Insta Crush : Récits d'Algérie

Twenty a rencontré Farah, la jeune fondatrice de la page Instagram Récits d'Algérie, notre coup de coeur de la semaine...
28/05/2020

 

Après les épisodes de Gurlhood sur Vraies Meufs et Double Id sur Plume Banlieues, @farahblgblg donne naissance à un tout nouveau projet qui plonge dans le passé …

 

 

Twenty : Est-ce que tu peux te présenter un peu ? 

Farah : Je m’appelle Farah, Française d’origine algérienne et albanaise, j’ai 22 ans et je suis en Master droit international des affaires. A côté, j’ai toujours kiffé faire des montages vidéos même si au début c’était simplement des prises de vue avec mes potes ou en vacances. Petit à petit, je crois que j’ai ressenti le besoin de parler, de créer. A 13 ans j’avais besoin de Gurlhood et Double Id. A 15 ans j’avais besoin de Récits d’Algérie. Aujourd’hui je créé les projets que j’aurais aimé voir étant plus jeune.

 

Twenty : D’où vient l’idée de Récits d’Algérie ?

Farah :  Ça fait maintenant 1 an et demi que je récolte les mémoires de la guerre d’Algérie. J’ai eu un déclic immédiat lors d’une conversation avec ma mère sur les atrocités et violences de cette guerre. On ne se rend pas compte de la claque que c’est que de découvrir la proximité qu’on peut avoir avec cette période de l’histoire. Tu le découvres d’un coup et c’est super violent. Je me suis ensuite mise à me documenter sur internet, et je trouvais beaucoup de témoignages de pieds-noirs surtout, mais pas ceux des « indigènes musulmans », comme on les appelait à l’époque. Puis beaucoup de prises de conscience ont eu lieu, car on n’a jamais étudié de manière approfondie ce passage de l’histoire française en cours malheureusement. Ensuite, en tant qu’étudiante en droit international, la question des droits de l’homme a été au cœur de mes études. Et c’est un triste constat quand tu réalises que le « pays des droits de l’Homme » ignore encore un passé si sombre. Du coup, j’ai initié ce projet, Récits d’Algérie. C’est une plateforme numérique qui vise à collecter les mémoires de la guerre d’Algérie, des deux côtés de la Méditerranée. Une plateforme qui aspire aussi à devenir un espace de ressources d’informations pour mieux comprendre ces 132 ans de présence française en Algérie, et leurs conséquences. 

 

Twenty : Quelles sont tes intentions à travers ce projet ?

Farah : Récits d’Algérie c’est un projet intergénérationnel et collaboratif. Ce n’est pas un travail d’historien que je fais, mon but est plutôt de récolter un maximum de témoignages et récits d’expériences avant que ce soit trop tard. Sur la plateforme je veux faire des portraits sous plusieurs formes : vidéos, écrits ou encore illustrations. Tout d’abord, ça s’inscrit dans un devoir de mémoire. C’est aussi une manière de rendre hommage à nos anciens, en transmettant leurs vécus et leurs histoires. Récits d’Algérie c’est aussi vraiment l’idée de faciliter l’accès aux archives et à la documentation sur la guerre d’Algérie. C’est un projet nécessaire mais mené dans l’urgence. Ceux qui ont vécu cette période commencent à mourir les uns après les autres. Là, c’est les dernières années et après c’est fini : faut le faire tout de suite maintenant

 

Twenty : Comment Récits d’Algérie participe à la reconstruction des mémoires ?

Farah : C’est en récoltant et en ayant pour ambition de retransmettre les mémoires de ceux qui acceptent de témoigner que Récits d’Algérie contribue à cette reconstruction des mémoires. Chaque récit qu’on nous transmet est accompagné d’un travail d’un plus jeune. De la vidéo, des dessins, de l’écriture, de la peinture… L’idée est aussi de rendre ces mémoires accessibles au plus grand nombre. C’est important de savoir ce que les générations de nos parents, grands-parents, arrière grands-parents ont pu subir et endurer durant la colonisation. Il est essentiel aussi d’écouter tous les acteurs de la guerre, que ce soit côté FLN ou français. En menant ce projet, j’ai compris que beaucoup de maux de notre société puisent leur origine dans cette guerre. Donc savoir ce qu’il s’est passé hier permet de comprendre plein de choses sur aujourd’hui, et certainement de pouvoir mieux y faire face.

 

Twenty : Comment pourrais tu expliquer cette ignorance, ce manque de connaissance de cette partie de l’Histoire? 

Farah : Expliquer, transmettre et enseigner la période 54-62 n’est assez fait par le programme imposé par l’Éducation nationale. On voit rapidement au collège la guerre d’Algérie, puis au lycée dans le chapitre l’historien et les mémoires seulement si le professeur le choisit pour le programme. Et même lorsqu’il est choisi, on ne parle que de chiffres pour désigner les victimes, comme s’il n’y avait pas d’humains derrière. On visionne pas de documentaires, on lit pas de témoignages directs par exemple. D’ailleurs, c’est le même problème avec les anciennes colonies françaises, on n’en parle jamais. La démarche de Récits d’Algérie pourrait s’appliquer à toutes les nations ayant eu un rapport colonisé / colonisateur avec la France. Malheureusement, on ne gagne rien à ignorer ces périodes de notre histoire. Au contraire, ça donne lieu à beaucoup d’ignorance de la part de certains et empêche parfois de considérer qu’il existe d’autres réalités que les siennes.

 

Twenty : Comment as-tu mené à bien ce projet ? Quelles difficultés ou imprévisions as tu rencontrées ? 

Farah : J’ai été solo pour récolter les témoignages et réaliser les vidéos face caméra. Mais j’ai aussi été aidée par mon entourage, par des personnes que j’ai rencontrées auparavant à l’occasion d’autres projets. La première difficulté est le temps. C’est mon meilleur ennemi. On m’a dit plusieurs fois « mon grand père aurait pu témoigner mais il est mort il y a 2 semaines Allah y Rahmo ». Après, une autre difficulté est de parvenir à trouver des personnes qui acceptent de dire cette guerre. C’est une expérience noire pour beaucoup, que nos aïeux veulent souvent éloigner de nous, comme pour nous en préserver. Après ça dépend beaucoup des familles. Il y a beaucoup de choses qui restent taboues par pudeur aussi. Mais la parole se libère petit à petit.

 

Twenty : Mais du coup, à qui s’adresse Récits d’Algérie ? 

Farah : A tout le monde, n’importe quelle personne ouverte et curieuse qui cherche à se documenter sur la guerre d’Algérie. En tant que Français, c’est un devoir citoyen et mémoriel sur notre passé. En tant que franco-algérien, c’est aussi une quête de nos racines, communes avec la France. J’espère que ça peut aussi inviter les gens à connaître des différentes réalités de la guerre d’Algérie. Pour cela, on a besoin de témoignages directs. De partager ces vécus, ces mémoires. Récits d’Algérie c’est ça, c’est écouter nos anciens et prendre cette initiative de retransmettre leur parole. On n’a plus que ça, et c’est précieux.

 

Par Amel Mejdoub, lycéenne en terminale littéraire

Instagram : https://www.instagram.com/amelmjdb/

 

 

Site internet : http://recitsdalgerie.com/

Compte Instagram :https://www.instagram.com/recitsdalgerie/

Compte Instagram de Farah : https://www.instagram.com/farahblgblg/

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