Clara Luciani : "Il n’y pas de honte à écouter Jul"

Petit retour sur les Francofolies de La Rochelle. Twenty a eu le plaisir de rencontrer Clara Luciani, une artiste à l’univers sensible et touchant. Un univers réinventant la chanson française.
14/12/2017

 

 

Twenty : Tu peux te présenter ?

Clara Luciani : Je m’appelle Clara Luciani, j’ai 25 ans et je viens du sud de la France. J’y ai vécu jusqu’à mes 19 ans, âge auquel je suis partie avec ma guitare sur le dos pour faire de la musique à Paris. J’ai commencé avec La Femme et je me suis ensuite lancée en solo.

 

 

Twenty : Comment s’est passée ton enfance ?

Clara Luciani : Elle fut trop courte, comme toutes les enfances. J’étais dans le sud avec mon père qui a toujours beaucoup joué de la musique. J’ai vécu dans une maison remplie d’instruments. C’est instinctif, naturel et important de faire de la musique, chez nous. Une enfance musicale, donc.

 

 

Twenty : Etre une Twenty en 2017, c’est comment ?

Clara Luciani : On a beaucoup de chances d’être jeunes dans un pays où l’intermittence du spectacle existe. Ca nous permet de nous lancer dans des carrières musicales. L’aventure musicale est hyper périlleuse, mais moins que dans d’autres pays comme l’Angleterre. Je savoure chaque jour de ma jeunesse.

 

 

 

 

Twenty : Que retiens-tu de ton arrivée à Paris ?

Clara Luciani : C’est un peu cliché, mais la froideur des gens m’a marqué. Je suis extrêmement chaleureuse, j’adore le contact humain. Quand je suis arrivée dans le métro, j’avais envie de dire bonjour à tout le monde, mais j’ai senti que c’était pas du tout la vibe. Ca m’a déstabilisée, mais je me suis rapidement faite à la vie parisienne.

 

 

Twenty : Paris ou Marseille ?

Clara Luciani : Parseille. Il faudrait un mélange des deux pour atteindre la perfection. Quand je suis à Marseille j’ai envie d’être à Paris, et inversement. Je suis trop contente d’être à La Rochelle pour quelques jours parce-que je sens l’air marin. Ca me donne le mal du pays. Quand tu grandis près de la mer, tu as toujours besoin d’y revenir, c’est presque physique. Mais pour faire de la musique, il vaut mieux être à Paris.

 

 

Twenty : Selon toi, qu’est-ce qu’un featuring peut apporter à un artiste ?

Clara Luciani : Tout dépend du featuring. Si je parle du featuring avec Nekfeu, ça m’a permit de le découvrir davantage. Vu que je suis une artiste catégorisée rock, je ne connaissais pas bien son univers. Ca m’a permit de me rendre compte que je ne connaissais pas assez bien le rap. En 2017, ce n’est plus possible de passer à côté du rap. Du coup, j’ai écouté d’autres artistes comme Georgio et PNL. Finalement, ce que j’aime le plus dans le rap c’est cette énergie brute, de rébellion, à contre-courant. J’ai découvert qu’on retrouvait ça dans le rap. Nos parents ont écoutés du rock quand ils étaient jeunes, nous c’est du rap, c’est parce-qu’on se remet en question et on est à fleur de peau. Avoir des courants musicaux dans lesquels on peut s’identifier est particulièrement salvateur. J’ai été hyper surprise de la richesse de l’écriture de Nekfeu. On a enregistré ensemble. C’était imprévu mais j’ai adoré. Je souligne à quel point j’ai trouvé ça hyper chic de sa part de faire la courte échelle à un petit artiste. Je suis underground, et pourtant il est venu me chercher.

 

 

 

 

Twenty : D’autres featurings sont-ils prévus ?

Clara Luciani : Oui, mais c’est une surprise. Ce que je peux dire c’est que c’est une fille et ce n’est pas du rap.

 

 

Twenty : Tu vendais tous tes jouets pour pouvoir faire de la musique je crois bien, c’est toujours le cas aujourd’hui ?

Clara Luciani : (rires) Oui. Je pense que dans ce métier, beaucoup sont très doués. Mais ce qui fait la différence c’est la persévérance. Donc oui, si on fait de la musique, il faut se donner corps et âme. Ce n’est pas facile d’avoir confiance tous les jours. Mais il faut se répéter sans cesse que ça va marcher.

