genre « je ne suis rien sans toi »… qui ne sont pas assez fortes. Je savais que je voulais écrire un album qui donne de la force. Par exemple, malade, c’est une chanson qui me donne de la force.

 

Twenty : J’imagine que la pression est d’autant plus forte que la France a une vraie culture de la chanson, avec de grands paroliers… 

Alice : En plus, je n’en ai pas beaucoup écouté de chanson française. J’ai mis du temps à passer le cap. J’ai eu la chance de rencontrer Vianney, qui m’a beaucoup encouragée, dans ce sens-là… on s’est rencontré en Belgique, pour une émission de télé. Il est venu me trouver dans ma loge, après l’émission et il m’a dit « tu chantes bien, mais c’est con que tu ne chantes pas en français »… j’étais têtue, je ne voulais pas, mais avec du recul, je me suis dit, il faut que j’essaie. Malade, c’est le troisième et dernier morceau qu’on a écrit ensemble. Il m’a accueillie comme une princesse, chez lui, il m’a fait à manger (il cuisine très bien) et on a vraiment tissé une amitié. Pour malade, c’est lui qui a trouvé le titre, il s’est dit que j’avais un problème, qu’il allait m’aider et que je le chanterai…

 

 

Twenty : Justement, au début de malade, ta grand-mère dit « je préfère quand tu chantes en anglais »… ce n’est pas un peu contradictoire ? C’est une private joke ?

Alice : Pour le clip, on a juste laissé tourner la caméra, rien n’était écrit, en tous cas pour cette scène… j’aimais ce côté gênant, de malaise… et c’est justement une chanson qui parle d’authenticité. En tous cas, ce n’est pas sur la maladie, pas sur le cancer… on s’est vraiment amusé à le faire. On a tourné le clip avec Arnaud, le chanteur Belge, et Vianney, déguisés en Yetis. Arnaud buvait du vin rouge et Vianney, du Coca Zéro (il ne boit pas d’alcool)…

 

Twenty : Et d’ailleurs, tu mets en scène la panne d’inspiration, c’est quelque chose qui t’arrive souvent ?

Alice : Souvent, quand je donne un concert, que je suis sur scène, je demande aux gens s’ils n’ont pas une idée. Je leur dis que je ne sais plus trop quoi raconter. 

 

"Bien sûr, on a beaucoup de libertés, on vit en occident, mais dans les mœurs, tout n’est pas réglé encore".

 

Twenty : A un moment donné, dans une chanson, tu dis : « Oublis les mots doux, les mots d’amour pour tirer ton coup »… tu penses que notre génération n’est plus très romantique ? Les chansons d’amour, on n’en veut plus ? 

Alice : Je suis idéaliste, donc j’aime à croire qu’on l’est encore à notre façon. Moi, j’ai un copain depuis cinq ans, donc je ne connais pas Tinder, mais je vois mes copines et parfois, certaines approches des mecs sont foireuses. Cette chanson, je l’ai écrite il y a un an, en pleine prise de la parole des femmes, avec le #MeToo… ça m’a beaucoup touchée et surtout, je me suis rendue compte de tous les abus commis par les hommes. Je me suis posé beaucoup de questions, à ce moment là, j’ai lu beaucoup de choses sur le féminisme et j’ai compris certaines choses. Bien sûr, on a beaucoup de libertés, on vit en occident, mais dans les mœurs, tout n’est pas réglé encore. Et puis, tout commence avec l’éducation. En classe, quand un petit garçon parle sans avoir levé le doigt, on va lui pardonner, beaucoup plus facilement qu’à une petite fille, qui doit être sage, docile, gentil… Dans cette chanson, la phrase la plus importante, c’est « Mon corps est à moi ». Elle parle de consentement. D’ailleurs, sur l’EP, il y a une autre chanson, Madame, qui va un peu dans le même sens. La chanson affirme des choses en douceur. La chanson parle de ma super-héroïne, une fille qui ne se laisse définir par personne d’autre que par elle-même, et encore moins par un homme.

 

 

Twenty : Et cette dichotomie entre filles et garçons, elle est d’autant plus vrai dans la musique, non ? C’est un milieu encore très masculin ?

Alice : Souvent, je suis la seule fille au milieu de garçons, et je m’auto-brime, je me censure. Je me force à être passive, à écouter, et j’hésite beaucoup à hausser le ton ou à imposer ma vision des choses. Je suis plus conciliante, en somme. Parce que j’ai peur de passer pour une fille autoritaire, ou pire, hystérique… qu’on me demande « t’as tes règles aujourd’hui ? »… et puis, on n’est pas assez représentées…

 

Twenty : Bon, et sinon, les réseaux sociaux, ça te parle ? Quand on est un jeune artiste, c’est obligé d’y être ?

Alice : Obligé je ne sais pas, après, ça peut lancer de jeunes artistes. Mais moi, en tant que spectatrice des réseaux, ça me met mal à l’aise et il ne faut pas oublier que c’est une réalité édulcorée. Après, quand je vois Vianney, il est sur les réseaux comme il est dans la vraie vie, donc il y a de l’espoir.

 

Twenty : Et pour finir, un conseil à donner à nos jeunes lecteurs qui voudraient se lancer dans la musique ?

Alice : Alors, oui, aujourd’hui, c’est très facile. Il faut s’acheter un minimum de matériel. Il y a même des programmes gratuits. Garage Band c’est bien pour commencer. Il faut écouter beaucoup de musique, aussi, et surtout, boire beaucoup d’alcool… c’est très important. Plus sérieusement, il faut essayer de trouver les histoires que l’on veut raconter, sinon, ça a moins de portée… (et croire en ses rêves). Moi, ce qui m’a appris à chanter, c’est que j’ai fait partie d’une chorale pendant longtemps. Ça développe l’oreille et c’est super gai.

 

 

Par Carmen Bramly, 23 ans, écrivain

 

Et pour retrouver Alice On The Roof sur les réseaux et suivre son actu : 

https://www.facebook.com/aliceontheroof/

https://www.instagram.com/aliceontheroof/

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