Focus sur Grégoire Delanos, photographe et vidéaste de 22 ans

Grégoire Delanos a 22 ans, il fait de la photo et de la vidéo chez lui, à Toulouse. Durant une interview téléphonique, nous avons eu l’occasion de lui poser quelques questions sur son travail. 
16/06/2017

 

 

 

TWENTY : Tu as étudié l’architecture pendant 3 ans avant de partir en BTS photo. Il est souvent question d’urbanisme et d’architecture dans ton travail. Ton premier choix était-il le choix de la raison, le second celui du coeur ? 

Au début je ne voulais pas être photographe. Après mon bac S, j’ai choisi de suivre des études mêlant art et science, c’est pourquoi j’ai fait une licence d’architecture. Je faisais déjà de la vidéo et de la photo en même temps que mes études. Durant ma 3e année d’architecture j’ai fait un burn out, et au deuxième semestre je me suis tourné vers des concours pour entrer en école de photo. Même sans avoir validé ma licence, j’ai appris de nombreuses choses que je réinjecte dans mon travail. 

 

 

TWENTY : Dans ta vidéo « Reborn », tu parles d’explorer et de regarder… est-ce que tu associes ces deux actions, et le processus créatif, au calme, au silence, à la solitude ?

J’ai toujours habité à la campagne, ce n’est que pour mes études que je suis allé dans des villes de plus en plus grandes. Mais j’aime me donner des moments où je déconnecte de tout, regarder ce qui m’entoure sans prendre des photos, pour m’apaiser l’esprit. Je n’aime pas être inactif mais de temps en temps j’ai besoin de me recentrer et de réfléchir. Armé d’un petit carnet ou de mon appareil photo, je dessine ou prend des notes, le calme me fait du bien. 

 

 

 

 

TWENTY : Pourquoi le choix de te placer au centre de ta vidéo, et non de seulement laisser parler les images du paysage ? 

Dans tout ce que je fais, je me rends compte que je n’ai pas envie de photographier quelque chose d’inerte. Ma personne est dans les choses que je fais. Je suis plus comme un personnage, un acteur. On n’est pas dans l’autoportrait. Mon travail ne porte pas sur moi, et si je m’utilise, c’est que je n’ai personne d’autre sous la main. Mes vidéos et photos sont préparées, j’ai des idées précises l’attitude que doit avoir le personnage, je mets en forme un story board. Mais « Reborn » est spontané et a valeur de documentaire. 

 

 

TWENTY : Sur ton Instagram (@gregioprod), il y a de nombreux portraits. Est-ce que tu te sens proche de l’Homme, est-ce que c’est par ce biais que tu t’exprime ? 

J’ai besoin de m’identifier et de placer quelqu’un au centre de mes productions. J’ai beaucoup déménagé et j’ai besoin de rencontrer de nouvelles personnes, tout le monde a une histoire et c’est passionnant de la découvrir. Je shoote souvent mes amis et ma famille, les gens qui m’entourent, au milieu de choses qui leur ressemblent.

 

 

TWENTY : J’ai pu constater des références au cinéma, comme American Beauty et sa célèbre mer de pétales rouges, quelles sont tes principales sources d’inspiration ?

C’est marrant que tu en parles, car j’avais cette idée en tête, et ce n’est qu’après avoir fait la photo que je me suis dit que j’avais déjà vu cette image. Les gens m’ont dit que c’était « American Beauty », dont je ne me rappelais plus. Le film a du marquer mon inconscient ! 
Je suis amoureux du cinéma de Dolan, de son ambiance un peu kitsch, de ses histoires, de ses couleurs, des plans, tout s’accorde et fonctionne à merveille. Il a une grande justesse et logique de la réalisation. Je m’inspire aussi de photographes comme Thompson ou Vincent Bourilhon. Je l’ai découvert quand j’avais seize ans et à l’époque, je ne connaissais pas grand-chose à la photo. Ses univers surréalistes m’ont immédiatement séduit.
Les études d’architectures m’ont apporté la conscience des formes et le fait que même du minimalisme crée un contexte. C’est pourquoi aujourd’hui je mêle kitsch et minimalisme dans mes photographies.

 

 

TWENTY : Les modèles que tu choisis ne sont pas ceux que l’on voit d’habitude, des beautés presque parfaites, on s’identifie à elles/eux. Est-ce un parti pris ?

Je n’aime pas photographier des gens parfaits et je ne photographie pas que des jeunes. J’aimerais faire une vidéo sur un grand-père de mon village à la personnalité très forte. 
Je m’oppose aux standards de beauté, la personne n’a pas besoin d’être parfaite ou retouchée pour que le spectateur apprécie la photo. Il faut laisser ça à la mode. J’aime les particularités des gens et non les choses lisses. Je ne retouche pas les grains de beauté, les pores de la peau, j’aime ces imperfections, parfois je les mets même en valeur.