 

 

Twenty : Tu vis de la musique ?

Clara Luciani : Oui, grâce à l’intermittence. Ca fait plus d’un an maintenant. Mais avant j’ai été pizzaïolo, prof d’anglais, hôtesse d’accueil, vendeuse chez Zara, j’ai tout fait. Plus tard, j’aimerais bien avoir une pizzeria à mon nom. (rires)

 

 

 

 

Twenty : La rupture t’as permis de t’exprimer. Peut-on dire que ça aura été un mal pour un bien, finalement ?

Clara Luciani : Je dis souvent qu’il existe des roses qui ont poussées sur du fumier. De la chose la plus laide, on a le choix de se désoler ou alors de l’utiliser comme moteur pour créer. J’ai eu beaucoup de chance, j’ai rebondit. Je me suis enfermé dans une pièce pendant dix jours et je me suis dit : ok, soit je me morfonds dans mon lit, soit je me ressaisis. Je suis très heureuse de pouvoir écrire sur des sujets différents. Il y aura des sujets plus variés dans le prochain projet, mais c’était important pour moi que l’EP se concentre sur ce type d’émotion.

 

 

Twenty : Tu aurais un conseil à donner à ceux qui traversent une rupture ?

Clara Luciani : J’étais fan de Zazie quand j’étais plus jeune, c’était le premier concert que j’ai vu. Je me rappelle d’une de ses chansons dans laquelle elle disait : « Crois-moi, si l’amour est parti, dis-toi que l’amour est partout », et c’est vrai. Il ne faut pas se perdre dans le sentiment amoureux et passionnel. Quand on se sent trahit, qu’on a le coeur brisé, je pense qu’il faut se souvenir que d’autres formes d’amour nous entourent, qui sont aussi merveilleuses. Je pense à l’amour filial, à l’amitié. J’ai eu la chance d’avoir des personnes extrêmement bienveillantes autour de moi, que j’aime, qui m’aime et qui m’ont permis de m'en sortir. C’est la vie, si une mauvaise chose arrive, c’est que ça devait arriver. Si tu dessines ou même que tu fais des gâteaux, c’est fabuleux de s’occuper, de créer. Il faut se concentrer sur le côté créatif.

 

 

Twenty : Je sais que tu aimes Tchikita de Jul ..

Clara Luciani : Oui !

 

 

Twenty : Tu privilégies la vibe donc ?

Clara Luciani : Les gens qui sont trop intellos me font chier. Ils oublient que manger du caviar à tous les repas, c’est pas l’idéal. Un bon Macdo de temps en temps, ça fait du bien. Il n’y pas de honte à écouter Jul. Si autant de personnes l’écoutent, c’est qu’il a compris quelque chose. Je le respecte à fond. Les sous-musiques, ça n’existe pas. Certaines musiques sont juste plus populaires que d’autres.

 

 

 

 

Twenty : Les retours que tu as eu sur ton projet t’ont-ils permis de t’affirmer et mieux calibrer ta musique ?

Clara Luciani : Oui, j’ai eu des retours positifs. J’apprends, je suis toujours en phase d’apprentissage. Je suis trop contente de pouvoir m’améliorer à chaque fois. Par exemple, j’ai fait le Fnac Live, toute seule avec ma guitare devant 18000 personnes. En 20 minutes, j’ai plus appris qu’en un an. Je vis tellement d’expériences intenses que j’essaie d’en tirer le meilleur, ainsi que des enseignements. Je ne suis pas très sûre de moi, à la base. Au début, j’étais hyper mal à l’aise sur scène, très timide, j’avais mal au ventre. Je commence enfin à être à l’aise. C’est tout nouveau pour moi. Je kiffe et c’est trop cool.

 

 

Twenty : Comment vois-tu la suite ?

Clara Luciani : L’album va sortir l’année prochaine. J’espère continuer à faire de la scène et rencontrer des musiciens incroyables. Pour le moment, j’ai la sensation de vivre un rêve éveillé. J’espère juste ne pas me réveiller. (sourire)

 

 

Twenty : Le mot de la fin ?

Clara Luciani : Memento mori. Souvenez-vous que tout peut s’arrêter d’une seconde à l’autre. Profitez de chaque seconde. Savourez la vie goulûment.

 

 

 

Propos recueillis par Esteban De Azevedo, 20 ans, étudiant. 

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