Jasmïn : «Je voulais être la plus authentique possible»

Ses sources d’inspiration, son univers musical, son projet…Twenty est allé à la rencontre de Jasmïn. Cette jeune chanteuse parisienne nous plonge dans son monde avec la sortie de son premier EP intitulé «Dive». Interview. 
19/10/2018

 

Twenty : Présente-toi en quelques mots 

 

Jasmïn : Je suis Jasmïn, je suis auteur, compositrice interprète. Je viens de Paris et je viens de sortir mon premier single qui s’appelle «Dive», qui est aussi le titre de mon premier EP.

 

Depuis petite, tu as toujours baigné dans la musique, et puis à 17 ans, tu as été repérée sur Youtube. Raconte nous cette histoire. 

 

J’ai grandi avec des parents mélomanes donc il y avait beaucoup de musique à la maison. Mon père a fait du saxophone plus jeune mais mes parents ne sont pas vraiment musiciens. J’ai commencé le piano à 4 ans car j’avais une voisine qui en jouait et je trouvais ça super beau. J’ai pris des cours jusqu’à 15 ans. A 17 ans, j’ai publié mes premiers cover sur Youtube. Au bout de la troisième vidéo, j’ai été contactée par un directeur artistique de chez Warner, qui a notamment bossé avec Johnny Haliday. Ils m’ont fait passer des auditions qui se sont très bien passées. Ils m’ont même proposé un contrat dans la foulée. J’avais 17 ans, donc année de mon bac. Mais quelques mois après j’ai été approchée par Universal avec qui j’ai signé à l’âge de 18 ans. 

 

 

Avant ça, te prédestinais-tu en premier lieu à la musique ? 

 

Non, pas du tout. J’étais assez bonne à l’école. Je pensais que j’allais faire une école de commerce ou quelque chose du genre. Après je me suis toujours dit que j’aimerais faire un truc un peu lié à la musique. Mais à la base, je suis une fanatique d’animaux ! Je voulais être journaliste animalière un peu comme Brady Barr sur National Geographic à porter des gros serpents. J’adorais ça, c’était mon premier choix de carrière. Mais arrivé au lycée je me suis dit «bon, il faut que tu fasses du business». Puis il y a eu l’épisode de Warner et Universal, donc après la terminal j’ai pris une année sabbatique pour vraiment bosser la musique. Quand Universal m’a proposé de me signer après Warner je me suis dit que ce n’était pas un hasard si tout ça m’arrivait. Alors je me suis lancée.

 

 

« Quitter mon cocon familial m’a fait prendre en maturité »

 

 

 

Tu as voyagé ces dernières années, en quoi cela a-t-il forgé l’artiste que tu es aujourd’hui ? 

 

En plus de ma spiritualité - parce que mes parents sont bouddhistes depuis 30 ans - je pense que le voyage m’a assez ouverte à d’autres cultures et d’autres façons de penser. Ça m’a permis de me questionner sur pas mal de choses, je pense que c’est pour ça qu’il y a plusieurs influences dans ma musique. C’est un projet très introspectif. Je pense que tout ça et lié au voyage. J’ai aussi pu grandir beaucoup plus vite car j’ai du m’émanciper. Quand je voyageais, je partais seule. A 17 ans je suis allé passer deux mois à Londres. Quitter mon cocon familial m’a fait prendre en maturité. 

 

Un artiste a de nombreuses sources d’inspiration, surtout dans la chanson. Quelles sont les tiennes ?

 

Franchement, j’en ai beaucoup. Étant donné que je suis dans les années 1990, à une période où il y avait beaucoup de rap et de R’n’B, je dirais que c’est ma plus grande influence. Les groupes comme TLC, Destiny’s Child, des artistes comme 50 Cent… Eminem aussi, c’est le premier album que je me suis acheté. Justin Timberlake, j’ai écouté tous ces premiers albums. Après je me suis aussi penchée des trucs plus rock quand j’étais au collège. J’écoutais beaucoup The Kooks, The Strokes, Artic Monkeys ou encore The Cure. Et ensuite j’ai eu une phase plus électro. Donc au final j’ai eu pas mal d’influences. Je pense que ça se voit dans l’EP. 

 

 

Ton EP intitulé «Dive» est sorti ce vendredi 19 octobre. Dive signifie «plonger», est ce que ce projet est une invitation s’immiscer dans cet univers si varié ? 

 

Oui, c’est clair. Dans ce projet je voulais être la plus authentique possible pour que les gens voient qui je suis, avant de voire quelles sont mes réelles capacités musicales. Donc oui. Plonger, de manière introspective, à l’intérieur de moi-même et en même temps plonger dans le monde adulte, et ce monde un peu de requin qu’est le monde de la musique. Et quand tu plonges, tu ne peux pas revenir en arrière. C’est irréversible. 