 

 

 

 

TWENTY : Ce n’est pourtant pas possible de limiter tes photos à une série de portraits. Il y a des natures mortes, des auto-portraits, des paysages, des festivals, du noir et blanc et de la couleur, du dessin… Cette pluralité d’expressions est assez rare. Qu’est-ce qui te donne envie de prendre une photo ?

Je n’arrive pas à me fixer un style défini. J’ai fait une série de dix photos sur le corps, qui est sortie en mai. Ce qui me donne envie de prendre une photo, c’est souvent la réalisation d’une idée que j’ai en tête, sans soucis de cohérence. Je n’ai pas envie de m’empêcher de faire des choses, c’est pour ça que je publie moins de vidéos que je n’en fais, pour garder une ligne cohérente. 
En photo c’est plus dur, si je shoote à l’argentique je suis très spontané tandis qu’en numérique je réfléchi bien plus. J’ultime le noir et blanc pour faire ressortir une lumière ou une texture spéciale, alors que les couleurs servent à faire ressortir un détail de l’image par contraste, à s’amuser avec les tons de l’image. Ces temps-ci, j’aime de plus en plus le format carré, on peut y créer beaucoup de lignes de construction, il y a une autre logique de proportions, j’apprécie son format difficile à gérer qui représente un défi.

 

 

TWENTY : Tu as aussi collaboré à des festivals comme Diamant Vert, qui mêle art et musique, ou les Vieilles Charrues, en tant que reporter Nikon Music Festival, pour lesquels tu as fait des vidéos. Quels sont tes critères de sélection ? As-tu une liberté de regard pour filmer ? 

Cela dépend, ces deux expériences sont très différentes. Je suis allé à Diamant Vert de mon propre chef, j’avais pris mon appareil avec moi sans savoir à quoi m’attendre, c’est un ancien élève de mon école qui organise ce festival. La vidéo leur avait plu à la sortie, du coup ils m’ont rappelé l’année d’après, et j’y repars encore cette année. 
Avec Nikon, j’avais gagné un concours, je me suis retrouvé dans une équipe de quatre (trois photographes et un védisme) avec une ligne directrice. J’étais seul a la prise de vue, j’ai filmé le festival du point de vue des festivaliers. On me donnait des conseils, on me guidait, au montage, j’ai dû travailler, refaire, enlever ou rajouter des plans. Ça m’a appris à dialoguer avec un commanditaire, je bossais pour eux, le travail était un peu plus lisse. Ce côté marketing est intéressant, il y a plein de différences entre la première version et la dernière, c’est un condensé de tout ce qu’il y a à dire en peu de temps.

 

 

TWENTY : tu as gagné de nombreux prix de concours photos et été exposé au Centre Pompidou. Quels sentiments cela te procure-t-il de voir ton travail reconnu par des professionnels ? 

Ce sont des concours sur Internet, organisés par le site de concours Wipplay, où photographes amateurs et professionnels postent leurs photos, sur des thèmes très différents. Il y a des prix pour les gagnants, dont des expositions. Gagner le prix du jury, c’est intimidant, on ne sent pas forcément légitimes. Le retour sur son travail est intéressant, cela m’a fait prendre conscience que je peux avoir mes chances dans ce domaine, ça m’a donné confiance en moi.

 

 

 

 

TWENTY : Il y a surtout des jeunes dans tes photographies. T’adresses-tu en priorité à la génération Twenty ? 

Je ne photographie pas que des jeunes, même si je m’adresse surtout à ma génération par le biais des réseaux sociaux. Sur Instagram, il y surtout des jeunes de 20 à 30 ans, mais je ne pense pas qu’il y ait besoin de ne photographier que des jeunes pour parler aux jeunes, sous peine d’être centrés sur nous-même. 
Les plus âgés ont des choses à dire, même si on n’est pas d’accord, leur point de vue est intéressant. Le grand-père dont je veux faire le portrait habite à la campagne, il va à la chasse tous les dimanches, on n’a pas grand chose en commun, à part un amour inconditionnel de la nature. On s’émerveille de ce qui nous entoure.

 

 

TWENTY : C'est quoi avoir 20 ans, en 2017 ?

Avoir 20 ans en 2017, c’est continuer de croire en ses rêves, agir pour les réaliser. C’est aussi prendre part à la société qui nous entoure et prendre la parole, ouvrir sa gueule quand il y a des choses contre lesquelles on n’est pas d’accord. Avoir de l’énergie, car la jeunesse passe vite.

 

 

Son site : https://www.gregioprod.com

 

Par Mélanie Tillement

 

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