Ces Twenty qui veulent vivre de leur musique

Vincennes, 22h00, dans un bistrot du quartier, la musique couvre le tintement des verres et des assiettes. La lumière tamisée éclaire la chanteuse et le pianiste.
20/01/2017

 

Ce soir, Paloma au micro et Arthur au piano se produisent au Bar Gueule à Vin. Devant les clients venus dîner ou simplement prendre un verre. Les sets s’enchaînent en passant de « Someone like you » (Adele), « Jammin' » (Bob Marley) ou encore « I need a dollar » (Aloe Blacc). Un répertoire varié qui fait danser et groover certains clients, qui se transforment alors en spectateurs. « L’ambiance change selon les bars, selon l’accueil des restaurateurs, certains peuvent offrir le repas, d’autres ont des contraintes de bruits liés au voisinage. Le public est parfois plus réceptif, comme ce soir » confie Paloma. Se cachent dans le public, famille et amis venus soutenir les artistes Fontenaisiens.  Se consacrer entièrement à la musique, c’est un choix. "Je me laisse deux ans pour voir où ça me mène", explique Paloma, tout juste la vingtaine et déjà onze ans de violoncelle derrière elle.

La jeune musicienne se confie : « Mon but est d’obtenir le diplôme du conservatoire qui est le Diplôme d’Études musicales (DEM), reconnu par l’État pour passer dans une voie professionnelle. Le classique est depuis toujours le style le mieux reconnu, ce qui est assez élitiste, il faudrait une reconnaissance plus officielle des diplômes de la musique, des débouchés plus structurés sur les autres variétés musicales. ». En effet, si les styles musicaux évoluent au fil du temps, avec les nouvelles techniques de composition et d’enregistrement, les diplômes, eux, suivent moins. Avec ses onze ans de solfège, Paloma chante de la pop et de la variété depuis qu’elle est enfant. Actuellement en seconde année de chant lyrique, elle explique qu’il faut commencer plus tard cette technique classique « pour que la voix soit assez mature ».

 

 "Quand on se projette dans la musique, il faut se frayer un chemin, c'est un peu chacun pour sa peau."

 

Avec un père chanteur au Moulin Rouge et une mère musicienne dans l’évènementiel, la jeune femme a tout de même baigné dans un environnement musical depuis sa tendre enfance. « Je compose avec mon père sur des logiciels surtout pour les mélodies ». Paloma chante parfois avec ses parents, qui lui apportent de précieux conseils pour réussir dans ce monde du spectacle qu’ils connaissent bien. D'où de sa part, une conscience aigue de la précarité du métier d’intermittent, et de l’importance de travailler sans relâche

 

Côté projet, la musicienne souhaite rentrer en chant jazz au conservatoire et y apprendre un instrument « Piano, guitare… plutôt des instruments harmoniques, qui pourraient m’accompagner pour composer plus facilement. J’aimerais allier mon chant au violoncelle, ce qui est moins commun ». Jouer ou composer pour la publicité intéresse aussi la jeune artiste.

 

Son duo avec Arthur est formateur. A terme, elle souhaite continuer avec un répertoire plus jazz « interpréter des chansons comme At Last, Bagdad cafe ou Killin me softly. Et puis, pourquoi pas se produire dans des endroits plus chics », ajoute-t-elle en riant.

 

Arthur a lui aussi toujours voulu devenir musicien. Actuellement au conservatoire de Noisiel en percussion, et à celui d’Aubervilliers pour le piano jazz, le jeune homme joue en tant que percussionniste dans plusieurs orchestres. En plus de son duo avec Paloma, il est également pianiste et batteur. 

« Mes projets professionnels sont assez flous à vrai dire. Ils se dessinent au fil de mes rencontres et de mes projets en tant qu’étudiant. Mais ce qui est sûr, c’est que je veux accompagner les artistes sur scène »

 

Arthur donne en parallèle des cours particuliers de piano et de batterie. « J’ai un meilleur feeling en enseignant aux enfants ». Ce dernier a d’ailleurs commencé très jeune par le piano au conservatoire avant d’apprendre la batterie et la percussion classique.

« Quand on se projette dans la musique, il faut se frayer un chemin, c'est un peu chacun pour sa peau ! Evidemment, la concurrence me fait peur. Je sais pertinemment qu’il y a et qu’il y aura toujours meilleur que moi... »

 

Alors quand on demande au jeune artiste ce qui le motive, celui-ci répond « C’est le résultat d'un travail approfondi de mes œuvres, de la réussite de mes examens. Même quand j’échoue, il y a la satisfaction d'un travail abouti. Quand je vois les mecs jouer sur scène, j'ai juste envie d'être avec eux ou à leur place. Je sais que j'ai du travail avant d’y arriver. »

 

Le duo avec Paloma aide le jeune artiste à se créer des réflexes qui lui serviront pour la suite, comme écouter la chanteuse et réagir en fonction d’elle et vice-versa, avec toutjours cette envie d’élargir son répertoire.

 

Face à l’effervescence des réseaux sociaux et à la concurences entre jeunes artistes, qui essayent tous de se faire connaitre en publiant et partageant leurs prestations, ces jeunes musiciens nous montrent qu’il est aussi possible de se produire devant un vrai public pour commencer et gagner un peu d’argent. Un shéma "à l'ancienne" qui ne semble donc pas être complètement à côté de la plaque. Car si la viralité n'est pas forcément au rendez-vous, cette médiatisation de proximité apporte une authentique expérience au public « on ambiance les clients du bar, on fait en sorte qu’il passe une soirée agréable tout en partageant notre passion ». 

 

Et ça marche. Ce soir, par exemple, le cachet tourne autour des 140 € et environ 120 € de pourboire. Un début encourageant.

 

Cette alliance de la passion et du travail n’est pas sans rappeler les dires du pianiste Grigory Sokolov pour qui la musique « n'est pas un métier, c'est la vie, tout simplement ! L'interprétation, ce n'est pas le travail de dix minutes, de dix jours ou d'un mois, c'est le produit de toute la vie ». Sans doute le temps nécessaire pour trouver sa "petite musique" personnelle.

 

(Un attrait pour la musique dès les premiers pas d'Arthur).

 

Par Louna Boulay, 20 ans, étudiante en information-communication

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