Gabrielle : "Je carbure aux émotions"

Une voix incroyable, un déhanché parfaitement maitrisé et un univers musical traversé par la black music américaine, Gabrielle sera samedi prochain en concert à la Bellevilloise aux côtés d’Yseult et La Chica. Interview
27/09/2018

 

 

Présente-toi pour les lecteurs de TWENTY.

 

Je suis Gabrielle, j’ai 20 ans, je suis auteure-compositrice-interprète. J’ai du mal à me mettre dans une case précise mais disons que je fais du R’N’B teinté de soul, de jazz et de hip hop.

 

Quelles sont tes plus grosses influences musicales ?

 

La base de ma culture musicale, c’est la black music américaine. De Otis Redding à la trap actuelle, de Stevie Wonder, Kool and the gang, Jamiroquai, Kendrick Lamar en passant par Jill Scott, c’est la musique qui résonne le plus en moi. J’aime la musique dansante, le groove, les harmonies et les émotions que ces chansons me procurent. C’est pour cette raison que je chante principalement en anglais. Récemment, j’ai commencé à écouter des classiques de la chanson française comme Bashung ou Brel. Mais c’est en découvrant Bonnie Banane et Ichon, dont j’adore les textes et les instru, que je me suis rendue compte qu’il était possible de chanter ou rapper en français sans faire de la variété gênante qui ne fait pas groover.

 

Comment as tu commencé la musique ?

 

J’ai réellement commencé la musique à 13 ans en entrant dans l’école ATLA (une école de musique dans le 18ème arrondissement de Paris). C’est au sein de cette école que je me suis formée en tant qu’artiste. J’ai fait partie d’un groupe, avec lequel j’ai fait des dizaines et des dizaines de concerts (au New Morning, au FGO-Barbara, dans des bars, etc.). Donc j’ai commencé ma carrière par la scène, c’est d’ailleurs pour cela que je m’y sens si bien aujourd’hui. A 18 ans, j’ai quitté l’école et le groupe afin d’avoir une totale indépendance. En mars 2017, j’ai sorti mon premier EP Journey, un voyage en 3 étapes.

 

 

Si on prend l’exemple de Vancity, ton dernier titre sorti en mai 2018, peux-tu nous décrire les différentes étapes de création par lesquelles tu es passée ?

 

Vancity c’est le surnom de la ville de Vancouver, où j’ai passé une année en échange universitaire. La phase d’écriture a été très fluide et naturelle : j’écrivais et je chantais tous les jours dans la rue, sur le campus. Pour la prod, j’en avais marre de galérer pour trouver un beatmaker qui veuille bien m’envoyer des sons alors je suis allée sur un site de prods. Je dis ça parce qu’étant chanteuse et femme racisée en plus, on ne m’a souvent pas prise au sérieux. La plupart du temps les beatmakers disent "ouais t'inquiètes" mais y'a rien derrière.

Enfin bref, j’ai eu un coup de cœur pour cette prod parce que les bruits de l’océan et des mouettes représentent exactement l’ambiance de Vancouver. C'est un morceau dans lequel j'ai essayé de retranscrire le bonheur que j’éprouvais là-bas. C'est groovy. Il y a aussi des passages narratifs un peu oniriques pour lesquels je me suis inspirée du disco des années 70, genre She Can't Love You de Chemise. Après avoir trouvé les harmonies, j’ai enregistré à Paris lorsque je suis rentrée pour les vacances de Noël. Les retours ont été unanimes. Ce morceau a touché un large public. Je me suis vraiment éclatée à le faire !

 

 

L’amour est une thématique très récurrente dans tes chansons, notamment dans ton premier EP. Est-ce que tu t’inspires plutôt de ton vécu ou de tes fantasmes ?

 

Je ne m’inspire que de mon vécu, de mes émotions, de mes blessures. J’ai commencé à écrire mes propres textes à la suite d’une relation amoureuse très douloureuse (car avant cela, je faisais plutôt des covers). J’avais besoin d’extérioriser ce que je ressentais. Depuis, je carbure aux émotions. Ça sort tout seul. Au début, c’était en composant au piano, maintenant c’est plus par mes textes et mon interprétation. Par exemple dans mon EP, il y a une progression dans ma perception de l’amour : dans My Heart Like Fire, c’est vraiment sur la douleur de la rupture amoureuse, alors que New Frame of Mind est plus axé sur mes désirs, sur la flamme de la vie. Mon prochain EP ira encore plus loin dans cette progression.

 

Comment analyses-tu les relations amoureuses en 2018 ?

 

Evidemment, il n’y a pas qu’un type de relation amoureuse. Malgré tout, dans les tendances, j’ai l’impression que les relations amoureuses reflètent notre société : une société de consommation. On consomme l’autre. Maintenant, un objet ou une relation, on privilégie la quantité à la qualité. On jette tout !

 

Un conseil pour ne plus jamais se faire avoir par un fuckboi?

 

Justement, les trois chansons de l’EP ou encore le titre Pride (feat. Cosmo) sont inspirés par des mésaventures avec des fuckboi. Le propre d’un fuckboi, c’est de faire passer son égo, sa fierté d’abord, de te faire porter ses fardeaux et ses insécurités pour te dévaloriser. Donc, mon conseil c’est de ne jamais oublier sa valeur. Nous sommes des femmes fortes alors on ne va pas se laisser amoindrir par l’image que quelqu’un d’autre nous renvoie de nous-même !

