Comment et pourquoi nous avons réalisé un documentaire sur les règles

Réalisé par Angèle Marrey et co-produit par Myriam Attia et Justine Courtot, le documentaire "28 jours" nous parle des règles et de leur place dans la société. Un reportage édifiant, didactique et joliment raconté. Rencontre.
12/11/2018

 

TWENTY : Pourquoi lorsqu'on parle des règles, certains voient rouge ?

Justine : Beaucoup voient rouge simplement par ignorance. Pour la plupart, hommes comme femmes ne savent pas ce que sont les règles. Pour eux, les règles sont quelque chose de sale donc il faut le garder pour soi par « politesse » ou « respect »…

Myriam : les gens assimilent tout de suite ça à quelque chose de sale, qui relèvent de l’intimité des femmes. En parler c’est dire tout haut quelque chose qui selon eux ne devraient pas sortir des toilettes.

 

TWENTY : Est-ce que cela a été simple de faire parler vos interlocuteurs (féminins et masculins) sur ce sujet intime ?

Angèle : C’était surtout compliqué de les faire venir face caméra. Mais dès les premières questions , les gens parlaient finalement assez librement. Ils et elles avaient toujours des choses a dire sur le sujet même si ils ne le savaient pas en arrivant.

Justine : Je pense que beaucoup étaient demandeurs, sur Instagram lorsque l’on à lancé un appel, je me souviens avoir reçu une quinzaine de message pour pouvoir participer aux documentaires. La où ça a été difficile, c’est lorsque l’on a essayé de contacter des « personnalités », on s’est heurté à pas mal de refus ou simplement aucunes réponses.

Myriam : Exactement! Les gens sont finalement assez curieux d’en apprendre plus sur le sujet.  

 

TWENTY : Ces dernières années, on a vu de nombreuses initiatives (expos, manifestes, livres etc.) se mettre en place au sujet des règles. Peut-on dès lors toujours parler de tabou ? Si oui quelle forme prend cette censure ou autocensure ?

Justine : Effectivement, le sujet est de plus en plus abordé ces deux dernières années mais le tabou est encore là lorsque des femmes refusent d’en parler de peur de choquer leur compagnon par exemple ou que des diagnostics médicaux tardent à être posés par honte d’en parler (douleurs menstruelles).

Myriam : Les publications de livre sur le sujet montre que les choses changent mais tout reste encore à faire! On ne parlera plus de tabou quand les filles pourront évoquer leur douleurs menstruelles ou aller aux toilettes, un tampon à la main, sans que cela ne fasse sursauter.

 

 

TWENTY : Quels quelles méconnaissances/idées reçues sur le sujet vous ont le plus perturbée lors de votre enquête ?

Angèle : Plusieurs malheureusement ! Les tampons qui dé-viergent . La mayonnaise qui ne montra jamais. Le sang qui porte le mauvaise oeil dans la maison ou la malchance aux hommes qui le touche. ( et je parle que de mythe qui sont encore d’actu hein ! )

 

TWENTY : Qu'avez vous personnellement appris que vous ne connaissiez pas vous même ?

Angele : Tout, en gros. On a appris entre nous : avec le flux Instinctif de Justine mais avec les autres aussi : les douleures , les hontes , les maladies. C’est en travaillant sur le documentaire que j’ai compris un peu mieux comment fonctionnait mon corps. Et j’ai appris que la masturbation était  vraiment mieux que l’antadys !

Myriam : Personnellement, ma plus grande surprise reste la durée maximale pendant laquelle on peut garder un tampon : 4heures. Au delà de 4heures il y a un danger pour la santé, mais ça personne ne nous l’a jamais expliqué.

 

TWENTY : L'intime est-il politique selon vous ?

Justine : Malheureusement, tout ce qui touche la société est politique.

Myriam : Selon moi, notre intimité ne devrait pas être du ressort des pouvoirs politiques puisque ces derniers sont majoritairement des hommes. L’intime est politique, mais lorsque des hommes décident du prix des produits hygiéniques des femmes, on se dit qu’il y a un problème.

