Génération Hirak : à la rencontre de la jeunesse algérienne

Twenty a rencontré Derya Yildiz, réalisatrice d'un court-métrage, '"Hirak", sur la marche pacifique en Algérie.
09/03/2020

 

TWENTY : Est-ce que tu peux te présenter ? 

Derya​ : Je m'appelle Derya, ça signifie Océan en turc. Une de mes sœurs s’appelle Devrim. Ça veut dire Révolution... « Dans ma famille, on a un lien fort avec l’engagement, la révolte, la liberté ». Je suis née il y a 35 ans dans un quartier sensible de Strasbourg. Mes parents ont quitté l’Anatolie pour émigrer en France en 1973. J'ai grandi avec eux, mon frère et mes deux sœurs, dans le 91, à Saint-Michel sur Orge.  Après avoir enchaîné les petits boulots, je décroche à 19 ans mon premier contrat de médiatrice socio culturelle dans l’association Assemblée citoyenne des originaires de Turquie. Je m’ouvre ensuite à d’autres expériences dans le monde médical, pendant plusieurs années. Août 2016 : j'intègre W, une école qui forme aux métiers du journalisme et de la communication en tant qu’attachée pédagogique. Là, je côtoie des personnes aux profils variés. Ce qui me donne envie de créer. 

 

 

TWENTY : Quelle est la genèse de ce film ? Est-ce que tu as des anecdotes à nous raconter ? 

Derya​ :C'est un projet très personnel, que je dévoilerai peut-être un jour qui m'a amené à vouloir participer au Nikon Film Festival. En effet, je cherche à « ouvrir des portes » en participant a des festivals. Lorsque j'apprends que le thème du Nikon cette année c'est "Génération", l'idée d'aller en Algérie m'est venue assez rapidement. Ce pays, je l'ai découvert dans le film de Yann Arthus Bertrand l’an dernier.  Je me suis toujours dit qu’un jour je le filmerais de l’intérieur. « Comme je ne maîtrise pas la technique, j’avais envie d’arriver avec un sujet fort.  Je me suis dit que partir en Algérie seule pour tourner un sujet de deux minute vingt sur les différentes générations du Hirak, le soulèvement qui a débuté le 22 février 2019 en Algérie, c’était osé. On a essayé de m’en dissuader mais ça me donnait encore plus le courage d’y aller. Sans trop me poser de questions, je suis partie à la rencontre d’autres jeunes déterminés. Voici le lien du film pour le voir, le soutenir et le partager https://www.festivalnikon.fr/video/2019/999

 

TWENTY : Pourquoi était-ce si important pour toi de le faire ? 

Derya​ : Parce que c'est une cause importante.  Pendant une semaine, j'ai écouté les algériens parler de leur pays, de leurs marches, de leur envie de faire changer les choses. J'ai été extrêmement touchée par cette jeune génération, drôle, légère, qui donne le courage à l’ancienne de « sortir » et de se faire entendre. Avant de partir je n'avais qu'une idée en tête c'était de le faire pour aller au bout des choses que j’entreprenant et en rentrant d’Algérie, mon envie de réaliser ce court métrage était une évidence, presque vital. 

 

TWENTY : Qu'est-ce qu'il t'a permis de comprendre ? 

Derya​ : J’ai eu énormément de chance car j’ai vécu pendant mon séjour avec des personnes issues de milieux complètement différents. J’ai passé beaucoup de temps à les écouter me parler de l’histoire de l’Algérie, des conséquences et de ce qu’ils vivent actuellement. J’ai compris la situation du peuple algérien, le manque de droit, de liberté, la corruption, les mensonges ... mais aussi cette volonté pressante du peuple de changer les choses.

 

 

TWENTY : Qu'est-ce que tu aimerais que les gens comprennent ? 

Derya​ : Que les différentes générations et couches sociales manifestent depuis un an sans relâche pour leurs droits. Même les générations qui ont vécu et survécu à la décennie noire n'ont plus peur. Ils ne lâchent rien.   

 

TWENTY : Comment as-tu eu l'idée d'en faire un événement ? 

Derya​ : Pour tout vous dire, j'ai des amis qui ont déjà organisé ce type d’événement, avec le principe de collaboration de différents artistes en mode mini-festival. J'avais déjà en tête cette idée lorsque je suis allée en Algérie. Je savais que les un an de la marche pacifique arrivait. Je me suis dit pourquoi pas organiser une soirée de rencontres autour du film et des un ans de la marche pacifique.  J'avais un contact à la Bellevilloise, qui a rendu possible l'idée. Je les remercie.  Les collaborations se sont faites assez rapidement et avec beaucoup d'enthousiasme. La soirée "Génération Hirak" s'est déroulée le 21 février de 19h à 23h à la Bellevilloise. 
 

 

TWENTY : Qu'est-ce que tu as prévu pour la suite ? 

Derya​ : Pour la suite, je projette de repartir en Algérie afin de réaliser deux autres productions. A plus long terme, j'aimerai avancer et réaliser un projet plus et plus personnel. Je n'en dis pas plus :-)

 

Par Twenty Magazine

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