 

Tu décris ton propre univers comme « sensible et hypnotique», tu pourrais en dire plus ? 

 

Sensible oui, car je le suis. Je suis une des personnes les plus sensibles que je connaisse. On ressent cette fragilité dans ma musique car justement j’ai voulu être authentique et montrer qui je suis. La période où j’ai écris l’EP était une période difficile car je sortais d’une grosse rupture. Je ne savais plus trop qui j’étais. J’avais perdu beaucoup de temps à voyager, faire de la musique mais sans savoir où j’allais. Hypnotique, je pense que c’est en lien avec les sonorités, qui sont assez atmosphériques.

 

« C’est aussi moi qui ai fait le stylisme parce que je n’avais pas le budget pour faire venir un styliste »

 

 

Tu composes, écris et produis tes musiques. Ça fait beaucoup de travail. 

 

Oui, mais j’ai voulu le faire pour ce premier EP, et montrer que ça pouvait être de qualité même s’il n’y avait que moi qui avait travaillé dessus. Mais je sais que je ne pourrais pas le faire toute ma vie. Surtout si je veux faire de la musique sur le long terme. La composition et la production, ce sont deux jobs à part où il y a beaucoup de travail. A l’avenir, je vais devoir gérer d’autres choses donc je vais devoir déléguer certaines tâches. Sur le clip «Dive», c’est aussi moi qui ai fait le stylisme parce que je n’avais pas le budget pour faire venir un styliste.  C’est aussi la raison pour laquelle je touche un peu à tout.

 

Tu ne chantes qu’en anglais. Le Français est-il inenvisageable ? 

 

Ma culture musicale est vraiment anglophone depuis que je suis enfant. Je parle bien anglais car j’ai beaucoup voyagé avec mes parents. J’ai voulu écrire en anglais car c’est aussi un moyen de toucher un public plus large. J’ai envie de passer un message avec ma musique et c’est super de le faire passer au plus grand nombre. 

Quant au Français, je ne suis pas du tout catégorique, je suis hyper ouverte musicalement. Je veux tester plein de choses. Le Français c’est ma langue maternelle et une des plus belles langues du monde. Les gens qui arrivent à écrire en français sont incroyables. Surtout dans le rap, où les mots un poids particulier. C’est de la poésie pour moi. Donc le Français n’est pas du tout à mettre de côté, je pense que ça viendra un jour. Mais le fait qu’on m’ait limite forcé à le faire par le passé, ça m’a mis un frein. Je le ferai quand j’en aurai envie. 

 

 

 

 

Durant la création de cet EP, tu as eu la précieuse aide de Dave Pensado, ayant à son palmarès de nombreux Grammy Awards et des collaborations avec des artistes comme Beyonce ou Michael Jackson. Parle nous de cette rencontre.

 

Il a été un vrai mentor. Je l’ai rencontré grâce à une connexion bouddhiste. Ma mère a rencontré un rappeur qui habite à Los Angeles qui s’appelle Mike Rebel. Il est très proche de Dave Pensado. Quand je suis allé aux Etats-Unis pour voir ma soeur qui bossait là bas, Mike m’a présenté à Dave. C’est dingue. Je suis arrivé avec mon petit ordinateur et mes premières maquettes pour lui faire écouter. Il a dû voir quelque chose en moi, je n’en sais rien, je pensais qu’il allait juste me donner quelques conseils. Sauf qu’on a parlé pendant 2h30 et à la fin il m’a dit qu’il voulait travailler avec moi. Je suis sorti de ce rendez-vous et j’ai vu qu’il avait mixé tous les sons de mon enfance. Il a bossé avec les plus grosses stars de cette planète. Il a vraiment enclenché mon envie de donner. J’étais obligé de donner le max. 

 

 

« Je ne veux pas forcément avoir la célébrité mais plutôt la reconnaissance de mes pairs »

 

 

Dans la chanson «Dive», tu dis que «je ne lâcherai pas jusqu’à ce que j’ai le deal parfait». Quel est-il, ce deal parfait ?

 

Un deal, c’est aussi un accord. L’accord parfait pour moi, c’est à la fois de pouvoir vivre de ma passion et à la fois de rester libre. La liberté c’est la chose la plus importante. Pour ça il faut être vigilant car dans la vie, on peut vite s’enfermer. Je réfléchis beaucoup à ça. C’est pour ça aussi que je me dis que je ne veux pas forcément avoir la célébrité mais plutôt la reconnaissance de mes pairs. J’aimerais surtout bosser avec des artistes. C’est ce que je commence à faire avec Universal Publishing. J’écris pour d’autres artistes. C’est super cool et à terme, c’est ce que j’ai envie de faire. Pour avoir une vie stable, être artiste, à part si t’es une star internationale comme Beyonce, en général ça ne suffit pas.