 

Le 29 septembre 2018, tu vas participer à un concert à la Bellevilloise à Paris, organisé par le podcast La Poudre, dans le cadre Féministival 2018. Peux-tu nous raconter comment tu as été choisi pour faire partie de la programmation ?

 

En fait, je dois tout à Lauren Bastide ! Elle est journaliste et créatrice de La Poudre, un podcast féministe où elle rencontre des femmes artistes et/ou activistes avec une approche intersectionnelle (c’est-à-dire qu’elle prend en compte les discriminations de classe, d’âge ou lié à la couleur de la peau). Du coup, lors de la fête de la musique 2017, elle m’a vu performer à un concert Place Lino Ventura. Elle m’a mise dans sa story instagram en me taguant et m’a follow. Je me suis dit « Oh Shit, c’est du lourd ! ». En mai 2018, elle m’a proposé de faire partie de la programmation de ce concert à la Bellevilloise. Par cette initiative, Lauren veut soutenir des artistes qu’elle aime en leur donnant une plus grande visibilité. C’est une super opportunité, alors j’ai tout de suite accepté !

 

 

À l’instar d’IAMDDB ou Kali Uchis, tu as une attitude et un style vestimentaire très extravagants et une sensualité assumée. Pour toi, est-ce que revendiquer cette aspect sulfureux et provocateur de ta personnalité fait partie de ton engagement féministe ?

 

Totalement ! Au collège, j’ai subi du bodyshaming et du slutshaming. J’ai toujours été expressive, extravertie et insolente (ça m’a causé des problèmes à plusieurs reprises !). Je parle fort, je danse à n’importe quel moment et je m'habille comme j'en ai envie. Je peux être hyper sexy comme sortir en pyjama. Ça fait partie de ma liberté ! Être fière de ma personnalité extravagante, fière de ma façon de m’habiller, de marcher, c’est complètement ancré dans mes combats féministes au quotidien. L’éducation de ma mère a été primordiale. Elle m’a toujours appris à m’exprimer à travers mon corps. Grâce à elle, j’ai pris des cours de danse de 3 à 18 ans (autant de la danse africaine, indienne, reggae dance hall, que de la capoeira etc.).  J’ai aussi fait beaucoup de théâtre. Aujourd’hui, je ne laisserai plus jamais le regard avilissant des autres m’atteindre.

 

Pour toi, quelles sont les chanteuses RNB ou les rappeuses qui diffusent les meilleurs messages d’empowerment ?

 

Alors là, il y en a plein ! Au début des années 2000, ma plus grande icone féministe, c’était Alicia Keys. C’est elle qui m’a donné envie de faire de la musique. A l’époque, on ne parlait pas autant de féminisme. Si on prend la chanson Superwoman (2008), elle abordait déjà la question de la charge mentale, des mères célibataires. Même si certains de ses propos perpétraient parfois des clichés de genre propre aux années 2000, c’était déjà super novateur. Après je pense aussi à Lauryn Hill, qui déjà dans les années 1990 est une figure de femme forte, dans son attitude et ses morceaux. Sinon, dans les artistes du moment, j’adore Cardi B ! Elle est talentueuse, indépendante ; c’est une véritable self-made woman. Elle a le contrôle total de sa vie et de sa carrière. J’avoue qu’au début, je l’ai mal jugé. Je la trouvais juste vulgaire. Mais depuis que je la suis sur instagram, je suis devenue complètement fan d’elle. Par exemple, dans ses stories, elle parle de son duvet de moustache avec beaucoup d’autodérision. Elle n’a pas honte d’elle-même, elle montre ses faiblesses, ses imperfections.  

 

Est-ce que tu aurais des recommandations pop culture (autres que musicales) pour que les lecteurs de Twenty puissent mieux cerner ta personnalité ?

 

D’abord, je recommande Princesse Mononoké (2000) et Le Château Ambulant (2004) de Miyazaki. Pour moi, ce sont des hymnes à la nature, aux femmes, à la magie et plus généralement à la vie. Sinon, Edward Aux Mains d’argent (1991) de Tim Burton est l’un de mes films préférés. Pour moi, le réalisateur représente vraiment l’indicible. Il exprime tout par les regards et par la musique. Je pourrais en cité des tonnes : Mommy (2014) de Dolan, la filmographie de Pedro Almodovar. Sinon ce n’est pas tellement pop-culture mais en ce moment je mets le parfum Superstitious des Éditions de Parfums Frédéric Malle. C’est un parfum qui me donne confiance en moi. A Vancouver, je le mettais toujours avant de monter sur scène.

 

Tu peux nous parler de tes prochains projets ?

Le clip de Vancity sort en octobre (2018). Fin 2018, je vais poster le clip d’une chanson inédite. En ce moment, je prépare surtout mon second EP. Il sera complètement en français, une première pour moi. J’ai découvert la richesse de ma langue natale à Vancouver lorsque le français s’est raréfier dans ma vie. Cet EP sera sûrement prêt pour 2019, mais je peux déjà annoncer une collaboration avec le beatmaker Pee Magnum.

 

Propos recueillis par Virginia Quadjovie.

 

Pour suivre Gabrielle

Facebook : https://www.facebook.com/Gabrielle.Music.France/

Soundcloud : https://soundcloud.com/badbichegaby

Youtube : https://www.youtube.com/channel/UCpnAqFE5qc-CfU7jp1P-A2Q

 

Il reste encore quelques places pour le concert de La Poudre ce samedi : https://www.facebook.com/events/1098432520320510/

Rechercher

×