Flora Citroën, l'expo 100% millennials

Focus sur une jeune artiste pleine de talent, Flora Citroën, qui a tenté de raconter l'époque à travers une première expo franchement réussie.
23/11/2018

 

 

Flora Citroën est une jeune artiste de 28 ans diplômée des Beaux-Arts de Cergy. Pour sa première exposition personnelle, Everything I am qui se tenait du 12 au 31 octobre au Consulat, elle montrait une installation composée d’une grotte en sequins, au milieu de laquelle se trouvait un narguilé en céramique qu’on pouvait fumer, une collection de sacs-bananes, un rideau, deux vitres teintées et une vidéo de 11 minutes dans laquelle elle se filme façon story instagram et interroge la notion d’identité. Portrait.

 

            La question de l’identité est centrale chez celle qui n’a pas toujours su assumer ce statut d’artiste : « Parfois je me retrouve à dire que je suis artiste en accompagnant la déclaration d’une petite moue, comme si tu faisais une blague ». A partir de quand devient-on légitime en tant qu’artiste ? Pourquoi c’est aussi difficile de s’affirmer comme tel ? « En sortant d’école j’étais totalement perdue. Il y a un monde entre l’école et la « vraie vie dans l’art » et j’ai pas su trouver la légitimité, alors viré de bord, j’ai monté une boite, j’ai fait des trucs pour gagner de l’argent, j’ai été traiteur ….». Jusqu’à se réconcilier avec sa vocation : « Mais pareil quand t’es artiste tu sais pas trop à partir de quand tu peux dire que t’es artiste : est-ce que c’est quand tu exposes ? Quand tu vends ? Est-ce que si t’es artiste mais que t’es jamais vu et que tu travailles tous les jours de 7h à 21h, t’es quand même artiste ? C’est super compliqué. »

 

 

            Cette difficulté de se nommer soi même, de pas savoir quel chemin prendre c’est aussi le problème d’une époque et d’une génération « Quand on est jeune artiste, qu’on est tout juste diplômé, il y a tout à faire : il ne faut pas juste produire l’oeuvre et réfléchir, il faut être artiste, RP, producteur de contenu et curator en même temps. Il faut donner un sens au travail qu’on fait car si on ne le fait pas, personne le fera. ». Une tache pas toujours évidente à l’ère où tout le monde peut se prétendre artiste sur instagram, où la capacité à communiquer et le nombre de likes semblent être plus importants que la qualité du travail : « Ce qui compte le plus c’est évidemment ce qui est produit et le sens qu’on y trouve. Mais on voit bien qu’il y a plein de gens qui montrent de la grosse merde et qui réussissent parce qu’ils font les tarzans, on en connait à la pelle ». La compétition est accrue, quand le succès d’un artiste ne repose sur pas grand chose, finalement  « Jerry Saltz, art curator, l’explique en un meme. Il dit qu’il faut seulement 14 personnes pour faire la carrière d’un artiste (max 19): 2-3 galeries ou marchands, 3-4 collectionneurs, 4-5 critiques et 2-3 curators… ».

 

             Dans les interrogations de Flora il y a aussi celle, chère à notre époque, de l’appropriation culturelle : « c’est une peu le point Godwin de la culture, maintenant… ».  En mettant en scène un bar à chicha lounge, elle montre cette complexité et cette frontière fine. Et revient cette question de légitimité et d’auto-censure : « Comment tu peux en parler en tant que Blanc ? Et en même temps si tu en parles pas ça veut dire que t’en as rien à foutre ». Cette question elle y a beaucoup été sensibilisée pendant ses études : « Quand je vois un masque africain chez des bourges du 6ème j’ai les boules, je pense qu’ils voient même pas la violence de ce que ça dit. » A la question du comment faire pour créer, elle répond: « Ce qui importe c’est d’avoir l’instrument de l’empathie, de regarder en face les sentiments de vexation qu’on peut provoquer, comme une couche supplémentaire d’humiliation. Le pire c’est de faire sans se rendre compte que ça peut toucher. Il faut juste être conscient, quoi ».

 

 

Par Alix Welfling, 22 ans, étudiante

Crédit photo : Malo Welfling 

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