Hervé : un talent brut et frontal

Poulain de l’écurie Initial, Hervé sort son premier EP le 17 mai. Rencontre avec le producteur et chanteur prêt à redéfinir les contours de la scène francophone.
18/04/2019

 

 

 

 

Paroles entêtantes et sons envoûtants : Mélancolie FC, Va piano, reprise de La peur des mots… Hervé n’a pas peur de « mélanger les mondes ». Un son pur, lancinant et des textes frontaux inspirés par les plus grands — Bashung, Higelin —, on ne peut plus passer à côté du chanteur signé dans le label Initial, petite fabrique de nouveaux talents (au compteur : Eddy de Pretto ou encore Clara Luciani). À (re)découvrir sur la scène du Printemps de Bourges le 19 avril 2019, l’ancien producteur du duo Postaal se lance en solo et prépare un premier EP prêt à bousculer le milieu musical francophone. Rendez-vous le 17 mai pour découvrir l’univers « bâtard », comme il aime le définir, d’Hervé.

 

 

 

Tu viens du duo Postaal, qu’est-ce qui t’a donné envie de passer d’un tandem à une carrière solo ?

 

Au début, quand j’ai rencontré Denis et qu’on a monté Postaal, je réalisais mon rôle de producteur. On a fait un EP, puis un album, et on s’est dit que l’album avait fait sa vie, et que c’était naturel de commencer à faire des projets solos. Du coup, chacun a commencé à faire ses projets en même temps que Postaal. Quand tu passes trois, quatre ans à deux en studio, t’as envie de changer. C’était assez naturel en fait. Maintenant, c’est ni mieux, ni moins bien, c’est différent. C’est un autre projet, une autre histoire, je raconte pas la même chose.

 

Les concerts avant, c’était principalement de la prod et une capuche sur la tête, ce n’est pas trop perturbant d’être seul sur scène maintenant ?

 

En fait, c’était dans la continuité du studio. À la base, je fais tout tout seul dans ma chambre : j’écris, je compose, je produis, je m’enregistre jusqu’au mixage. Quand est venue l’idée d’aller sur scène, c’était naturel d’y aller seul et de créer quelque chose d’un peu brut, frontal, d’être juste avec mes machines et de raconter mon truc. C’est sûr que ça change, mais c’est naturel. Avec Postaal, je trouvais ça très confortable et puissant d’être sous une capuche avec mes synthés, mais là aussi je prends quand même mon pied à être sur scène et partager. Il y a un lien direct avec le public.

 

Va piano et Mélancolie FC mêlent la chanson à un son très électro, tu chantes tes couplets puis on passe à de longs moments d’instru. C’est essentiel pour toi de laisser une place importante à la production ?

 

Quand je me suis lancé dans la musique, j’avais plein d’influences : Bashung, Higelin, les Daft Punk… Quand j’ai écouté Cross de Justice, j’ai rien compris à ce qu’il se passait, l’énergie était incroyable. Dans mes sons, j’essaye de faire en sorte que les mondes se rencontrent et qu’il y ait un peu d’air tout en gardant le format chanson. J’ai envie de réaliser des fantasmes. Je me dis que c’est possible de mélanger une électro un peu bâtarde et du texte. En fait, je mélange les deux trucs que j’ai le plus aimés : le texte et l’électro.

 

 

Pourquoi avoir choisi Mélancolie FC en guise d’intro pour ton projet ?

 

Mélancolie FC, c’est la nostalgie de l’adolescence, cette période où on était tous en équipe, où on avait des rêves plein la tête. Et quand on est arrivés au lycée, on nous a dit « toi tu veux faire quoi ? Quel bac, quel BEP, qu’est-ce que tu vas faire dans la vie ? » On était loin de Paris, dans la banlieue, au milieu de rien : entre la 13, les bâtiments et les champs. On n’avait pas de perspective de ouf non plus, mais il y avait quand même ce truc de se dire que c’était possible de faire autre chose, de faire ce qu’on voulait. Du coup, Mélancolie FC, je la trouvais bien en tant qu’intro, c’est la photographie de cette époque. La version sur l’EP est un peu plus patate. Celle qui est sur ma chaîne YouTube, c’était la première version, la démo. Et puis j’aimais bien l’idée d’intro, c’est un format que je trouve original : un couplet et un drop. Ça raconte un truc cohérent et assez fort.

 

Est-ce qu'on doit s’attendre à ce que ton EP suive cette lignée assez intimiste et introspective ?

 

Oui, tout l’EP est dans cette atmosphère. Il n’y a pas d’exercice de style, c’est vraiment quelque chose de personnel. C’est mon vécu en fait. Si j’ai encore des idées etc, j’essaierai de m’éloigner un peu des concepts et des postures. Je vais, j’écris, je chante et ça vient comme ça. C’est naturel, il y aura des titres un peu plus ouverts et joyeux mais on verra plus tard.

 

Tes visuels sont aussi bruts que tes sons. Est-ce que c’est important pour toi qu’ils reflètent ta musique ?

 

J’avoue que je prends un peu des photos comme ça, je suis pas trop dans le délire Instagram, je mets quelques photos et vidéos mais c’est pas mon truc : je préfère être une scène. Après, j’aime bien les réseaux parce que c’est pratique pour communiquer avec les gens, ils me donnent vraiment de la force. Mais faire l’influenceur, c’est pas moi. Au niveau des vidéos, les sessions qu’on a faites sont toujours assez frontales. Qu’on soit dix, qu’il y ait un symphonique ou quoi, je m’en fous : je préfère que les gens comprennent ce que je dis. Si on comprend ce que je dis et où je veux en venir, je suis content. Si avec ma voix et mon clavier on me comprend, ça me va. Faut déjà envoyer avec une approche minimale. Je pense à Eddy avec son iPhone, Flavien avec ses machines, plein de gens qui sont dans une forme d’énergie où c’est simple et basique. T’envoies le truc, et voilà.

 

La concrétisation de ton projet approche à grands pas, et tu as l’air bien parti pour suivre les traces des artistes du label Initial (Eddy de Pretto, Clara Luciani, Angèle) tu te sens comment ?

 

En fait, quand j’ai été approché par ce label, il n’y avait qu’Eddy et Clara qui étaient signés, et personne n’avait sorti d’EP encore. Donc à la base, c’est vraiment les équipes qui m’ont séduit, il y avait un format de label assez nouveau avec des gens vraiment passionnés et créatifs. Si je peux marcher dans les traces des artistes d’Initial, ça serait top. Quand j’ai découvert Eddy, j’ai trouvé ça très fort, on s’est rencontrés et on s’est bien entendus. Il m’a proposé de faire ses premières parties et c’était génial. Eddy a une posture assez moderniste dans son approche de la musique, il essaye de faire une variété un peu future. Et il a des formats assez hybrides, entre des intrus RnB, il mélange les mondes, et ce que fait Clara aussi. Elle m’avait invité à sa Gaîté Lyrique d’ailleurs, c’était fou. Je suis vraiment très content d’être dans ce label. Tous les sons de mon EP viennent de mon vécu, et ils sont tous mixés par le super singé son Julien Delfaud : il vient mettre un coup de polish pour aboutir le son. J’ai vraiment trop hâte que ça sorte, je suis prêt.

 

Son Instagram : https://www.instagram.com/hervemusique/

 

Son Facebook : https://www.facebook.com/HerveMusiqueFC/

 

Par Kenza Helal--Hocke

Rechercher

×