Comment et pourquoi j'ai lancé une marque anti-sexisme

« Meuf », c’est l’œuvre de Claire, une collection de vêtements en coton bio qui prône l’empowerment des femmes. Businesswoman accomplie, elle fait notamment parler d’elle depuis sa dernière collaboration avec Angèle pour son clip « Balance ton quoi ».
29/04/2019

  

 « Très vite, j’ai compris qu’en tant que femme je devrais en faire beaucoup plus que les hommes pour faire mes preuves. »

 

« Je ne suis pas qu’un corps, je suis une femme », c’est en quelque sorte le moto qui a façonné la marque de Claire. Élégante et longiligne, elle a tout d’une mannequin. 

 

Souvent jugé trop maigre, son physique lui aura valu bien des remarques dans sa jeunesse. Qu’à cela ne tienne, la jeune femme ne sait que faire des jugements et elle fonce. Claire fonce et se dévoue à 100 % dans ce qu’elle entreprend jusqu’à ne plus savoir où donner de la tête. Dispersée, la jeune entrepreneuse explique, entre deux coups de fil, son crédo : un engagement pour sa marque, pour ses idées.

 

Récent coup de projecteur : le dernier clip d’Angèle « Balance ton quoi ». Séduite par le message féministe véhiculé dans le clip qui dépasse déjà les 5 millions de vues, Claire ne pouvait pas manquer cette aventure. La jeune femme a notamment collaboré pour fournir les pulls et t-shirts « Anti-Sexism Academy » portés par Angèle et ses figurant.es, parmi lesquels un Pierre Niney, au début détestable, mais qui s’amende in fine.

 

A bat les diktats de la mode

 

Pour « Meuf », Claire n’a pas hésité une seconde à plaquer son ancien boulot. Lorsqu’elle pose ses valises à Paris, la jeune femme enchaîne des petits boulots alimentaires tout en essayant de percer dans le cinéma. Qu’elle commence par de la figuration ou qu’elle devienne assistante de production sur des courts-métrages, Claire peine à se faire remarquer dans cette chasse-gardée masculine : « J’en avais marre de toujours devoir me justifier face à des hommes de la cinquantaine qui n’étaient tout simplement pas prêts à m’écouter ».

 

 

Mais l’âme d’une entrepreneuse, elle fait fi des difficultés et décide de fonder une marque qui « emmerde » les clichés et représente toutes les femmes telles qu’elles sont. « Montrer toutes nos différences, c‘est un truc qui me tient vraiment à coeur, je suis fière d’avoir des modèles qui vont au-delà de la taille L, et d’autres, en fauteuil », déclare-t-elle. La créatrice se félicite aujourd’hui d’avoir tenu tête à tous ceux qui lui disait qu’elle vendrait sûrement moins à cause de ses choix. Pari tenu : « C’est valorisant de pouvoir poser pour une marque alors que tu es une fille totalement lambda, je m’y reconnais et je pense que cela plaît. », explique Lydia, jeune mannequin chez « Meuf ».

 

« Il y a un contrôle énorme exercé sur le corps des femmes, j’essaye justement d’en prendre le contre-pieds avec ma marque »

 

Le diktat de la taille mannequin, une tendance que la jeune femme est bien décidée à voir changer : « Il y a plein de facettes du monde de la mode que je n’aime pas, je m’en fiche un peu de faire partie de ce petit milieu et de casser les codes. Je préfère ça plutôt que véhiculer une seule image de la femme, grande, mince et parisienne ». Dans la capitale, une autre marque très connue en a carrément fait son crédo, « Elle s’arrête d’ailleurs au trente-huit… », poursuit Claire.

 

L’âme d’une battante

 

Déjà très jeune, Claire comprend que la non-particularité d’être une femme risque bien de lui mettre des bâtons dans les roues. Adolescente, elle joue au basket à Lyon. Un sport, qu’elle adore pratiquer avec ses amies, mais qu’elle devra pourtant laisser tomber à cause des pressions subies, notamment autour de son poids. « Il y a un contrôle énorme exercé sur le corps des femmes, j’essaye justement d’en prendre le contre-pieds avec ma marque », explique-t-elle.

Ce contrôle social, Claire n’en veut plus et s’est toujours battue contre lui. Dix-sept ans à peine et caméra sur l’épaule, elle se rend dans la rue avec une amie pour son cours de cinéma au lycée. Vêtues d’un short, les deux jeunes filles interrogent les passants sur ce qu’ils pensent du harcèlement de rue. Les insultes fusent et les réponses choquent.

 

Une femme battante et simple, c’est donc ce qu’en retient Lydia : « Claire, c’est vraiment l’image de la femme forte et toujours organisée. Au premier abord, elle ne semble pas forcément chaleureuse, et puis, tu finis par réaliser que ce n’est pas parce qu’elle est une femme que tu dois t’attendre à ça non plus. Quand on la découvre, on réalise que c’est surtout quelqu’un d’extrêmement bienveillant et c’est ce qui importe ».

 

 

Aujourd’hui, Claire avoue se concentrer essentiellement sur Meuf, laissant tout projet personnel de côté. Résultat, à moins de 30 ans, la parisienne est CEO de son entreprise. A coup de « in Girls we trust » ou « Everybody is a bikini body » floqués sur ses vêtements, la marque prend de l’ampleur et ses idées font parler d’elle(s).

 

 

Dates clés :

 

1991 Naissance à Céret (66)

2015 Formation à l’ESCP à Madrid

Septembre 2017 Lance la marque Meuf

Décembre 2018 Ouvre son premier pop-up store

Avril 2019 Collaboration sur le dernier clip d’Angele « Balance ton quoi »

 

 

Par Louise Gressier

Crédit photo : Arièle Bonte.

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