 

 

Dans le clip, tu es entouré de femmes qui semblent te protéger, comme si elles t’aidaient à éclore. Je me trompe ? 

 

Ouais c’est ça. Et c’est drôle que tu emploies le terme «éclore» par ce que je m’appelle Jasmïn, donc j’ai un nom de fleur. C’est vraiment un clip de protection. Jai eu beaucoup de femmes fortes dans ma vie. Protectrices aussi, ma mère est d’ailleurs presque trop protectrice. Mais vu mon tempérament et les choix que j’ai pu faire dans ma vie c’était très important d’avoir cette protection et ce soutien là de mes amies et de ma famille, de toutes ces femmes.

 

 

Dans «Legacy», tu évoques la place des femmes, depuis l’époque de ta mère à aujourd’hui. C’est visiblement un sujet qui compte pour toi.  

 

Oui, beaucoup. Ma mère est d’origine algérienne, et je ne me sens pas super proche de cette culture car ma mère est très parisienne, très française. Elle n’a jamais été religieuse, car jeune elle ne se sentait pas proche de la religion. Après elle a rencontré mon père et ils sont devenus bouddhistes. Elle n’a pas trop le profil de la «mère arabe» et pourtant je sens que j’ai quand même cet héritage là. Moi, j’ai souvent eu l’impression depuis que je suis petite que je n’ai ma place nulle part, et je me rends compte que c’est un héritage de ma mère qui ne se sentait pas à sa place parce qu’elle était foncée de peau et qu’elle avait les cheveux crépus. Quand tu réalises que ce n’est pas de toi que vient cette discrimination, mais que c’est un héritage familial, ça te libère d’un certain poids. Et donc cette chanson est importante pour moi. C’était aussi un moyen de faire un hommage à mon grand-père que j’ai perdu cette année. J’ai aussi cet héritage des femmes qui ont, à travers le temps, toujours été considérées comme inférieures. Je me suis rendu compte que c'était plus un héritage qu’une situation réelle dans laquelle je me retrouvais. Il a alors été plus facile pour moi de me faire ma place.

 

Tu seras sur la scène du Badaboum le 25 octobre prochain à l’occasion de la sortie du projet. Quel est ton rapport avec la scène ? 

 

Je kiffe la scène. Mes premières scènes, je les ai faites avec un groupe qui s’appelle Jabberwocky. C’était intéressant de bosser avec un groupe mais c’était un petit peu bizarre de chanter des chansons qui n’étaient pas les miennes. J’ai plus de mal à interpréter quelque chose qui n’est pas de moi. C’était enrichissant du côté technique, et en même temps je n’attendais qu’une chose, c’était de chanter mes chansons. C’est pour ça que j’ai arrêté cette tournée là. J’ai aussi fait une petite scène avec FGO Barbara pour de l’entrainement. Mais là, ça sera ma première vraie scène. Je suis super heureuse et j’ai vraiment hâte, surtout que j’ai des supers musiciens avec moi sur scène, donc ça devrait être bien. 

 

 

Il n’y a pas de collaborations dans ton projet, c’est quelque chose que tu voudrais faire à l’avenir ? 

 

Grave ! C’est la prochaine étape. Maintenant que je sais où je vais et que j’ai montré ma personnalité musicale,  j’ai envie de collaborer. C’est d’actualité. 

 

 

« En France, on devrait être plus ouvert sur la collaboration »

 

 

Avec quel genre d’artiste ? 

 

Dans le hip-hop, forcément car c’est ma culture. Des rappeurs américains comme Français, il y en a beaucoup avec qui j’aimerais bosser. J’ai aussi été approchée par des DJ pour faire des voix sur des musiques un peu plus «club», c’est cool aussi. Bosser avec des artistes en français, ça serait top. Il y a pas mal de style que j’aimerais explorer. Ce qui viendra naturellement, c’est avec un rappeur ou un rappeuse. Il n’y a plus de limites. Les Américains le font depuis longtemps ; mettre une chanteuse pop avec un rappeur. Récemment, Elton John a collaboré avec Young Thug alors qu’ils n’ont clairement aucun rapport. En France, on devrait être plus ouvert sur la collaboration, car c’est comme ça que t’ouvres musicalement. Pour parler plus «business», ça permet aussi de faire monter ta «fanbase», car des gens qui n’écouteraient pas naturellement ta musique, vont entendre ce que tu fais.

 

 

Par Samuel Zagury. Twitter et Instagram : @sammzag

 

Crédits photo : Lokmane / Gil Anselmi / Christian Geisselman / Roch Armando

 

Pour aller voir Jasmïn au Badaboum le 25 octobre prochain, c'est là.

 

https://www.eventbrite.com/e/jasmin-friends-dive-release-party-121018-tickets-51042889657

 

L’EP «Dive» est disponible sur toutes les plateformes de streaming.

https://spinnup.lnk.to/Dive_EP

Rechercher

×