 

 

TWENTY : Votre film est aussi (et surtout) un outil pédagogique. A qui s'adresse t-il en priorité ?

Justine : Il s’adresse vraiment à tout le monde : aux petites filles qui n’ont pas encore leur règle, aux ados qui pensent que faire l’amour pendant leur règles est infaisable, au mec qui pensent que les règles sont sales, aux mères et aux pères qui voudraient expliquer de façon ludique à leur fille ce que sont les règles, à toutes les femmes qui sont ménopausées pour qu’enfin elles mettent un mot sur leurs douleurs...

Myriam : Ca nous tenait vraiment à coeur de faire un film sur les femmes pour tout le monde. Les premières personnes qui vont regarder ce film sont les personnes qui ont une appétence pour le féminisme et les sujets sociétaux liés à l’égalité hommes/femme. Le but est que par la suite, des personnes qui ne seraient pas naturellement allées vers ce film le regarde et s’y intéresse.

 

TWENTY : Comment parler des effets sur la psyché du changement hormonale sans pour autant discriminer les femmes, notamment au sein du monde du travail ?

Angèle : La vraie question est de savoir pourquoi on considère que cela pourrait être déavantage. Nous sommes tous différents et nous fonctionnons différemment. Malheureusement , pour nous , nous vivons dans une société patriarcale ou le seul modèle à  suivre est masculin. Si on part du principe que “ généraliser et stéréotyper “ la population est une manière viable de voir l’humanité alors partons du principe que les hommes fonctionnent tout droit sur le graphisme et que les femmes ont des hauts et des bas ( on passe du - au + en dessous de la courbe des hommes = ( notre modèle je vous le rappel ) ) Alors si on le met en pratique, avec une bille qui roulera sur ces deux graphique, la bille féminine ira plus vite que le bille masculine. Il y a différentes manières de voir les choses. Parfois celle qu’on nous donne n’est pas la meilleure.

 

 

TWENTY : Vous évoquez à de nombreuses reprises la stylisation des règles (qui deviennent par exemple bleu dans les pubs). Votre film est lui aussi très esthétisant. Pourquoi ce parti pris ?

Angèle : Comme tu le dis nous parlons des représentations et de la stylisation des menstruations, en aucun cas de la beauté. Oui , j’ai essayé de faire un film le plus beau possible, d’y amener des couleurs , de la douceur et de l’esthétisme , c’est toujours plus agréable à regarder. Mais dans cette esthétisme nous montrons tout ce que nous avons à montrer. Des serviettes “ pleines “ , des jeans tachés et des culottes en sang étendu à République. Il y a aucune contradiction, car le but même du film  est de montrer la beauté des menstruations.

 

TWENTY : Des conseils à donner à des jeunes qui souhaiteraient se lancer dans la réalisation d'un documentaire (comment s'organiser, comment choisir ses interlocuteurs, quelles sont les erreurs à ne pas commettre ?)

Angèle : Je me sens pas vraiment légitime de donner des conseils mais je peux vous donner celui qui m’a le plus aidé : Fait le. Le plus difficile c’est de se jeter à l’eau, de combattre la peur de l’échec ! C’est en faisant qu’on apprend et c’est en faisant qu’on prend goût à ce qu’on fait aussi. Tu ne sais pas tout faire ? Tu apprendras. Tu trouveras les gens pour t’apprendre à le faire. Le principale c’est de débuter et d’aller jusqu’au bout du projet !

Justine : Rester soudé.

Myriam : Parmi les erreurs : croire que les gens vont te rappeler. Si tu veux une personne, envoie lui mille mails, harcèle là, y a que comme ça que ça fonctionne.

 

 

 

 

Propos recueillis par Carmen Bramly, 23 ans, écrivain

Instagram : https://www.instagram.com/voiturehommes/

Crédits photo : Ophélie Pichlak / Angèle Marrey.

Et pour suivre l'aventure 28 jours sur les réseaux : https://www.instagram.com/28.jours/

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